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Soins dentaires : plus de peur que de mal                    

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La peur du dentiste touche tous les âges, toutes les catégories sociales, femmes et hommes confondus. De la simple anxiété à la phobie, elle prend souvent racine dans l'enfance et peut se poursuivre à l’âge adulte. Aujourd’hui, certaines techniques permettent à ceux qui le souhaitent de ne plus souffrir, ou très peu.


"Elle ressentit un petit froid au cœur, comme cela arrive lorsqu'on feuillette une revue de l'année précédente, tout en sachant que la porte va s'ouvrir à l'instant et que le dentiste va surgir sur le seuil." La phrase, tirée de La défense Loujine du romancier russe Vladimir Nabokov, parlera sans doute à beaucoup de lecteurs. Pourtant, l'auteur de Lolita l'a écrite en…1930, il y a près d'un siècle. Depuis, les techniques de soins dentaires ont évolué, notamment l'usage de l'anesthésie – locale ou générale – qui s'est affiné et généralisé. Aller chez le dentiste aujourd'hui ne devrait plus faire frémir… Pourtant, le mythe de l' "arracheur de dents" a encore la peau dure. De quoi a-t-on peur et surtout, pourquoi ?

Mauvais souvenir
Pour Denis Delvenne, dentiste-conseil à la MC, "ces patients ont souvent peur de se rendre chez le dentiste à cause d'une mauvaise expérience vécue durant l'enfance ou même à l'âge adulte. Et puis, il y a la peur du bruit de certains instruments, des vibrations causées par certains traitements, de la seringue ou même de l'odeur des produits que nous utilisons." Et la peur de souffrir, alors ? "Il s'agit avant tout d'une peur ancrée dans l'inconscient collectif, qui ne repose aujourd'hui sur aucun véritable fondement, estime Denis Delvenne. Par exemple, j'ai des patients que je suis depuis trente ans, qui ne se sont jamais plaints de douleurs particulières durant leurs multiples visites, mais qui ont les mains moites et des palpitations dès qu'ils entrent dans mon cabinet !".
Selon Denis Delvenne, une autre raison – paradoxale – influerait sur cette peur quasi instinctive à l'égard de la profession : le suivi régulier de la santé bucco-dentaire chez les enfants, en hausse depuis plusieurs décennies. Résultat : "La population a moins de caries qu'avant, ce qui est évidemment une très bonne chose. Mais on retrouve alors des individus qui, arrivés à l'adolescence ou à l'âge adulte, n'ont jamais été vraiment 'soignés'. Quand ils doivent se rendre en consultation pour la première fois pour des soins curatifs et non préventifs, il n'est pas rare d'avoir en face de soi des patients qui réagissent comme des petits enfants terrorisés", confesse le praticien.

Anesthésie, hypnose et gaz hilarant
Cette "angoisse du fauteuil dentaire" peut parfois se transformer en phobie incontrôlable : la stomatophobie, aussi appelée "dentophobie". En Belgique, près d'un patient sur trois serait concerné et serait plus fréquente chez les femmes, selon des statistiques de 2016 (1). Au point de repousser indéfiniment des soins qui nécessiteraient pourtant une prise en charge urgente. Le patient stomatophobique peut dans certains cas aggraver sa situation et l'absence de soins peut provoquer une gingivite ou une parodontite, infection sévère qui peut mener à un déchaussement des dents, voire une destruction partielle de la mâchoire. À cause de cette même absence de soins, les caries tendent à proliférer plus facilement à travers l'ensemble de la cavité buccale. Heureusement, il existe aujourd'hui des solutions dédiées au traitement de ces patients, en premier lieu une sédation spécifique. Outre une anesthésie générale (dans le cadre de soins curatifs), certains dentistes peuvent en effet proposer une technique appelée "mélange équimolaire d'oxygène et de protoxyde d'azote" (Meopa). Plus connu sous le nom de gaz hilarant et généralement utilisé pour faciliter l'intervention sur les plus petits et les personnes atteintes de handicap mental, ce produit est efficace en trois à cinq minutes et dépourvu de contre-indications. Placé en état de conscience "modifié" mais sans dormir, le patient restent en contact verbal avec l’équipe soignante et sa coopération s’améliore de manière significative et s'améliore au fil des séances. Réconciliés avec les soins dentaires, certains n’ont parfois même plus besoin de Meopa au bout d'un certain temps. Chez nous, il ne peut être administré qu'en milieu hospitalier et cette administration n'est pas remboursée, ce qui provoque un surcoût de 50 à 200 euros selon les établissements.
Autre méthode de plus en plus utilisée : l'hypnose, qui permet au patient de faire abstraction de la réalité environnante tout en restant, là encore, en relation avec le dentiste. "La technique ne peut cependant être utilisée que par des praticiens sérieusement formés, précise Denis Delvenne. Il n'est d'ailleurs pas rare que certains dentistes aguerris à cette méthode forment eux-mêmes d'autres collègues." 
Sur le plan psychologique, les thérapies brèves et les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) peuvent également s'avérer utiles. Elles vont traiter "à la racine" les symptômes de la phobie et vont permettre au patient de changer progressivement ses appréhensions en idées positives. "Ces phobies, si elles peuvent paraître irrationnelles, ne sortent pas de nulle part, reconnait encore Denis Delvenne. Il faut se rendre compte que le dentiste, par les actes qu'ils posent, touche directement à l'intimité des gens. Par la cavité buccale, il 'rentre' dans le corps du patient alors que ce dernier est généralement conscient. Ce n'est pas évident pour tout le monde de s'abandonner de la sorte, même avec réticence."

