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Projet PAO : Le patrimoine belge vu par ses citoyens

© Geraldine Vanspauwen © Geraldine Vanspauwen

À découvrir jusqu’au 23 août au musée BELvue, l’exposition "C’était mieux demain" s'intéresse au patrimoine belge d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Elle est l’oeuvre de citoyens issus d’horizons diversifiés. En Marche les a suivis à différentes étapes de ce projet participatif qui s’est étalé sur neuf mois.


Marie installe les figurines en Playmobil pour représenter la mobilisation citoyenne des prochaines années… Serge, François et Sebastiaan, assistés de leurs visseuses, montent les panneaux en bois. Lieselot et Aurélia attachent des représentations d'anciens billets belges, d'euros et de "Zinnes" dans la salle Europe. Alors que l'établissement est fermé en ce vendredi soir, c'est l'effervescence au musée BELvue, lieu qui propose une exposition permanente sur la Belgique et son histoire. Des citoyens y montent une exposition. Malgré toutes les difficultés rencontrées dans ce projet, principalement le confinement pour lequel chaque citoyen a dû faire preuve de résilience, le résultat est au rendez-vous ! "La principale contrainte était que nous n'avions plus de réunions en groupe complet, explique Aurélia. Nous avons continué à travailler en trois sous-groupes, chacun chez soi. La communication entre les groupes a été compliquée. Certains se sont démotivés et nous avons perdu des participants…" Il y a eu des incertitudes, des craintes. Après un moment de flottement, le mot d'ordre a été "Avançons, coûte que coûte !" Djifi est satisfaite de ce qui a été produit : "Cela n'a pas été facile mais nous avons persévéré et nous avons un résultat à montrer aux visiteurs."

Au-delà d'un printemps tout à fait singulier, ce projet était déjà très ambitieux : rassembler un groupe de citoyens bilingues le plus diversifié possible en termes de profils (étudiants, personnes en recherche d'emploi, salariées ou indépendantes), de métiers (kiné, enseignant, assistante sociale…), de passions (en relation ou non avec le secteur culturel), d'âges (de 17 à 60 ans), d'origines… et concrétiser une exposition temporaire qui doit prendre place dans l'exposition permanente du musée BELvue. "Dans ce type de projet de cocréation, la première difficulté est de ne pas connaître au départ les autres personnes du groupe, analyse Sophie. C'est un exercice d'équilibre de s'écouter, d'écouter les autres. Il faut aussi s'habituer à abandonner le processus de création au groupe, être capable d’accepter qu’une de ses idées soit prise en main par le groupe et devienne un élément collectif." Et pour Sophie, gérer l'abondance de créativité implique de faire des choix : "C'est difficile car nous ne sommes pas attachés aux mêmes choses, nous n'avons pas toujours la même envie de transmettre un message."

En janvier, après avoir participé à différents ateliers pour se questionner sur la production culturelle, le thème de l'exposition est choisi : le patrimoine d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Et puis tout s'enchaîne : trouver un titre, travailler sur la scénographie, produire les supports de communication, imaginer des outils interactifs pour le visiteur…

Un titre intrigant

"Au-delà d'une comparaison entre le passé et le futur, nous souhaitions aller plus loin en menant une réflexion sur le patrimoine hérité du passé, comment nous l'envisageons dans l'avenir, comment nous le préservons et ce que nous voulons trans mettre à la génération future", confie Aurélia. Même si sémantiquement, Sophie n'est pas en phase avec le titre de l’exposition, elle vit avec : "Il permet de mettre en évidence la comparaison et de sortir de l'image habituelle de 'c'était mieux avant'. Il a aussi une dimension surréaliste car il ne veut pas dire grand-chose mais veut tout dire en même temps." Pour toucher un public assez large, le thème est intergénérationnel.

