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Un homme debout, témoin du monde carcéral

Sur scène avec le comédien Stéphane Pirard jouant son rôle, Jean-Marc Mahy, ex-détenu aujourd’hui éducateur, raconte la prison, la violence physique et psychologique qui y règne, sans parler de celle, incommensurable, du temps perdu. L’histoire poignante d’un homme qui, après avoir passé près de vingt ans derrière les barreaux, a décidé de "réparer", de témoigner et de sensibiliser les jeunes.


Un plateau vide. Juste un tabouret. Un homme, tout de noir vêtu, s’avance humblement. "Bonsoir, je m’appelle Jean-Marc Mahy, je ne suis pas acteur mais je vous invite à revisiter une partie de mon passé". Muni d’un ruban adhésif, le voilà qui trace un rectangle au sol, décrivant la pièce qui fut sa première cellule.

C’était à la prison de St-Gilles. Il y a atterri en 1984 à l’âge de 17 ans et demi. Un gamin en quel que sorte. Mais à son actif déjà, un cambriolage dans lequel il a été entraîné et qui a tourné à la tragédie, la mort étant au rendez-vous. Deux années d’enfermement plus tard, c’est l’évasion avec deux codétenus. La fuite, le contrôle d’identité, la panique… et la mort d’un gendarme, "sans intention de la donner". Après un procès expédié en Cour d’Assises au Grand-Duché de Luxembourg, le verdict tombe : perpétuité.

"Qu’as-tu fait de tes vingt ans, Jean-Marc. Tu as glissé en accéléré dans la délinquance. Maintenant, ça va passer très lentement , tu vas voir", hurle l’homme, tournant comme un lion en cage dans sa cellule fictive. Jean-Marc Mahy décrit alors sa vertigineuse descente aux enfers, les humiliations, l’atrocité du sort réservé aux condamnés en isolement total, la folie qui le guette, le désir de suicide. Il évoque aussi ces petits riens auxquels il s’accroche pour ne pas sombrer.

Après trois ans de "vide total sans aucun contact avec les hommes et les événements", il retrouve un peu d’humanité et d’espoir grâce à une bible oubliée par un aumônier puis à une radio et à des livres dont il peut enfin disposer. Grâce à eux, il renoue avec le monde, s’ouvre à la culture, à l’éducation, et apprend à mieux se connaître. Peu à peu, il parvient à comprendre et à assumer ses responsabilités et sa peine...

Être acteur de sa vie

"La vie, il faut la construire hors de la prison." C’est l’un des messages forts que Jean-Marc Mahy souhaite transmettre - aux jeunes en particulier - à travers son témoignage mis en scène. Il le répétera d’ailleurs lors du débat qui suit systématiquement la représentation "parce qu’il ne s’agit pas d’un spectacle classique", comme le dit Jean-Michel Van den Eeyden, le metteur en scène. Cet après-midi-là, avec des élèves d’écoles secondaires, l’équipe a entamé le dialogue. Contrairement aux images édulcorées, voire cool, que peuvent en donner des séries télé, le système carcéral avilit et déshumanise, précise Jean- Marc Mahy, soucieux de désamorcer la fascination qu’ont certains jeunes face à l’image de durs passés par la "case" prison.

Fort de son expérience, Jean-Marc Mahy souhaite aussi livrer un message d’espoir aux détenus : oui, une vie après la prison existe même si elle n’est pas facile, surtout après autant d’années d’enfermement et un saut dans une société qui a totalement changé. Oui, il est possible de trouver une autre issue que la récidive. Seulement, la réinsertion cela se prépare. Il faut y penser longtemps avant de pouvoir sortir, réfléchir à ce que l’on veut faire, se former et prendre appui sur autrui…

Pendant plus de 200 représentations, Jean-Marc Mahy a été seul en scène, revivant à chaque fois sa propre histoire. L’introduction, dans cette création, du comédien Stéphane Pirard apporte à l’éducateur/acteur une distance bienvenue. Pour le public, cette partition à deux voix est riche d’émotions.

Désormais reconnue d’utilité publique par la Fédération Wallonie- Bruxelles, Un homme debout sera présentée dans les semaines à venir à des milliers d’élèves du secondaire supérieur pour poursuivre son objectif de sensibilisation et de prévention à la délinquance.

JD