Retour à Bouger

Le sport, c'est bon aussi pour les cardiaques !

par Imane Bensalah avec Joëlle Delvaux -

© ACS © ACS

Pendant très longtemps, après un accident cardiaque, le patient était invité à se ménager. La peur de la récidive justifiait le plus souvent une limitation des activités physiques et sportives que l’on croyait mauvaises pour lui. Or – et c’est scientifiquement prouvé depuis – pratiquer une activité physique régulière est déterminant dans le traitement des maladies cardio-vasculaires.


Aujourd’hui, l’utilité du sport pour tous – et pour les personnes cardiaques en particulier – est une vérité unanimement reconnue. Cela n’a pas toujours été le cas ! Des études scientifiques ont battu en brèche le dogme du repos absolu et ont conduit à recommander aux personnes cardiaques de pratiquer régulièrement du sport et de l’exercice physique.

"Même si l’artère coronaire qui était obstruée a pu être rouverte, un patient qui a été victime d’un infarctus n’est pas guéri pour autant. La maladie reste sous-jacente et on peut parler de maladie chronique, explique le professeur Christian Brohet, cardiologue. On sait que la pratique sportive réduit les risques de récidive et de mortalité. Beaucoup d’études scientifiques l'ont démontré. Hélas, souvent le corps médical met l’accent sur les techniques révolutionnaires permettant de soigner les maladies cardio-vasculaires mais il n’insiste sans doute pas assez sur les changements de style de vie nécessaires ! Les médecins ont donc une responsabilité". Les chiffres en attestent : seul un tiers des patients touchés par une maladie cardio-vasculaire bénéficie d’une réadaptation cardiaque ou d’un entrainement physique. Martine Dethy, cardiologue, ajoute : "L'activité physique régulière – 30 minutes par jour – ou la pratique d’un sport adapté à la pathologie doit absolument faire partie du traitement des patients cardiaques. La réalisation de traitements invasifs (la dilatation des artères coronaires et la mise en place de stents) donne souvent l’impression au patient qu'il lui suffit de prendre des médicaments ! En réalité, il doit surtout agir sur les facteurs de ris ques que sont le tabagisme, l'hypertension, le diabète , l'hypercholestérolémie. Cela exige de modifier des habitudes de vie. Intégrer une pratique sportive régulière en fait partie."

Du sport… pas n’importe comment

Les possibilités de "faire du sport" qui se présentent au patient cardiaque sont nombreuses : de la marche individuelle au centre de fitness en passant par la balade à vélo, les choix sont vastes et multiples. Les sports d’endurance sont les plus bénéfiques sur le plan cardio-vasculaire : aquagym, volley ball, gymnastique, pilate, marche, tennis de table… Le fait de pratiquer un sport en groupe avec un rendez-vous régulier est un élément favorable car il maintient la motivation, assure la régularité et crée des liens.

En définitive, l'important est de choisir une activité sportive qui procure du plaisir et soit adaptée à sa condition physique. Que l’on soit seul ou en groupe, sportif confirmé ou novice, une surveillance particulière doit se mettre en place. La pratique sportive peut être dangereuse si elle n’est pas encadrée.

Pour en savoir plus ...

Plus d'infos sur les Coronary clubs : www.cardiaquesmaissportifs.be

Témoignage

"Le meilleur sport est celui qu’on fait pour soi"

En Marche : Pouvez-vous nous parler des problèmes cardiaques que vous avez connus ?

Alain Picard : Il y a huit ans, j’ai commencé à avoir des difficultés à marcher, courir, m'adonner au ski de fond ou aux danses folkloriques, activités que je pratiquais régulièrement. Je perdais mon souffle plus rapidement et plus souvent. J’ai consulté mon médecin généraliste qui m’a envoyé chez un cardiologue. Le couperet est tombé : il fallait changer une valve ventriculaire. Opération à coeur ouvert, arrêt du coeur pendant plusieurs minutes, malgré une confiance dans le spécialiste, ma famille et moi étions inquiets.

EM : Comment cela s'est-il passé ensuite ?

AP : J’ai heureusement récupéré très vite. Lors de mon hospitalisation, des kinésithérapeutes m'ont fait faire des exercices. Après trois jours, je remontais une volée d’escaliers sans souci. Je pense que ma condition physique m’a aidé. Àma sortie de l'hôpital, j’ai bénéficié de 45 séances de kiné que j'ai effectuées en centre de revalidation. À cette période, je travaillais encore. Je devais intégrer trois séances dans ma semaine de boulot.

