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Bio et santé : que dit la science ?

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Les aliments bio contiennent nettement moins de résidus de pesticides, voire pas du tout. De là à prétendre qu'ils constituent la voie royale vers une santé de fer… Cette matière se situe au croisement de l'environnement et de la santé, deux domaines où les batailles d'experts font rage. Tentons d'y voir clair.


Les aliments bio présentent-ils moins de pesticides ?

Depuis des années, la réponse fournie par des études sérieuses et crédibles est clairement "oui".

Ceux qui prétendent le contraire sont soit mal informés, soit de mauvaise foi. Là où ils ont raison, en revanche, c'est lorsqu'ils expliquent que les aliments bio ne sont pas nécessairement à 0% résidu de pesticides. Les produits peuvent en effet être contaminés par les pulvérisations pratiquées sur les champs voisins ou par des pesticides particulièrement persistants dans l'environnement, utilisés bien avant que l'agriculteur ou l'éleveur soit passé au bio. Dans les deux cas, les concentrations de produits phyto sont – très – nettement inférieures aux résidus des produits agricoles conventionnels, sinon proches de zéro.

Ingérer moins de pesticides est-il bon pour la santé ?

Scientifiquement, la preuve est difficile à établir.

Du côté des agences officielles de santé et d'alimentation, on précise généralement que la santé est une affaire complexe et "multifactorielle" qui dépend d'une foule de facteurs, parmi lesquelles l'âge et le sexe de la personne concernée, mais aussi son hygiène de vie globale et divers comportements (alimentation, pratique du sport, consommation de tabac, etc.). Difficile donc, sinon impossible, d'établir des relations de cause à effet. Très souvent, dans ces agences, on ajoute que les résidus de pesticides présents dans l'alimentation conventionnelle sont largement inférieurs aux normes (sauf exceptions ou accidents). Sauf que voilà, les risques liés aux effets cocktails sont aussi à prendre en considération.

Un pesticide peut-il être dangereux en faible quantité ?

Certaines combinaisons de polluants peuvent s’avérer dangereuses, même si chacun de ces polluants analysé isolément est inoffensif en faible quantité.

De plus en plus de toxicologues estiment que la toxicologie classique n'est plus à même d'évaluer correctement les risques présentés par certains produits. C'est le cas, notamment, des perturbateurs endocriniens, dont certains pesticides font partie. Aux yeux de ces toxicologues, rejoints par des acteurs d'autres disciplines de santé (lire En Marche n°1582), il serait bon d'étudier davantage l'effet "cocktail" des pesticides. Il s'agit de l'effet potentiellement négatif joué par certaines combinaisons de polluants présents en très faibles quantités qui, analysés isolément, sont plutôt inoffensifs. Ces experts attirent aussi l'attention sur des modes de transmission d'effets délétères mieux connus qu'autrefois : chez la souris de laboratoire, certaines modifications génétiques passent de la grand-mère à sa petite-fille en "sautant" le stade de la mère. Une suspicion existe qu'il en soit de même chez l'homme. Bref, une voie nouvelle s'est ouverte récemment à la recherche. Le fait qu'elle soit lente et porte sur un champ complexe, quasi infini et sujet à polémiques, donne du grain à moudre à ceux qui ne veulent pas ostraciser les pesticides tant qu'"on" n'a pas la preuve ultime et irréfutable de leur impact sur la santé (particulièrement en matière de cancer).

Manger bio réduit-il les risques de cancer ?

Une étude française récente menée à large échelle montre une réduction moyenne de 25%  des cancers.

L'année dernière, l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), en France, a publié les résultats d'une étude qui, pour la première fois, s'est intéressée à une "cohorte" très large, soit 69.000 personnes s'alimentant en bio et suivies sur une longue période (de 2009 à 2016). Un autre atout de cette étude est d'avoir réussi à "neutraliser" les biais méthodologiques liés à la "multi-factorialité de la santé", susceptibles d'influencer les résultats. Les conclusions sont à l'avantage du bio : entre les consommateurs qui s'alimentent le plus en produits bio et ceux qui en consomment le moins, le risque de contracter un cancer diffère en moyenne de 25%. Pour le cancer du sein chez la femme ménopausée, la différence est même de 34% et, pour le lymphome de 76%. Ces avancées n'ont pas empêché les sceptiques d'apporter un bémol : l'étude n'ayant porté que sur des volontaires, les résultats pourraient avoir été biaisés, mais cette correction peut jouer tant à la hausse qu'à la baisse.

Les aliments bio sont-ils plus riches en éléments nutritifs ?

Les aliments bio contiennent en général plus d'oméga 3, d’oméga 6, de métabolites antioxydants, de vitamines intéressantes (C, E), de fibres, de minéraux.

