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Lectures : lire la force dans l’épreuve    

par Soraya Soussi et Philippe Lamotte -

La maladie, la vieillesse, l’exil,… Si la vie nous met parfois à rude épreuve, elle est également source de force et d’apprentissage insoupçonnés. Ces quelques lectures en témoignent. En Marche a sélectionné une série de livres aux récits et témoignages poignants, qui portent en eux la force de chacun à pouvoir se relever après avoir vécu un drame et traverser les crises de la vie.    


Récit • Aider son ado en perdition

Les éditions Academia ont inauguré, il y a quelques mois, une nouvelle collection intitulée Écho. Il s'agit de témoignages reflétant des itinéraires de vie secoués par des événements hors du commun mais marqués par la capacité de résilience de leurs auteurs (belges). L'objectif affiché est de faire résonner ces récits dans le vécu du lecteur pour le rendre à son tour acteur de sa propre vie. L'un des premiers ouvrages parus est le parcours de Betty Leruitte, maman d'un ado qui, à la suite d'une agression, se voit gagné par de terribles maux de tête qui, petit à petit, le font chavirer dans des difficultés scolaires de plus en plus sérieuses, puis dans l'enfer des médicaments, du cannabis, de la délinquance. Et, in fine, de l'exclusion. Un récit portant sur une douzaine d'années, ponctué par une fin tragique, dans lequel bien des parents pourraient se reconnaître peu ou prou. Pour peut-être, comme cette maman digne et courageuse, rester debout après l'épreuve.  

 >> Sa guitare et son chat, l'histoire de Mike • Betty Leruitte • éditions Academia •113 p • 13,50 EUR

 

Témoignage • Pédophilie : une maman parle

Dans sa prime jeunesse, Emerik est victime de violences sexuelles, physiques et morales qui durent de longues années. S'ensuivent une enfance difficile et une adolescence où il est consumé par l'alcool et les drogues. Lorsque sa mère découvre qu'il a fait l'objet de sévices sexuels de la part de son propre compagnon, elle se sépare de celui-ci et se lance dans une entreprise au (très) long cours pour obtenir sa condamnation et sa mise hors d'état de nuire, en dépit de multiples "protections". Une entreprise qui lui vaudra d'être rejetée par ses propres parents, qui l'accusent d'être hyper-protectrice envers son fils. Ce ne sont ni la plume ni la narration qui rendent interpellant ce récit tiré de faits réels, mais bien la façon dont l'auteure s'engage corps et âme, quasiment jusqu'à s'y perdre, pour faire reconnaître le viol d'un enfant et, plus généralement, les immenses dégâts ainsi créés sur les familles, les relations filiales et parentales.

 >> Terrorist at home • Victoria Bell • éditions Panthéon • 230 p. • 19,90 EUR

 

Récit • Cheminer à travers la maladie 

Un "beau" jour d'août 2011, Horton frappe à la porte de Nicole Versailles. En quelques heures, cette maladie inflammatoire peu commune ravage un œil de la sexagénaire. Dur, pour quelqu'un dont toute la sphère d'activités professionnelles tourne autour de l'écriture... Pour éviter toute récidive, l'auteure doit ingérer des doses massives de cortisone qui provoquent des effets secondaires redoutables. Commence alors une nouvelle vie, marquée par l'obligation de respecter un régime alimentaire quasiment inhumain et la hantise de devoir subir en urgence de nouvelles opérations. Rédigé d'une bien jolie plume, ce récit en forme de cheminement intérieur vaut surtout par sa portée universelle face à toutes les maladies lourdes. À chaque étape de "son" Horton, l'auteure invite à réfléchir tour à tour - avec grâce et sans se prendre la tête - sur l'univers hospitalier, le vieillissement, les petits bonheurs quotidiens... Sans oublier des processus aussi universels que le déni, le deuil, la fragilité, etc. La vie, quoi !

  >> Mon rendez-vous avec Horton • Nicole Versailles • Éditions Academia • 92 p. • 11,50 EUR

 

