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Apprivoiser le handicap au festival TEFF

© Film © Film "Capitaine Fantastique"
Gilles et Mathieu sur le bateau La mouette rieuse, dans le film "Capitaine Fantastique".

Une image positive de la personne en situation de handicap. C'est ce que propose The Extraordinary Film Festival (TEFF), du mercredi 10 au dimanche 14 novembre, à Namur. Avec des films provenant de plus de 20 pays, la sélection aborde le handicap sous toutes ses formes et permet de nourrir les spectateurs de l'expérience de personnes extraordinaires.


Affiche du festival TEFFLe sujet du handicap occupe une place minime dans les médias belges et français. Le festival TEFF est une manière de rééquilibrer un peu la balance. "C'est à la fois un festival culturel et social, confie Luc Boland, réalisateur et directeur artistique du festival. Les spectateurs sortent transformés après les projections, avec des étoiles plein les yeux, même après un film difficile. Au fil des éditions, nous avons engrangé de petites victoires." Luc Boland illustre son propos en citant un sujet important mais qui reste tabou : la vie affective et sexuelle des personnes porteuses d'un handicap. "Reconnaitre ce besoin, c'est aller au bout de la reconnaissance de l'humanité d'une personne." En 2013, lors de la deuxième édition du festival, le documentaire australien Scarlet road racontait l'histoire d'une prostituée qui reçoit des clients en situation de handicap. Après un doctorat à l'université, cette travailleuse du sexe a consacré un livre aux bonnes pratiques dans l'accompagnement de la vie affective et sexuelle des personnes porteuses d'un handicap. Touchée par ce film, la ministre wallonne de la santé, Éliane Tillieux, a lancé un projet de création d’un centre de ressources "Handicap et sexualité" qui existe depuis sept ans.

Le meilleur de la production mondiale

Le TEFF fête ses dix ans cette année. Luc Boland se souvient de ce qui l'a poussé à créer, en 2011, le premier festival consacré au handicap en Belgique. Un festival baptisé alors Extra & Ordinary People. "J'ai eu l'occasion de présenter dans des festivals étrangers le documentaire "Lettre à Lou" que j'avais réalisé en 2006. J'y raconte les six premières années de la vie de mon fils porteur du syndrome de Morsier, une malformation congénitale très rare (Lou est totalement aveugle et présente des comportements autistiques, ndlr). J'ai découvert que certains festivals ne traitaient que du handicap. Cela a été une révélation." Aujourd'hui devenu le TEFF, cet évènement international propose tous les deux ans le meilleur de la production mondiale sur le handicap. Avec un objectif affiché : faire évoluer les mentalités.
En cinq éditions, le nombre de spectateurs est passé de 2.100 à 7.300. Le bouche à oreille fonctionne, les cinéphiles reviennent, accompagnés par d'autres. "Les personnes en situation de handicap représentent 5% des spectateurs, précise Luc Boland. C'est un des points forts du festival : attirer des professionnels du secteur médico-social et un grand public curieux de découvrir une programmation spécifique." Le public scolaire est aussi en hausse, ce qui est positif pour sensibiliser les jeunes.