Parler de ce qui est quasiment absent des aliments bio (les pesticides, mais aussi les nitrates, les métaux lourds, etc.) est une chose. Mais, pour étudier la relation bio/santé, on peut aussi quantifier les éléments nutritifs présents dans le bio (par exemple certaines grais­ses actives dans la lutte contre les maladies cardio-vasculaires) et les comparer avec les aliments conventionnels.

Les aliments bio contiennent en général plus d'acides gras polyinsaturés (oméga 3/oméga 6), de métabolites dotés de propriétés antioxydantes, de vitamines intéressantes (C, E), de fibres, de minéraux tels que le fer, le magnésium, le zinc, etc. Rien ne  prouve par A + B, en revanche, que ceux-ci sont présents en quantités suffisamment importantes pour avoir un effet positif sur la santé. Il est possible, par exemple, qu'un con­sommateur de produits bio se porte à merveille non parce qu'il mange bio mais parce qu'il adopte par ailleurs d'autres comportements positifs en matière d'hygiène de vie, qu'ils soient relatifs à son alimentation ou pas. En d'autres termes, si la corrélation entre deux phénomènes est relativement simple à établir, la relation de cause à effet est autrement plus difficile à prouver. L'Inserm (lire ci-dessus) a toutefois démontré en 2017 que le risque d'obésité est diminué de 62% chez les hommes grands consommateurs de bio et de 48 % chez les fem­mes grandes consommatrices. Mais nul ne sait si c'est vraiment dû aux éléments nutritifs largement présents dans le bio.

Par ailleurs, beaucoup d'aliments bio ont une teneur en matière sèche plus élevée. En gros, ils contiennent moins d'eau, ce qui démonte un peu l'argument du surcoût du bio. Et même : à quantité égale d'éléments nutritifs, le bio serait… moins cher !

Les produits bio sont-ils sûrs ?

Oui, à condition de ne pas laisser ses poules picorer n’importe où.

Selon certaines études, les œufs bio peuvent contenir davantage de dioxines et de PCB – des substances chimiques cancérigènes – que les œufs conventionnels pondus en batterie. Explication possible : les poules bio courent à l'air libre et, de ce fait, peuvent être exposées à diverses sources de pollution en picorant la nourriture au sol (et des résidus du sol). Ce genre de situation ne peut être exclu, mais il doit être généralisé à tous les particuliers qui commettraient l'imprudence d'élever des poules sur un site remblayé de matériaux d'origine douteuse ou continuant à faire l'objet d'une pollution.

Le cas des mycotoxines, lui, se situe un peu à part. Les mycotoxines sont des moisissures qui peuvent présenter un gros danger pour la santé du consommateur, par exemple pour le foie et les reins. Certaines études suggèrent qu'elles seraient plus présentes dans les céréales bio que dans les produits conventionnels en raison de méthodes et d'époques de récolte différentes. La rotation des cultures (1) pratiquée dans le bio pourrait toutefois réduire ce risque, mais cette question reste à trancher.

En conclusion, manger bio est-il une bonne idée pour ma santé ?

Manger bio pour veiller à sa santé personnelle a du sens et en acquiert de plus en plus au fil des travaux scientifiques plus récents.

Les bénéfices potentiels ou avérés du bio sont clairs, mais à la condition de ne pas gâcher ces acquis de santé par d'autres comportements liés à une mauvaise hygiène de vie : manger trop gras ou trop salé, négliger l'exercice physique, voire manger des produits trop transformés (même bio !). Et… de garder un œil vigilant sur tout ce qui pourrait, demain ou après-demain, remettre tout cela en cause. Ainsi que le résumait un des auteurs de l'étude sur l'obésité de l'Inserm évoquée plus haut, "la science demande du temps et de la patience". Les objections des sceptiques ne peuvent justifier l'attentisme. Dans un climat morose, prouver que changer son alimentation peut positiver sa santé, c'est intéressant… (2)


Pour en savoir plus ...

Et les fruits et légumes ?

En juin 2019, l'ONG française Générations futures a publié un rapport basé sur six années de données issues de l'administration française chargée de la consommation et de la répression des fraudes.

Clair et détaillé, il présente l'avantage, notamment, de classer les fruits et les légumes selon la quantité de résidus de pesticides retrouvés dans les végétaux commercialisés. Ainsi, parmi les fruits les plus "chargés", on trouve les cerises, les ananas, les clémentines, les pamplemousses (à l'inverse des bananes, avocats, prunes, poires…). Pour les légumes, le "feu rouge" concerne surtout les céleris et les haricots (non-écossés), le "feu vert" étant attribué aux asperges, brocolis, betteraves, oignons, ail, etc. Avec, bien sûr, toute une série de produits classés entre ces deux extrêmes.