Récit • Survivre à la mort de son enfant

Le 4 novembre 2016, Victor, 13 ans, enjambe la fenêtre de sa chambre, filmé par son cousin avec lequel il tourne un court-métrage "pour jouer". Soudain, il glisse du toit et tombe dans le vide. Apprenant l'accident, ses parents quittent précipitamment le restaurant dans lequel ils passent la soirée. Devant la maison, Patricia, médecin, essaie de réanimer son fils. En vain. L'adolescent ne survit pas... Dans Un enfant, Patricia Vergauwen et Francis Van de Woestyne livrent le récit de ce drame effroyable qui leur a enlevé pour toujours leur "Adoré", ce "geyser d'amour", cet être lumineux qui fait le bonheur de toute sa famille. Chacun des parents, avec sa sensibilité et son style d'écriture propres, raconte les événements, exprime les sentiments qui l'habitent ou le submergent, évoque des souvenirs heureux, des anecdotes du quotidien aussi. Les textes de l'un et de l'autre se croisent et se tissent au fil des pages. Les mots de Patricia sont ceux, bouleversants, d'une mère qui s'adresse directement à son fils pour le garder présent. Francis, quant à lui, crie sa rage, son désespoir mais aussi son amour infini pour ce fils trop tôt disparu et sa gratitude envers les amis et proches qui les soutiennent au plus près de leur douleur.  Aussi émouvant soit le récit, on sort apaisés de la lecture de ce livre empli de douceur et de force spirituelle. Au-delà de l'histoire de Victor, le message est universel : il importe de dire à ses proches qu'on les aime et de les voir le plus souvent possible tant qu'ils sont vivants. Et de continuer de parler d'eux une fois disparus, parce qu'ils restent dans nos cœurs à jamais. 

>> Un enfant • Patricia Vergauwen et Francis Van de Woestyne • Éditions Grasset • 240 p. • 19,55 EUR 

 

Témoignage • Quand la santé raconte l’histoire des migrants

 

Depuis 15 ans, 500 migrants ont défilé dans le cabinet du médecin généraliste Brigitte Tregouët. Dans un quartier populaire de La-Roche-sur-Yon, en Vendée, elle dépeint les histoires de Louisa, Blaise, Aminat, Djavagnat, Antoine… Des visages pluriels aux histoires singulières. Les difficultés du départ du pays, les obstacles du chemin de l’exil, la santé mise à mal n’entravent en rien leur énergie de vivre dignement dans ce nouveau pays qu’ils souhaitent voir devenir le leur. Le médecin raconte leur combat pour s’intégrer au travail, à l’école, au sport… De toute façon, retourner au pays n’est plus une option. Elle apprend les réalités des pays d’origines, les récits de vie similaires et tragiques. Malgré les différences culturelles et de langue, des liens se tissent au fil des échanges avec ses patients, migrants aujourd’hui, Français demain.          

  >> Qui sont ces migrants qui débarquent dans notre petite ville ? Un médecin raconte • Brigitte Tregouët • Éditions Médiaspaul • 190 p. • 18 EUR

 

 

Récit • S’inventer pour se retrouver

Le présent ne compte plus pour Marianne. Cette très vieille dame vit seule chez elle, recluse dans sa maison. L’extérieur devient un univers étrange. Tantôt opaque, tantôt léger. Marianne s’accroche aux souvenirs d’un passé réinventé et d’un futur illusoire assumé. Une ruse trouvée pour se maintenir en vie et rester digne face à son entourage. Sa famille, elle y tient. Elle est son pilier et façonne ses souvenirs à travers elle. Même si progressivement, les noms, les visages, les dates d’anniversaire s’estompent dans sa mémoire, inévitable processus lent de la maladie d’Alzheimer. Tenu comme un journal, la plume délicate et attachante de l’auteure plonge le lecteur dans l’esprit de cette dame aux pensées embrouillées. Une immersion qui nous renvoie à notre rapport au temps, aux souvenirs, à la vieillesse, où les gens qu’on aime restent le seul rempart à la solitude. 

>> La vieille dame qui inventait sa vie • Marie-Monique Houart • Éditions Le Carnet • 112p. • 18 EUR

 

Récit • Le cerveau, c'est le pied !

 

Le 17 août 2012, tout l'univers de Steven Laureys s'écroule d'une façon totalement inattendue. Le neurologue mondialement connu de l'ULg, notamment pour ses travaux sur l'état de conscience des patients comateux, se retrouve seul et complètement perdu sur le plan émotionnel. Pour sortir du trou, il met de côté ses préjugés sur les pratiques méditatives et contemplatives. Quatre ans plus tard, il raconte dans un langage remarquablement accessible, le chemin l'ayant amené à conclure que la méditation peut être un précieux complément à la médecine moderne occidentale. Bien "entraîné", le cerveau peut en effet réduire le stress, améliorer la concentration et le bien-être émotionnel, diminuer la douleur ressentie, favoriser le sommeil, voire allonger la vie... Sans y voir la panacée, il considère aussi la méditation comme un puissant outil de lutte contre la dépression. Des outils modernes (IRM fonctionnelle, PET-scans et EEG HR) aident à visualiser et quantifier ses effets. Autre intérêt du livre, la désacralisation totale de la méditation, accessible à toute personne qui n'est ni moine, ni tibétaine.

  >> La méditation, c'est bon pour le cerveau • Steven Laureys • Éditions Odile Jacob • 267 p. • 21,90 EUR