Retour à Lectures

Tout sur ma mère

Un récit en prose, un texte poétique, deux auteurs wallons, et une même thématique : la mère. Une maman que la vieillesse rend fragile et qui ne peut plus vivre seule. Dans "Est-ce que tu as la clé" et "La robe de nuit" , François Tefnin et Véronique Janzyk parlent de l'évolution du rapport filial et de la découverte d'un environnement de vie – la maison de retraite – si peu souvent satisfaisant. Deux regards empreints d'amour sur des êtres chers.


"Est-ce que tu as la clé ?"

François Tefnin est verviétois. Psychologue de formation, il a d'abord exercé en milieu scolaire avant de devenir conseiller pédagogique, puis responsable d'un service de communication. L'expérience vécue de l'accompagnement de sa mère en maison de retraite le pousse à l'écriture. "Est-ce que tu as la clé ?"est son premier récit. Cette question, l'auteur et sa soeur l'ont entendue lors de chaque visite à la maison de retraite. Leur maman leur demandait la clé de sa maison. Symbole d'espoir d'une vie autonome, d'une époque révolue. Dans cet ouvrage sensible, François Tefnin confie avec beaucoup de justesse combien il est douloureux de jouer le rôle de parent de nos propres parents. Combien il est triste de devoir ruser, esquiver. Combien ces derniers moments vécus ensemble manquent de sérénité. Combien le sentiment de culpabilité est lourd à porter. Le livre pose aussi la question de l'encadrement. Parfois infantilisant, parfois insuffisant, parfois peu à l'écoute des particularités des résidents. Chaque chapitre est précédé d'une citation d'un autre auteur (Tahar Ben Jelloun, Franz Olivier-Giesbert, Albert Cohen) sur la vieillesse, la parentalité, le deuil, la présence des défunts. Finement choisies, elles renforcent un récit qui nous concerne tous.

>> "Est-ce que tu as la clé ?" • François Tefnin • Éd. Murmure des soirs • 135 pages • 15 euros

"La robe de nuit"

Après une chute, la mère de Véronique Janzyk doit être hospitalisée. Elle séjournera ensuite, quelques temps, en maison de repos. Séjourner, placer, mais certainement pas habiter car "un endroit comme ici, ça ne s'habite pas (…)" :

"La machinerie du lit a beau être sophistiquée, le coussin n'est jamais à la bonne hauteur"

L'auteure nous livre ici un monologue poétique. La narratrice, c'est elle. Elle s'adresse à sa mère, découvre, décrit, et tente de comprendre le nouveau monde intérieur de celle qu'elle a "toujours connue". Un monde où les souvenirs se perdent, reviennent, se mélangent, se transforment. Elle découvre aussi son nouveau langage :

"Tu fromages.
Tu accueillir une alouette"

Et la nouvelle utilisation que sa maman attribue à certains objets.

Véronique Janzyk choisit de nous parler de la vie hors de chez soi et de ce qu'elle fait naître : fragilité, proximité, ignorance, anonymat, désir d'ailleurs :

"La plupart gardent leurs pantoufles
Pour dormir
Pour fuir dès que possible"

Mais également des instants précieux, enchantés, de la vie qui s'envole et revient :

"Georgine veut marcher
On lui permet quelques pas
Dans la chambre
Mais c'est dans le couloir
Qu'elle veut aller
C'est là que le soleil brille
Alors on l'assied dans le couloir
On rabat une tablette
Georgine mange de la lumière"

Le récit n'est pas triste, car il y a beaucoup d'amour dans ces phrases courtes et douces. Pas de tristesse mais un regret. Celui d'un voeu non exaucé. "Ma mère demandait seulement à laver elle-même sa robe de nuit".

>> "La robe de nuit" • Véronique Janzyk • Éd ONLIT • 78 pages • 9 euros