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Le pouvoir des plantes…

"La flore médicinale : thérapeutique ou toxique ?" est un livre de vulgarisation scientifique, magnifiquement illustré. Une cinquantaine de plantes ont été sélectionnées. Elles embellissent nos salons, agrémentent nos bons petits plats, s'observent dans nos prairies, nos forêts, nos chemins ou nos jardins… Certaines trouvent également leur place dans nos armoires à pharmacie ou – au contraire – sont la cause de quelques vilains maux. Les auteurs de l'ouvrage (1) nous invitent à percer leurs secrets.


Probablement, les plantes sont utilisées pour soigner depuis l'aube de l'humanité. Mais, remarque Pierre Meerts, directeur scientifique du jardin botanique Jean Massart à Bruxelles, leurs vertus médicinales ne sont pas étudiées depuis longtemps. Aujourd'hui, les recherches scientifiques sont encore actives et chaque jour apporte son lot de nouvelles découvertes. Les plantes sont encore loin d'avoir révélé l'infinie diversité des molécules qu'elles contiennent.

Fines stratèges

Les plantes développent des molécules. Pourquoi certaines d'entre elles nous sont-elles utiles ? Pourquoi d'autres nous sont-elles nocives ? Les plantes sont immobiles. Pour se défendre contre leurs ennemis et assurer leur reproduction, elles fabriquent une grande variété de molécules. Et s'adaptent à leur environnement. Ainsi, si un composé a pour fonction de défendre une plante contre les herbivores, cette plante en produit en plus grande quantité dans un environnement où ils sont nombreux. Par contre, elle en produira beaucoup moins là où ils sont moins nombreux, voire pas du tout.

Il est donc peu aisé de connaitre la quantité exacte d'une substance quand on cueille une plante. Et certains composés – qui ont un effet thérapeutique à faible dose – peuvent être nocifs à plus haute teneur. Les auteurs de l'ouvrage le disent clairement : ce livre n'incite pas le lecteur à récolter des plantes pour se soigner. Ce sont des préparations à teneurs contrôlées et standardisées en substances actives qui doivent être utilisées.

Belle, odorante, salvatrice, dangereuse, goûteuse…

Les planches de présentation des plantes sélectionnées dans l'ouvrage sont des reproductions d'un ouvrage allemand publié en 1833. Chaque espèce est présentée sous son nom latin. S'en suivent une description botanique de la plante, l'explication des usages actuels et traditionnels en phytothérapie et un regard historique sur la biologie de la plante. Ainsi, l'on se rappelle que celui qui aurait la vilaine idée de boire l'eau du vase dans lequel le muguet se repose dès le 1er mai risque de se sentir bien mal. Ces jolies clochettes, qui poussent en mai et juin, forment une des plantes les plus toxiques de notre flore. Le muguet n'est pas utilisé en médecine car la marge entre la dose thérapeutique et la dose toxique est très étroite.

La face cachée des aromates

Pizzas, légumes, grillades… acquièrent un supplément d'âme grâce à l'origan et au romarin. Dans l'ouvrage, on apprend que le premier est utilisé en médecine traditionnelle depuis l'Antiquité, afin de traiter différents maux liés à la digestion et aux affections broncho-pulmonaires. Son huile essentielle possède des propriétés antimicrobiennes et antivirales. Le second peut également faciliter la digestion mais il a d'autres vertus. La préparation appelée "Eau de la Reine de Hongrie" fut un remède en vogue du règne de Louis XIV jusqu'à celui de Napoléon 1er. Elle est obtenue par la distillation des fleurs de romarin dans l'alcool. La préparation fut très utilisée, notamment contre la peste lors de la dernière épidémie qui frappa Marseille en 1720. Une autre eau plus connue, l'eau de Cologne, inclut aussi le romarin dans la préparation.

Ce beau livre, par la qualité de ses informations, ravira bien sûr ceux que la phytothérapie intéresse mais parviendra à captiver tous les curieux. Il émerveillera également les amoureux de lithographies.


Pour en savoir plus ...

"La flore médicinale. Thérapeutique ou toxique ?" • Nausicaa Noret, Caroline Stévigny et Matthias Vilain • Éd Racine • 2018• 127 pages • 25 euros

Un baiser sous le gui ?

C'est d'actualité. Cette plante vivace pousse sur les branches de différents arbres qu'elle parasite. S'embrasser sous ses baies blanches réchauffe le coeur et rosit les joues. Mais ce n'est pas tout ! En lisant la planche qui lui est consacrée, on apprend que des préparations à base de gui fermenté provenant de diverses plantes hôtes sont commercialisées en ampoules, en usage sous cutanés, en Allemagne et en Suisse, comme traitement complémentaire dans la thérapie des tumeurs. Elles aideraient à améliorer la qualité de vie du patient et à réduire les effets indésirables de la chimiothérapie. Ces préparations n'étant pas anodines, il faut les utiliser dans le cadre d'un suivi médical adéquat. Les baies du gui sont généralement considérées comme toxiques, provoquant des symptômes allant de troubles gastriques lors de l'ingestion de quelques baies à des troubles cardiovasculaires et neurologiques. Et que penser de la relation complexe que la grive draine entretient avec le gui… L'oiseau est très friand des baies de gui. Elle les avale, entières, et rend dans ses fientes les graines encore partiellement enrobées de substances gluantes. Ironie de l'histoire, la substance visqueuse des baies de gui est utilisée depuis l'Antiquité pour préparer la "glu des oiseleurs". Ceci explique le proverbe latin "Turdus ipse sibi malum cacat" qui signifie : "la grive défèque son propre malheur", puisque, en assurant la dissémination du gui, elle assure aussi la fabrication de la colle qui la tuera.