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Soulager le burnout parental : le groupe, bouée de sauvetage

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En collaboration avec la Mutualité chrétienne, une équipe de psychologues de l'UCLouvain vient de mettre au point une forme de prise en charge efficace des parents souffrant de burnout parental. L'originalité de cette première : miser sur le groupe.


Il y aurait, en Belgique, quelque 150.000 à 210.000 personnes frappées par le burnout parental. Soit environ 100.000 mères et 50.000 pères gagnés par ce sentiment d'épuisement dans la menée des tâches éducatives. Leurs batteries sont vides, leurs ressorts ont perdu leur tension vitale, leur plaisir d'être papa ou maman s'est évanoui. "Ces parents prêtent moins d'attention et moins d'importance à ce que leurs enfants vivent, ressentent et racontent, précisent Isabelle Roskam et Moira Mikolajczak, psychologues et chercheuses à l'Institut de recherche en sciences psychologiques (IPSY) de l'UCLouvain. Ils n'en peuvent plus d'assumer leur rôle parental et en arrivent à penser qu'ils sont devenus de mauvais parents. De là, un sentiment de honte et de culpabilité dur à vivre dans une société qui les assaille de recommandations sur ce que doit être la, 'bonne parentalité'".

Les deux psychologues ont été frappées, il y a quelques années, par l'ampleur du fléau. Mais aussi, sur un plan plus qualitatif, par les dégâts liés à cette fatigue extrême qui est à distinguer de la dépression ou du burnout professionnel. C'est que l'individu comme le couple peuvent en être lourdement affectés : augmentation des tensions et des disputes, risque d'addictions et d'idées noires qui peuvent aller jusqu'aux pensées suicidaires. L'enfant est lui aussi en situation de danger car ses parents peuvent faire preuve de négligences, voire de violences (le plus souvent verbales) à son égard. Celles-ci ne font qu'accentuer le sentiment de culpabilité des parents. Bref, le cercle vicieux.

En phase avec la société

En partenariat avec la Mutualité chrétienne (MC), les deux chercheuses ont voulu lever le voile sur la problématique auprès du grand public et de publics spécialisés : conférences, publications, interventions médiatiques, etc. Mais, il y a deux ans, elles sont allées un cran plus loin, cherchant à savoir dans quelle mesure les réponses à apporter au burnout parental pourraient reposer sur une forme d'accompagnement spécifique pratiquée nulle part ailleurs (semble-t-il) à ce stade : des groupes de parents épuisés.

L'année dernière, l'IPSY a ainsi formé 22 psychologues au traitement spécifique du burnout parental (BOP). Parallèlement, 14 groupes de parents volontaires (soit quelque 150 parents en état d'épuisement) ont été constitués dans les différentes antennes MC régionales. Après avoir rempli un protocole d'évaluation, ceux-ci ont été aiguillés dans deux types de groupe bien distincts.

Dans les uns, dits "structurés", chaque duo de psychologues préparait l'animation d'une façon très directive, proposant des thèmes de réflexion aux participants et délivrant des informations et des conseils validés sur le plan clinique. Les parents étaient invités – toujours entre pairs, donc – à réaliser des petits "exercices éducatifs" et à les reproduire ensuite à domicile avec leurs enfants afin de favoriser l’appropriation des notions. Au centre de l’attention : le rééquilibrage de la balance des risques et des ressources.

Dans les autres, dits "groupes de parole", le duo de psychologues se contentait volontairement de poser des questions plus ouvertes, laissant la possibilité aux parents d'amener leurs propres vécus en lien avec les thèmes de discussion. Les activités proposées par les psychologues pendant la séance visaient à favoriser la communication dans le groupe et l’instauration des liens. Le but : faire en sorte que l'expression de leurs difficultés et de leurs souffrances soit maximale. "Dans les deux cas, l'objectif était d'aider les parents à normaliser une souffrance vécue comme honteuse", explique Maria-Elena Brianda, doctorante chercheuse à l'IPSY.

Le dispositif s'est étalé sur plusieurs mois, à raison de huit séances de deux heures chacune. À intervalles soigneusement choisis (juste avant la prise en charge, juste après, mais aussi trois mois plus tard), les parents – mais aussi leurs conjoint(e)s – ont été invités à s'exprimer sur leur propre vécu et leurs propres réactions quant à l'évolution de leur état d’épuisement, leurs négligences et/ou leurs violences éventuelles (1).

