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Des planches aux pavés : le retour de l’art vivant                         

"Mars en balade" (c)Marc Szczepanski

Les salles de spectacle étant closes, des artistes se démènent pour continuer de travailler, créer, rencontrer leur public. Après des semaines de confinement et d’annulation de spectacles, musiciens, danseurs, acteurs, circassiens ont réinvesti rues et quartiers pour le plus grand plaisir d’un public assoiffé de culture vivante.         


La vidéo des 50 musiciens de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège interprétant chacun chez eux mais ensemble "L’apprenti sorcier" a été vue près de 80.000 fois, Pierre de Lune (centre scénique jeune public de Bruxelles) a posté sur internet des dizaines de capsules vidéo qui ont permis de rémunérer des créations jeune public réalisées à la maison et, les 29 et 30 mai derniers, onze programmateurs de festivals belges de jazz se sont associés pour proposer le Bel Jazz Festival, un festival en ligne avec 24 concerts de groupes belges retransmis en live depuis Flagey… Dès le début de la crise sanitaire, grâce à internet et aux réseaux sociaux, on a vu fleurir de nombreuses initiatives pour pallier l’absence de concerts et de spectacles vivants (1).

Au creux de l’oreille
En marge de ces projets virtuels, le concept "Au creux de l’oreille" a débarqué à la mi-mai en Belgique, fort du succès rencontré en France et initié par Wadji Mouawad (auteur, metteur en scène, comédien et directeur du théâtre national de la Colline à Paris). Il y a quelques semaines, il confiait au micro de France Culture : "Le théâtre, c’est vraiment le direct, c’est l’immédiat, la relation (le mot est tellement important), le lien immédiat entre un vivant et un autre vivant dans le même temps, pas dans un temps décalé. Et la seule solution qui m’est venue à l’esprit pour créer ce lien dans un temps direct et immédiat était ce rapport au téléphone. Un acteur appelle un spectateur et, pendant 20 minutes, lui lit un texte de poésie ou de fiction." Ces expériences offertes gracieusement aux spectateurs sont de vrais rendez-vous artistiques et humains.

Sous les balcons
Pour offrir de la culture vivante et une relation directe entre un artiste et un spectateur confiné, "Mars en balade" a misé sur des interventions artistiques imprévues dans différents quartiers de Mons. Sous les fenêtres ou sur les places, les organisateurs de Mars (Mons arts de la scène) racontent que "le projet évolue de séance en séance, en fonction de la réaction des habitants et de notre redécouverte du territoire." Ces séances gratuites ne sont pas annoncées afin d'éviter les rassemblements mais les expériences (musicales, dansées ou théâtrales) sont ensuite relayées sur les réseaux sociaux. Les artistes sont rémunérés par Mars.
Des idées comme celles-là germent ici et là : à Bruxelles, c’est la Roseraie qui a surpris les habitants d’un immeuble ucclois avec une représentation de cirque déjantée de la Compagnie Tripotes. À La Louvière, Central (Centre Culturel de la région du Centre) a annoncé lors d’une récente conférence de presse qu’il réfléchissait à de nouveaux lieux à explorer comme les rues, les cuisines ou les salons pour retrouver le public. Directeur du Théâtre National, Fabrice Murgia révélait au journal Le Soir (2) qu’il songeait "à du ‘théâtre invisible’ qui déclenche des séquences dans des endroits publics. On réfléchit à des tas de possibilités même si notre priorité reste de pouvoir travailler avec nos outils, nos équipes, nos salles."

Au gré des chemins
Grand habitué du spectacle de rue, le Festival international des arts de la rue de Chassepierre a été contraint, comme de nombreux acteurs culturels, de reporter sa 47e édition à 2021 mais n’a pas dit son dernier mot, affirme Charlotte Charles-Heep, directrice du festival : "Il est encore trop tôt pour vous dire sous quelle forme mais il y aura bien des activités culturelles en août pour honorer les arts de la rue à Chassepierre"(3). Parallèlement, elle maintient sa "Marche des philosophes" initiée en 2016 et qui consiste à relier à pied une dizaine de villages pour y jouer, chaque soir, une représentation dans un salon, sur une place, sous un arbre ou au milieu d’un potager. Après avoir logé et déjeuné chez l’habitant, la troupe repart avec son matériel sur le dos et rejoint le village suivant. Deux marches sont actuellement programmées en Brabant wallon et en Gaume et Charlotte Charles-Heep lance un appel aux compagnies qui souhaiteraient rejoindre cette aventure itinérante pour explorer de nouvelles routes, créer des émotions et des rencontres bien réelles.