Le handicap fait (encore) peur

"Nous ne voulons pas penser que nous pouvons mourir à tout instant. Pourtant c'est la réalité, souligne le directeur du TEFF. De la même manière, nous n'avons pas trop envie de nous confronter au handicap parce que cela nous renvoie à notre finitude et au fait que cela pourrait nous arriver n'importe quand. Il y a aussi la peur de l'autre, de la différence."
Coréalisatrice – avec Pauline Robert – du documentaire "Aito Harmonia" (lire l'encadré), Alice Declercq a animé pendant plusieurs années des groupes mixtes de jeunes valides et en situation de handicap mental pour l'ASBL Gratte. "Les personnes en situation de handicap sont différentes et à la fois, elles nous ressemblent beaucoup, analyse-t-elle. Ce miroir peut être dérangeant car nous ne savons pas toujours comment réagir. Les personnes valides peuvent se mettre des freins, éviter ce monde-là par peur de blesser. Or, la plupart des personnes porteuses d'un handicap préfèrent que nous les regardions dans les yeux, quitte à faire une bourde, plutôt que de les ignorer", poursuit-elle.
"J'aime parler du handicap avec humour. Souvent, lorsqu'on en parle, on est triste alors qu'il ne faut pas l'être, c'est la vie, s'exclame à son tour Gilles le Druillennec, atteint d'infirmité motrice cérébrale (IMC). L'homme est l'un des protagonistes du documentaire français "Capitaine Fantastique" réalisé par Jean-François Castell. Il faut être heureux dans le corps qu'on a. Même dans les moments durs pendant lesquels j'étais en fauteuil, j'ai toujours accepté mon état. Si on baisse les bras, on devient vite dépendant."
Le parcours de Gilles le Druillennec, victime d'un accident vasculaire cérébral à la naissance, est hors du commun. Les médecins lui pronostiquent l'usage à vie d'un fauteuil roulant. C'est sans compter sur la détermination de l'enfant qui arrive à marcher à l'âge de six ans et suit une scolarité normale en Bretagne. Passionné par la mer, Gilles est aujourd'hui, à 59 ans, la seule personne atteinte d'un handicap à être titulaire du brevet d’État d’éducateur sportif de voile. Il est également chauffeur de car, comédien et animateur dans les écoles.
Une vrai amitié lie le réalisateur et Gilles le Druillennec. "Nous avons beaucoup échangé sur ce qu'il se passait dans sa vie et sur ce que j'allais montrer dans Capitaine Fantastique", révèle Jean-François Castell. Pendant un an et demi, il a filmé l'échange intergénérationnel entre Gilles et Mathieu, un petit garçon atteint, lui aussi, d'IMC. La caméra a pu se faire oublier. Toutes les émotions des protagonistes transparaissent, passant des rires aux larmes, des découragements aux petites victoires. "Le film montre bien ce que j'apporte à Mathieu pour qu'il prenne confiance en lui et gagne en autonomie, confie Gilles. En retour, il me donne du courage pour que je continue à me battre." Ce documentaire de 52 minutes est une thérapie pour Gilles qui revoit, à travers Mathieu, l'enfant qu'il était. Cette force extraordinaire, Gilles la puise dans son handicap, dans son amour de la vie, entouré de sa famille. Pour lui, voir le film qui le met en scène sélectionné dans un festival comme le TEFF est une reconnaissance mais pas seulement : "Les gens pourront se rendre compte que malgré un handicap lourd comme le mien, on peut vivre comme tout le monde, conduire, se marier, avoir des enfants… et être inclus dans la société." Jean-François Castell l'avoue, il a été difficile pour lui d'éteindre sa caméra. Il a alors réalisé "Gilles l'irréductible, l'odyssée d'un tordu", un film plus personnel de 95 minutes qui s'inscrit dans la continuité du documentaire (sortie prévue en DVD en décembre).

Pour en savoir plus ...

Séances délocalisées : à Arlon, Bruxelles, Charleroi, Liège, Mons et Wavre du mardi 26 octobre au lundi 8 novembre

Séances à Namur : Le Delta, avenue Golenvaux 18 à 5000 Namur du mercredi 10 au dimanche 14 novembre

Prix : 6 EUR par séance (sur place) • formules de Pass • réductions possibles • réservation conseillée

Plus d'infos : 02/673.27.89 • info@teff.be • teff.be

 

10 X 1 PLACE À GAGNER !

Envoyez un email à enmarche@mc.be en mentionnant "Concours TEFF" et vos coordonnées complètes pour le mercredi 3 novembre à minuit et tentez de gagner une place à une séance de projection de votre choix (1) à Namur. Tirage au sort le jeudi 4 novembre. Les gagnants seront informés par e-mail.

(1) Les entrées gratuites ne sont pas valables pour les galas d'ouverture et de clôture, certaines séances pédagogiques, les spectacles, conférences, tables rondes et ateliers.