Effets au long cours

"Les résultats ont été éloquents, commente la psychologue. Il s'est avéré que l'intervention de groupe réduisait significativement les symptômes du BOP ainsi que l'apparition de comportements de négligence et violence envers les enfants. Par exemple, les actes de négligence ont diminué de 25% dans les groupes "structurés" et de 22% dans les groupes "libres". Les comportements de violence, eux, ont baissé de respectivement 28% et 23%".Non seulement ces effets positifs sont apparus immédiatement après les 8 séances d'accompagnement mais, en plus, ils ont eu tendance à augmenter au fil du temps pour les deux types de groupe étudiés ; notamment parce que dans de nombreux cas les parents pris en charge restaient en contact et s'épaulaient. Trois mois après la fin de l'intervention, les niveaux de burnout parental, de négligence et de violence avaient encore diminué de quelque 5%. Ces résultats étaient plus marqués pour les groupes "structurés" que les "libres", notamment pour ce qui concerne la diminution des actes de négligence.

Forts de ces résultats encourageants, la MC et l'équipe des Professeurs Roskam et Mikolajczak mettront sur pied, dans une dizaine de villes wallonnes, des formations certifiées destinées aux intervenants psycho-médicosociaux de première et deuxième lignes (2), axées sur le dépistage et l'accompagnement du BOP. Autant de réponses thérapeutiques concrètes qui se profilent petit à petit sur le terrain de la détresse parentale.


Nouvelle recherche au printemps

Dès le mois d'avril 2019, une nouvelle recherche sera initiée par l'UCLouvain auprès de nouveaux parents en difficultés. En collaboration avec la MC, six nouveaux cycles de prise en charge pour parents en burnout seront proposés, dans quatre régions :Bruxelles, Brabant-Wallon, Namur et Hainaut.

Les parents peuvent s’y inscrire gratuitement sur www.mc.be/burnout-parent. Parallèlement, il est possible de trouver des recommandations et des aides spécifiquement orientées sur le burnout parental sur le site MC www.jepenseaussiamoi.be.

Quand commence le burnout parental ?

Chaque burnout a son histoire propre. Mais il y a des constantes bonnes à connaître…

Le burnout (épuisement) parental est un syndrome qui concerne les parents exposés à un stress chronique. Il se distingue du burnout professionnel, puisqu'il se manifeste dans la sphère familiale et a des conséquences spécifiques sur les enfants. Il se distingue éga - lement de la dépression, celle-ci concernant toutes les sphères d'activités. Il augmente néanmoins le risque de connaître plus tard un burnout dans une autre sphère ce qui, finalement, peut mener à la dépression.

Le burnout parental présente essentiellement quatre facettes. Celles-ci ne doivent pas toutes être présentes systématiquement pour qu'on puisse parler de burnout parental. Il suffit que 60% des symptômes soient suffisamment sévères et fréquents.

  • L'épuisement apparaît souvent en premier lieu. Il peut être émotionnel ("je n'en peux plus"), cognitif ("je n'arrive plus à réfléchir correctement") et/ou physique (fatigue, manque d'énergie). Une maman : "rien que d'imaginer qu'il va falloir faire à manger ce soir, c'est une montagne". Un papa : "il m'arrive de souhaiter avoir un cancer. Ainsi, je serai hospitalisé et je pourrai dormir pendant quelques jours".
  • La distanciation affective avec les enfants. Le parent assure le strict nécessaire – trajets, repas, coucher… – mais ne s'investit pas davantage car il n'en a pas le courage. Une maman : "quand j'observe les autres mères, je me sens comme un monstre d'insensibilité. Je vois mes enfants comme mettant ma survie en danger". Un papa : "C'est dur, une famille recomposée : du jour au lendemain, je suis passé de deux à quatre enfants. Ma vie avec eux se résume à une routine".
  • La perte d'efficacité et d'épanouissement dans son rôle d'éducation. Le parent a l'impression que ce rôle exige trop de lui, il ne le supporte plus. Une maman : "la première fois que votre enfant vous dit 'Maman', c'est le plus beau jour de votre vie. Mais aujourd'hui j'ai l'impression que mes filles vont se chamailler et hurler 'Maman' 500.000 fois. Je sature." Une autre maman : "j'adore être une mère, mais je n'en peux plus de n'être que cela".
  • Le contraste, soit la prise de conscience du gouffre entre le parent qu'on a voulu être et celui qu'on est devenu, épuisé, distant et saturé… De là, la honte et la perte de fierté. Ce contraste est fondamental : un parent qui a toujours été négligent, colérique voire violent n'est pas en burnout parental.

On tombe en burnout parental lorsqu'on vit un déséquilibre entre des facteurs de stress spécifiques à la parentalité et des ressources devenues insuffisantes. Stress et ressources peuvent être démo graphiques (nombre d'enfants, taille de l'habitation, etc.), situationnels (maladie ou handicap de l'enfant), personnels (les parents perfectionnistes courent un risque plus grand de con naître un BOP), relationnels (la manière dont on se comporte avec l'enfant, par exemple des principes éducatifs en yo-yo) ou liés au couple (absences régulières ou mésentente sur les principes éducatifs). Les trois derniers stress et ressources sont ceux sur lesquels on peut le plus agir pour éviter le BOP ou en sortir.