Du jaune et du fuchsia

Dans chacune des sept salles de l'exposition permanente, un triptyque en bois est installé temporairement pour inviter les visiteurs à explorer le passé, le présent et le futur de notre patrimoine. Dans celle consacrée à la démocratie, c'est le patrimoine artistique et politique qui est questionné au travers de ces trois aspects temporels. Dans la salle Europe, c'est le patrimoine économique qui est passé à la loupe : "Avant, les monnaies étaient liées à un seul pays, développe Sophie. Elles représentaient réellement le patrimoine commun de ce pays. Finalement, la monnaie était le premier contact avec le patrimoine pour quelqu'un qui venait de l'étranger. Sur les billets belges, nous retrouvions Adolphe Sax ou certains monuments. Sur les billets européens, il y a aujourd'hui une représentation des modèles de bâtiments qui correspondent à l'architecture européenne. C'est très intéressant de se demander 'quel patrimoine j'ai dans mes poches ?'" Et pour le futur ? La question reste ouverte sur le panneau : À quelle "échelle", locale ou non, la monnaie de demain valorisera-t-elle le patrimoine ?

Pour capter le visiteur, des activités ludiques sont proposées comme des cadavres exquis (jeu graphique ou d'écriture pour associer des idées, inventé par le mouvement surréaliste). Grâce à leur réactivité, les participants ont même intégré le Covid-19 dans la ligne du temps des objets belges présentés par le musée, à l'aide d'un objet qui a pris toute la place ces dernières semaines dans notre vie quotidienne... Vous devinez ?
Plusieurs extraits audios et vidéos sont disponibles en scannant un QR code : le making-of du projet donne par exemple la parole à plusieurs participants. Quelques oeuvres issues de la collection Cera et du Museum M de Leuven sont également mises en évidence. Sur les gigantesques miroirs présents dans chaque salle, des questions, comme "Quel avenir pour notre démocratie ?", retranscrites d'une belle écriture cursive, interpellent les visiteurs.

Il est presque 21h, la première partie du montage touche à sa fin. Quelques participants discutent de la manière de poser un modelage de tête : plutôt regardant droit devant ou de côté ? "D'où viendra le visiteur ?", demande Marie. "De la droite. C'est bien que la sculpture regarde la personne quand elle arrive, laissons-là de biais", approuve Liselotte. Les décisions se prennent en groupe, cela prend donc un peu de temps.
François est prêt à se lancer à nouveau dans ce type de démarche, il reste toujours positif même s'il a rencontré des difficultés à certains moments : "Ce que je retiens, ce sont les échanges avec les autres participants, les différentes stratégies possibles pour mener à bien un projet. Fréquenter des gens de différents milieux, de tous âges, cela m'a vraiment beaucoup apporté dans ma façon de voir les choses.En plus, l'ambiance dans le groupe est très bonne."
Une autre étape cruciale est le vernissage de l'exposition pour lequel le groupe a une fois de plus dû faire appel à sa créativité puisqu'il s'agit d'un évènement virtuel via Facebook live.

L'expo dans l'expo

"C'était mieux demain" est installée dans l'exposition permanente du musée BELvue et c'est une force pour François : "Elles vont se renforcer l'une l'autre, elles vont bien se compléter." Elle aborde le patrimoine sous un angle original : "Il n'est pas habituel de confronter la vision passée du patrimoine et la vision future, confie Aurélia. Et c'est abordé d'une manière très ouverte. Nous avons dû faire beaucoup de concessions, s'entendre sur la rédaction des textes. Je pense que cela parlera à un large public."
Et s’il fallait choisir un mot pour résumer cette aventure ? Pour Aurélia, ce serait l’audace : "Le musée BELvue et le groupe ont eu l'audace de continuer ce projet malgré les circonstances." Sophie est positive : "Globalement, ce qu'il me restera à l'esprit est joyeux !" Il est difficile de trancher pour François : "Écoute, respect et collaboration, je choisirais ces mots-là ! L'un ne va pas sans l'autre…" Et à Djifi d'ajouter : "C'était un défi… que nous avons relevé avec brio !"

Pour en savoir plus ...

Date : du mercredi 10 juin au dimanche 23 août
Lieu : musée BELvue, Place des Palais 7, 1000 Bruxelles
Prix : système "pay-as-you-wish" jusqu’au 30 juin, au tarif standard (inclus dans le billet d’entrée du musée) après le 30 juin
Visite : en individuel du lundi au vendredi entre 9h30 et 17h, et de 10h à 18h pendant le week-end et les vacances • Sur réservation via www.belvue.be