Zoom sur trois films belges

> Aito Harmonia (Authentique harmonie)

Affiche du film Aito Harmonia

Hiver 2019. Pendant 11 jours, un groupe de 12 Belges, composé d'un tiers de personnes en situation de handicap et de deux tiers de personnes valides, séjournent en Laponie. "Nous vivions une situation extrême, complètement différente de notre quotidien. Cela mettait tous les profils à égalité", se rappelle Alice Declercq, qui a réalisé ce documentaire de 46 minutes avec Pauline Robert. Le voyage était organisé par Gratte, une association qui favorise la rencontre entre jeunes valides et jeunes en situation de handicap mental, par le biais de loisirs. "Les jeunes porteurs d'un handicap n'ont souvent pas les barrières de timidité ou de jugement que peuvent avoir les autres. Cela crée une harmonie assez puissante. Les personnes valides sont plus nourries que ce qu'elles pensent dans ce type de groupe."
Un documentaire à haute valeur humaine, avec de superbes paysages enneigés, où chacun fait aveu de ses faiblesses et coups de coeur.

Dates : le vendredi 12 novembre (séance 57) et le samedi 13 novembre (séance 68) de 16h à 17h35

Lieu : Le Delta de Namur, avenue Golenvaux 18 à 5000 Namur

Genre : long métrage documentaire

Durée de la projection : 46 minutes + débats et échanges

> Bertha en de Wolfram

Affiche du film Bertha en de Wolfram

Depuis trois ans, Bertha voit la vie différemment, de manière floue… Il est de plus en plus difficile pour l’adolescente de reconnaitre les formes et les couleurs. Le syndrome de Wolfram, affection génétique rare, atteint son nerf optique.
Ce documentaire de 15 minutes, réalisé par Tijs Torfs, est entrecoupé de dessins en noirs et blancs. Il évoque le quotidien de la fillette, à la maison, à l'école mais aussi le combat qu'elle mène pour financer la recherche sur cette maladie méconnue.
Intimiste et poétique, ce court métrage met en lumière l'arme secrète de Bertha : la créativité.

Dates : le jeudi 11 novembre (séance 42) de 16h15 à 18h et le samedi 13 novembre (séance 63) de 11h15 à 13h

Lieu : Le Delta de Namur, avenue Golenvaux 18 à 5000 Namur

Autres films présentés : Revel in your body (Profitez de votre corps) de Katherine Helen Fisher● Please be seated (Veuillez vous asseoir) de Kevin Scott ● Arti bir (Un de plus) d'Abdullah Sahin ● Le frère de Jérémie Battaglia ● A silent warble (Une douce cacophonie) de Debanjan Majhi

Genre de la séance : six courts métrages documentaires

Durée totale de la projection : 71 minutes + débats et échanges

> Downside UP

Affiche du film Downside Up

Primé deux fois en 2017 au TEFF avec le grand prix du Jury pour le meilleur court métrage et le prix de la RTBF du court métrage de fiction, Downside Up, réalisé par Peter Ghesquière, ne laisse pas indifférent. Il est rediffusé cette année lors de plusieurs séances pédagogiques.
Dans un monde où la trisomie 21 est la norme, Éric est singulier. Plus il grandit, plus les différences se font sentir. À l'âge adulte, il se pose beaucoup de questions car un chromosome en moins, cela change tout ! Dans ce monde où personne ne sait faire les noeuds, Éric va alors trouver un chemin bien à lui pour s'en sortir dans la vie.
Avec tendresse et humour, cette fiction de 14 minutes, nous amène à réfléchir de manière différente sur la façon de percevoir le handicap.

Dates :

  • Le mardi 26 octobre à 13h30 à Arlon (séance 3)
  • Le jeudi 28 octobre à 11h15 à Charleroi (séance 7) et Mons (séance 8)
  • Le vendredi 29 octobre à 11h à Bruxelles (séance 17)
  • Le vendredi 29 octobre à 11h15 à Wavre (séance 19)
  • Le lundi 8 novembre à 11h15 à Liège (séance 24)
  • Le mercredi 10 novembre à 11h à Namur (séance 29)
  • Le vendredi 12 novembre à 9h15 à Namur (séance 49)

Autres films présentés : Électrique de François Le Guen ● Tragically Deaf (Tragiquement sourd) de Maxx Corkindale ● Signs and Gestures (Des signes et des gestes) de Itandehui Jansen

Genre de la séance : quatre courts métrages qui présenteront chacun une facette du handicap dans le cadre de séances pédagogiques pour les élèves de l'enseignement secondaire inférieur ● séances ouvertes à tous sur réservation

Durée de la projection : 32 minutes + débats et échanges