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En ce temps-là, j’avais 20 ans…

© Maison de l'histoire européenne © Maison de l'histoire européenne

Être jeune, sur le vieux continent, après la Seconde Guerre mondiale, qu’est-ce que cela signifie ? Comment les jeunes européens se sont-ils exprimés dans les années 60 ? Et dans les années 80 ? Quelles sont les préoccupations actuelles des "millennials", ces jeunes nés dans la culture web ? La Maison de l’histoire européenne s’est penchée sur les différentes manières de grandir, aimer, se divertir et s’engager lorsqu’on a 20 ans.


La Maison de l’histoire européenne a ouvert ses portes en 2017, rue Belliard, au cœur d’un quartier bruxellois presque exclusivement consacré aux activités des actuels 28 pays membres de l’UE. Cet espace propose au public une exposition permanente consacrée aux origines et à l’histoire de l’Europe. Depuis février, une exposition temporaire s’est installée sur deux étages. Son nom ? Jeunesse rebelle : grandir en Europe depuis 1945. Les visiteurs y découvrent les petites et grandes aspirations de quatre générations devenues adultes à des moments clés de l’Histoire. Quatre voyages résumés en quatre anecdotes, glanées au cours de la visite.

1945 : Génération silencieuse

"Je suis rentré chez moi à Ljubljana… J’ai pris un bain, j’ai mis mes vêtements propres, j’ai pris mon vélo et j’ai été traîner en ville. Après 10 jours, je suis retourné à l’école…". Dušan Stefancic a 18 ans. Sur la photo posée à côté du texte, on découvre un jeune homme au regard doux et au sourire sincère. Dušan est arrêté et déporté au camp de concentration de Dachau en 1944. Il sera libéré du camp de Gusen II le 5 mai 1945. Ce sont les premiers mots qu’il a écrits en rentrant chez lui.

1966 : génération révolution

En Tchécoslovaquie, la police établit une carte qui pointe les concentrations des jeunes aux crinières "hors normes". Les agents arrêtent les hommes aux cheveux longs pour les leur couper de force. À côté de la carte, on découvre une lettre officielle autorisant un acteur roumain à porter les cheveux longs.

1980 : entre espoir et désespoir

"No future", "Touche pas à mon pote"... Les slogans se crient dans les rues et s’affichent sur les murs. Sur les photos, les visages des chanteurs punks et des jeunes qui les écoutent affichent les mêmes expressions : dégoût, colère et défiance. À la même époque, des posters de Madonna, de Superman et des pubs Benetton s’affichent sur les murs. Ces années sont aussi marquées par l’épidémie du Sida.

2019 : génération moi ? 

Les jeunes s’expriment à l’aide de hashtags : #Funny cat versus #climate revolution, #cupcake versus #je suis Charlie. La perche à selfies est exposée à côté du sac de livraison Deliveroo et du verre de festival en plastique recyclable. 

Pour en savoir plus ...

Jeunesse rebelle : grandir en Europe depuis 1945 • Jusqu’au 29 février 2020 • Maison de l’histoire européenne • rue Belliard 135 à 1000 Bruxelles • lundi : 13h-18h, mardi-vendredi : 9h-18h, samedi-dimanche : 10h-18h • entrée gratuite • www.historia-europa.ep.eu

Point de vue

Reconnaître et être curieux

Jeunesse rebelle : grandir en Europe depuis 1945 est une exposition d’ambiances. Les univers visuels et sonores sont soignés. La sélection d’objets et de documents proposée au public est de très grande qualité. Certaines pièces se retrouveront sans nul doute dans les dossiers photos de nombreux smartphones : veste en daim de John Lennon, dessin signé Pedro Almodovar, croquis de David Hockney. La visite est aisée, ludique, pédagogique, c’est important. Mais qu’en retenir ? Quatre espaces décrivent les modes de vie des différentes époques et invitent davantage à la comparaison qu’à l’analyse et la ré-flexion. Certains moments clés – on pense au Printemps de Prague ou à Mai 68 – sont résumés à quelques images pro jetées sur l’écran d’une télévision d’époque. L’expérience manque d’un réel apport sociologique, permet-tant de mieux comprendre comment la jeunesse a été actrice d’une Europe en mutation. En résumé : nous aurions volontiers troqué la découverte de quelques vêtements d’époque pour un peu plus d’informations sur les motifs, le déclenchement et l’organisation des rebellions. Hasard d’un moment ? Lors de notre visite, deux événements nous ont marqués. Ils ont trait aux comportements des visiteurs présents. D’une part, un groupe de jeunes gens qui a passé la majeure partie de son temps dans l’espace consacré à son époque, s’amusant de ce qui fait son quotidien. D’autre part, une mère et sa fille d’origine étrangère, très emballées par le juke-box présent dans l’espace "après-guerre" et écoutant les morceaux de leur pays natal, qu’elles connaissent par cœur. Comment attiser la curiosité lorsque le premier réflexe est la reconnaissance ? Les "parcours familles" (1) et les ateliers #Protest (2) proposés par la Maison de l’histoire eu-ropéenne peuvent sans doute faciliter la découverte.