La peur de la "douloureuse"
Autre "peur", plus rationnelle : celle liée au coût des soins dentaires. Ce problème – bien réel – a d'ailleurs fait l'objet d'une récente brochure de l'asbl Question Santé (2). Lors des groupes de parole animés par l'association, plusieurs participants ont confié se méfier du montant des soins dentaires, souvent élevé et rarement prévisible. Ils ont par ailleurs pointé la difficulté de reconnaître les praticiens conventionnés et de s’y retrouver dans la complexité du système de remboursement, tout en dénonçant la difficulté à obtenir des informations claires et complètes sur les tarifs ou les plans de soins. Le dentiste-conseil de la MC reconnait "qu'il est essentiel que le dentiste offre la transparence sur les coûts et surcoûts éventuels de ses interventions, tout comme sur son statut. Il est également toujours possible au patient de demander un devis à son praticien." Denis Delvenne insiste : la meilleure façon d'effacer ses peurs, qu'elle soient financièrement motivées ou non, est d'établir une bonne communication avec son dentiste. En instaurant une relation de confiance et un bon feeling avec le praticien, on surmonte plus facilement ses appréhensions. Choisir un dentiste rassurant et bienveillant, qui pratique dans une ambiance relaxante et avec lequel on se sent à l’aise revêt une grande importance. Cela vaut surtout pour les enfants ! "Pour que la visite se passe bien, il faut que ça reste un jeu pour le petit patient et qu'on prenne le temps de lui expliquer, avec des mots simple, comment les choses vont se dérouler", confirme Denis Delvenne. Pour lui, emmener son enfant avec soi lors de sa propre consultation peut d'ailleurs être une "fausse" bonne idée. Si cela peut en rassurer certains, "cela peut faire très peur à d'autres, surtout que lorsque je traite un adulte, je ne vais pas forcément expliquer à ce dernier à quoi sert une fraise, un miroir… Parfois, ce n'est pas plus mal que l'enfant soit "vierge" de toute expérience au moment de sa première consultation."
Enfin, la première alliée d'une visite sans encombre – et donc sans mauvaise surprise - chez le dentiste reste l'adoption d'une bonne hygiène bucco-dentaire (voir encadré). Un suivi régulier chez son dentiste est par ailleurs incontournable pour garder une dentition saine et éviter des complications dans le futur, qui pourraient faire "monter la pression" au moment de passer la porte du cabinet dentaire…

Quelques conseils faciles à suivre pour prendre soin de ses dents

• Effectuez au moins une fois par an une visite chez le dentiste, même en I'absence de

douleur ou de problèmes. Deux visites par an sont recommandées pour les enfants.

• Brossez-vous les dents au moins deux fois par jour pendant minimum 2 minutes avec

du dentifrice pour éliminer la plaque dentaire. Effectuez ce brossage tous les matins et

tous les soirs.

• Choisissez un dentifrice au fluor. Utilisez un dentifrice adapte à votre âge (moins de fluor

pour les enfants).

• Remplacez votre brosse à dents tous les trois mois.

• Utilisez le fil dentaire afin d'éviter la plaque dentaire.

• Privilégiez une alimentation et des boissons saines.

• Mangez au maximum cinq fois par jour. L'émail dentaire a besoin de temps et de repos pour se reconstituer.

• Buvez de I'eau. Les sodas et les jus de fruits attaquent l'émail dentaire.