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Livre : le vin, produit "naturel" ?

On peut aimer le vin sans être dupe de ce qu'il contient. Profession de foi – et démonstration ! – de deux amateurs iconoclastes, auteurs d'un ouvrage insolite.


En voilà un curieux petit ouvrage… Un scientifique, bien connu pour ses travaux sur les OGM (Eric Seralini), et un artisan cuisinier, grand amateur de vins (Jérôme Douzelet), se sont lancés dans une drôle d'aventure. En 2017, ils ont proposé à un groupe de viticulteurs et de spécialistes du vin de goûter de l'eau "enrichie" de pesticides aux mêmes doses que celles qui sont généralement trouvées dans les bouteilles de vin (françaises et italiennes) vendues dans le commerce. Le but : démontrer que ces produits, même en infimes quantités, sont encore bien actifs, puisqu'ils sont identifiables dans le liquide neutre qu'est l'eau. Et démontrer, dans la foulée, qu'ils maquillent ou transforment les saveurs naturelles des plantes et des fruits. Pour bien appuyer la démonstration, les deux originaux ne se sont pas contentés de choisir des résidus de pesticides présents dans de petits vins pas très glorieux, mais ont également porté leur choix sur des bouteilles vendues à 300 ou 400 euros pièce. Non sans humour, Seralini et Douzelet racontent le déroulement de leur expérience au fil d'une centaine de pages lisibles en une ou deux soirées.

On rit moins lorsqu'en fin d'ouvrage apparaît la liste des 10 pesticides retenus assortis de leurs "goûts" et "saveurs" respectifs : poussière et terre pour le pyriméthanil, noix ou moisissure pour l'iprovalicarbe, fraise chimique et vanille chlorée pour le fenhexamide, etc. Bref, que n'ajoute-t-on pas aux raisins et aux fûts pour hâter le processus de vinification, pour homogénéiser le "produit" ou pour offrir une stabilité de goût d'une année à l'autre ! La démonstration n'est, certes, pas probante à 100% : en refermant ce livre, le lecteur ne se retrouve pas soudain capable d'éliminer de sa table les vins qu'il jugerait trop contaminés. Le "guide des sensations" vanté en début d'ouvrage fait un peu flop. Mais l'amateur du divin breuvage est drôlement mieux informé sur toutes les failles qui lézardent ce "Stradivarius de la culture française" qu'est le vin : fragilité des normes de santé publique, recours réguliers aux levures de laboratoire et additifs de synthèse, ajouts de copeaux de bois traités aux "phytos", etc. Au total, malgré tout, un hymne au vin, mais biologique ou, mieux encore, naturel ou biodynamique. Et un vibrant appel à la "détox".

>> Le goût des pesticides dans le vin • Jérôme Douzelet et Gilles-Eric Séralini • éd.Actes Sud • 2018 • 142 p. • 14,80 EUR.