Films

Rester vivants

Être jeune, en Égypte, qu'est-ce que cela signifie ? Comment vit-on quand, en 2011, on a porté l'espoir et l'envie de liberté de toute une génération sur la place Tahrir ? Aujourd'hui, les rêves se sont envolés, les regards se sont distanciés. Mais le combat continue, d'une autre manière. Le documentaire de Pauline Beugnies nous plonge dans le quotidien d'hommes et de femmes qui résistent, sans se voiler la face.

3 min.
© Rester vivants
© Rester vivants
Estelle Toscanucci

Estelle Toscanucci

"On était si sûrs de pouvoir changer les choses", "Je ne sais pas si j'aurais la force de redescendre dans la rue", "On ne peut rien changer de toute façon"…

Ces phrases sont prononcées par des jeunes gens qui, en 2011, manifestaient Place Tahrir pour exprimer leur rejet de la politique d'Hosni Moubarak, président de la République égyptienne entre 1981 et 2011. Aujourd'hui, Moubarak a été remplacé par le Maréchal Sissi. Et rien ne va mieux, bien au contraire. Ces jeunes gens s'appellent Eman, Ammar, Kirilos et Soleyfa. Pendant presque deux heures, la photojournaliste belge Pauline Beugnies nous permet de faire leur connaissance. Eman soutenait les Frères musulmans, elle est partie vivre au Qatar avec mari et enfant. Soleyfa est journaliste, elle est restée au pays et tente, tant bien que mal, d'exercer son métier. Kirilos est copte, il s'est investi dans son job de représentant médical. Ammar est artiste, il peint des fresques engagées sur les murs.

L'impasse du quotidien

En 2011, la vie de ces quatre jeunes adultes était sensationnelle et leur engagement collectif annonciateur de changements. Quelques années plus tard, chacun d'entre eux porte un regard lucide sur cette époque. Même si l'on ne peut pas parler de résilience, le quotidien a repris ses droits, mais la caméra de Pauline Beugnies capte des regards encore déterminés, des états d'âme en permanente contradiction, et une parole toujours forte et vivace. Il y a six ans, elle a photographié la place Tahrir, exposé ensuite ses clichés, rédigé un ouvrage illustré et co-réalisé un web documentaire. Mais le besoin de faire davantage entendre les voix était urgent : "l'État égyptien nie l'existence de ces gens et nous, par notre ignorance, on fait pareil. Je voulais que les spectateurs puissent faire de précieuses rencontres". Le film renvoie naturellement à nos propres combats, nos propres idéaux. "Ces deux jeunes hommes et ces deux jeunes femmes ont appliqué leurs idéaux. Ils sont partagés entre le besoin de continuer le combat et de vivre leur vie, de protéger leurs proches. Lorsqu'elle revoit des images de la révolution, Eman parle de folie, de schizophrénie. Le traumatisme est profond. Ces jeunes sont torturés par ce qui s'est passé. Ils se sentent responsables et coupables pour ces années perdues, pour leurs amis emprisonnés. Cette révolution, avec ses morts, ses blessés, ses exilés, est devenue un fardeau."

Une autre résistance

Ces témoignages, le spectateur les reçoit en pleine face, droits dans les yeux et dans la conscience. Que reste-t-il de ces images qui, il y a quelques années, monopolisaient nos écrans ? "Tous sont très réalistes quant à la manière dont l'Occident les voit, explique Pauline Beugnies. Mais ils sont en recherche de contacts, de liens avec l'extérieur. Ces derniers mois, 500 sites d'information ont été fermés. Il s'agit aussi bien de médias qui utilisent l'anglais et sont ouverts sur l'étranger que de médias locaux. Pour réagir à cela, Soleyfa a utilisé sa page Facebook personnelle comme blog journalistique. Pas mal de jeunes tentent de s'exprimer comme cela. Mais c'est dangereux. Un utilisateur de ce même réseau social avait publié une photo du Maréchal Sissi avec des oreilles de Mickey. Il a été emprisonné. Mais, s'il y a une attente vers l'Occident, c'est bien celle-là : relayer les informations, échanger, soutenir, former, protéger les initiatives qui naissent sur les médias sociaux."

Rester Vivants est un documentaire qui réveille les consciences et nous invite à ne pas oublier. Il nous montre la vie qui s'impose, malgré des matins âpres, difficiles. Et si les rues d'Égypte ne sont plus animées par la révolution, les con victions qui ont porté ces rassemblements ne sont pas mortes. Dans un pays qui "manipule ses médias, verrouille les réseaux sociaux et emprisonnent les potentiels agents de changement." Ces convictions s'expriment de manière exemplaire via la détermination d'Eman, Ammar et Soleyfa. Une détermination et une résistance admirables. Rester Vivants est nécessaire pour cela. Parce que ces jeunes ne méritent pas l'indifférence et moins encore l'oubli.

Concours

En Marche, le Festival Cinéma Méditerranéen, Quai 10 et le cinéma Vendôme vous offrent des places pour découvrir “Rester vivants” :

3x2 places, le samedi 2 décembre, à 20h30, au Festival Cinéma Méditerranée à l’Orangerie du Botanique, rue Royale 236 à 1210 Bruxelles

3x2 places, le vendredi 8 décembre à 20 h à Quai 10, Quai Arthur Rimbaud 10 à 6000 Charleroi

3x2 places, le mardi 12 décembre à 19h30 au Cinéma Vendôme, Chaussée de Wavre 18 à 1050 Ixelles

Pour participer, envoyez avant le vendredi 24 novembre un courriel mentionnant vos coordonnées complètes (nom, adresse, téléphone, numéro d'affiliation et courriel) ainsi que l’endroit où vous souhaitez vous rendre à enmarche@mc.be. Les gagnants seront prévenus par courriel.


Pour en savoir plus ...

Rester Vivants de Pauline Beugnies • Belgique • 2017 • 110 minutes.