EM : Comment avez-vous découvert le club pour cardiaques sportifs que vous fréquentez actuellement ?

AP : Dans le centre de revalidation, des prospectus du club étaient mis à disposition des patients. La kiné du centre m’en a également parlé. J’avais timidement repris mes activités d’avant mais le club m’a permis de me remettre réellement au sport, en pratiquant du volley ball. Ensuite, j’ai repris mes autres activités : vélo, danses folkloriques…

EM : Qu’est-ce que vous apporte votre club ?

AP : Dans les Coronary clubs, il n’y a pas d’esprit de compétition. Selon moi, le meilleur sport est celui qu’on fait pour soi. Dans les sports collectifs, Il y a le plaisir de jouer ensemble et pas les uns contre les autres. Le groupe amène la convivialité. On parle entre nous. Nos expériences nous rapprochent. J'apprécie la sécurité qui est assurée grâce à la présence d'un kiné ou d'un médecin. Nous sommes ainsi chacun formés à réagir en cas d’accident. Enfin, au début de chaque séance, on prend le temps de se préparer, de s’é - chauffer. On se met en condition et seulement après on commence à jouer au volley.


Des clubs spécialisés pour cardiaques

Les Coronary clubs sont nés il y a 40 ans à l’initiative de cardiologues. Au nombre de 16, présents en Wallonie et en Région bruxelloise, ils conservent toute leur utilité pour des patients remis d'aplomb après leur accident cardiaque. L'assurance d'un véritable contrat d’entretien de sa condition cardio-vasculaire.

"Nous, cardiaques, après avoir eu la chance de surmonter l’accident grâce à la médecine, nous savons que le passage par la revalidation offre un plus indéniable et nous remet d’aplomb : c’est un fait confirmé par les patients qui se sentent 'plus forts ' après avoir suivi ces séances. C’est aussi une recommandation des cardiologues", explique Guy Verbeke, Président de l’Association des cardiaques sportifs (ACS) qui regroupe les 16 Coronary clubs (1). À l'époque, la question s’est vite posée de savoir comment le patient, une fois "guéri", allait agir pour maintenir et entretenir ses acquis. Pour l’aider dans sa démarche, des cardiologues ont alors créé, avec l’appui d’anciens patients bénévoles, des clubs sportifs pour cardiaques. "Une structure qu'ils ont baptisée Coronary club, en référence à nos fameuses artères "coronaires" qui, malades, peuvent causer des problèmes très graves dont l’infarctus! ", précise Guy Verbeke.

40 ans plus tard, le but des Coronary clubs est toujours de remettre le patient à niveau et de reconsolider ses capacités physiques après l’accident cardiaque. Dans ces clubs sportifs, on pratique un sport adapté au statut de cardiaque mais aussi à la personne et au groupe. Cela signifie qu'on y bouge (et transpire) comme dans tout sport mais la cadence est adaptée : chacun travaille à son rythme et selon ses capacités.

Quel que soit le type de sport pratiqué – collectif ou individuel – la séance se déroule en trois phases. Elle débute par de la gymnastique : échauffement musculaire, assouplissement ostéoarticulaire, sollicitation programmée du système cardiovasculaire et respiratoire. Suit l'activité sportive proprement dite : net-volley, volley-ball, badminton, tennis de table, aquagym, fitness, natation, marche... (selon le programme d’activités et de sports pro - posé par chaque club). La séance se clôture toujours par une courte période de relaxation bien méritée.

Des plus-values indéniables

La sécurité est sans aucun doute l'atout numéro un des clubs sportifs pour cardiaques. L’encadrement y est assuré par un professionnel de la santé (kinésithérapeute, médecin généraliste ou cardiologue). Sur place, on trouve un défibrillateur et l’assurance que quelqu’un est capable de pratiquer une réanimation cardio-pulmonaire (des cours sont donnés chaque année). Enfin, des monitorings ont lieu lors des séances avec suivi de la tension, du pouls et repérage d’éventuels signes d’alerte par le médecin et/ou le moniteur. "Ce dispositif est rassurant pour le patient" convient le professeur Christian Brohet, cardiologue. Les activités proposées sont ludiques, adaptées et pensées en fonction des particularités de chacun. Elles se déroulent dans la convivialité et un esprit de club. "Être passé par la même 'aventure' crée des liens particuliers entre les personnes, observe la docteure Martine Dethy, également cardiologue. Ce rendez-vous régulier autour de loisirs communs leur permet de partager leurs expériences sportives ou médicales". On laissera le mot de la fin à Guy Verbeke : "Au Coronary club, on y vient pour sa santé et pour le plaisir".