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Les mille facettes du jeu vidéo

© Virginie Beckman © Virginie Beckman

Il y a des noms qui effraient : GTA, Call of Duty ®… À eux seuls, ces jeux vidéo violents taillent à tout un monde une sacrée réputation. Mais les jeux vidéo ne se résument pas à ces bulldozers commerciaux. Et si les parents et grands-parents se penchaient sur cette activité pratiquée par les plus jeunes de la famille ? Encore un pas plus loin : s'ils la partageaient et découvraient des créations intéressantes et originales ? On ouvre les horizons avec Julien Annart, responsable des activités Gaming au Quai 10, le centre de l'image animée et interactive à Charleroi.


En Marche : Le jeu vidéo… ce grand méconnu. Pourtant, il est présent dans les salons depuis des dizaines d'années. Comment expliquer cette éternelle méfiance ?

Julien Annart : Ce n'est pas neuf, chaque nouveau média génère une panique morale, le jugement d'une génération sur une autre. Ça a été le cas avec le roman populaire, le cinéma, la BD… Il est peut-être aussi intéressant de se questionner sur la notion de perte de temps, d'inutilité. Car c'est très utile de faire quelque chose d'inutile ! Depuis la civilisation du loisir il y a une cinquantaine d'année, on redécouvre l'intérêt du jeu. Avec le jeu vidéo, il y a un écart générationnel qui est en train de disparaitre. Les premiers jeux commerciaux sont apparus dans les années 70. Aujourd'hui, les parents continuent à jouer, car ils considèrent que c'est une démarche culturelle comme une autre : on n'arrête pas de lire ni de voir des films lorsque l'on devient adulte !

EM : Mais les préjugés ont la vie dure : le jeu vidéo, ça rend idiot, ça rend violent, ça rend accro, ça isole…

JA : Cela peut aussi créer du lien. S'asseoir ensemble, participer à quelque chose d'agréable et en parler. Vivre des expériences, plonger dans des univers apaisants, raconter une histoire… le jeu vidéo sert aussi à cela. Il permet également d'essayer ensemble… et de rater. Dans le jeu, il n'y a pas d'échec, on peut toujours recommencer et faire des erreurs. Rater, c'est aussi apprendre. Dans une société compétitive comme la nôtre, c'est une qualité intéressante. Ne craignons pas d'avoir un rapport plus détendu avec le jeu vidéo.

EM : Le jeu vidéo, c'est aussi tout une série de codes, de mécanismes à acquérir. Con dition sine qua non pour jouer en famille…

JA : Quand on voit un film , on a intégré les notions de montage, on n'est plus étonné quand un personnage disparait de l'écran. Le travail est le même avec les jeux vidéo.

À Quai 10, nous proposons un atelier appelé "Nonna et Nonno". Le principe ? Ce sont les grands-parents qui jouent et ce sont les petits-enfants qui expliquent.

Le jeune doit accepter d'être curieux et ainsi essayer d'autres types de jeux que les blockbusters. Les grandsparents, eux, acceptent d'inverser la relation de savoir et d'entrer dans un monde qu'ils ne connaissent pas. Mais on peut créer du lien sans jouer, on peut simplement demander à son enfant ou son petit-enfant : "mais à quoi joues-tu ?". Être un spectateur actif. Certes, cela devient plus compliqué avec les ados qui s'intéressent souvent à des jeux très codés. Mais de manière générale, le jeu vidéo est une culture accessible.

EM : Il y a des jeux qui se prêtent plus que d'autres à la pratique familiale. Comment les trouver ?

JA : Les informations que l'on peut lire sur les jaquettes de jeu sont encore assez mal pensées. Elles sont souvent rédigées pour un public de connaisseurs. Les normes PEGI (Pan European Game Information) font comprendre que tous les jeux ne sont pas adaptés à tous les publics, mais ça se limite presque à cela. Le PEGI, par exemple, ne prend pas en compte l'accessibilité physique, le fait de prendre le jeu en main. Et même sur les sites spécialisés, il reste difficile de trouver des conseils familiaux. De plus, un jeu n'est pas aussi linéaire qu'un film, cela dépend de ce que vous allez en faire. Dans le fameux GTA, par exemple, vous pouvez passer votre temps à vous promener via un simulateur de balade, sans aller plus loin. Même si le jeu n'est clairement pas fait pour cela ! Si votre enfant vous dit : "Je veux Call of Duty® et GTA", il faudra lui expliquer que ce ne sont pas des jeux pour lui. Ce ne sont pas des médias neutres. Ils valorisent la violence, la virilité, l'impérialisme… ça a du sens de préserver son enfant de cela ou, s'il possède ce jeu, de l'analyser. On en revient à la précieuse notion de lien. Mais il y a suffisamment de jeux créatifs, amusants et malins pour partager un bon moment en famille autour d'une activité jeu vidéo.

Jouons ensemble !

Envie de vous lancer dans l'aventure ? Voici une sélection du Quai 10. Tous ces jeux permettent de s'amuser en famille et sont accessibles à partir de 6 ans. En dessous de cet âge, il est conseillé de privilégier d'autres activités (1). À consommer avec plaisir, en tant que participant ou assistant.

Oh my corn!

C'est un jeu très simple et complètement farfelu. Des petits lutins sont dans un four à micro-ondes. Leur mission : rattraper les pop-corn qui cuisent et qui sortent du bol. Le jeu consiste à rattraper le plus de popcorn. Tout le monde s'amuse facilement avec ce jeu.

Plateformes : MS Windows


Caché mon jeu par maman

Un jeu complètement délirant, très drôle et imaginatif. Il met en scène un petit garçon qui doit chercher sa console cachée par sa maman dans l'appartement. Pour cela, il doit relever des défis : nourrir un éléphant qui arrive dans son appartement, éviter un groupe de cyclistes… C'est un jeu de réflexion qui met de bonne humeur.

Plateformes : iOs et android


Hidden folks 

Il s'agit de découvrir des objets cachés. Un jeu d'énigmes et de réflexion superbe, en noir et blanc.

Plateformes : sur iOS et android


Monument valley

On dirige une princesse, en déplaçant les décors, on avance dans le jeu. C'est très beau, très doux. Le jeu raconte une histoire et est très intéressant en matière d'architecture et de perspectives.

Plateforme : sur iOS et android


Swaptales : Léon ! 

Il faut trouver des mots et créer des phrases. Celles-ci sont des clés pour que le petit Léon avance. On peut déplacer les mots dans les phrases. Le décor et l'histoire varient alors aussi en direct. On peut changer la langue et, par exemple, apprendre l'anglais.

Plateformes : iOS et android


 Overcooked

C'est un jeu de cuisine. Quatre cuisiniers doivent combattre le dieu spaghetti qui menace de détruire la terre. Et pour cela ils doivent cuisiner. Ils évoluent dans des paysages délirants : des camions, un vaisseau spatial, un volcan… L'idée : on a une série de fonctions à remplir : couper, sélectionner les aliments, laver la vaisselle, cuire… le temps est de plus en plus limité. Si on ne coopère pas, on va dans le mur. Terminer la soupe tomateoignon, ça doit se faire en équipe ! C'est un jeu bien pensé, il met de bonne humeur et fonctionne avec des publics très variés.

Plateformes : PC windows, Xbox One et Playstation

Paroles de papa "gamer"

Ludovico a 31 ans. Les jeux vidéo font partie de sa vie depuis sa prime enfance. Et depuis, il n'a jamais lâché la manette. Plus encore, elle n'a plus de secret pour lui puisqu'il écrit aujourd'hui un blog consacré à sa passion. Et voir papa à la tâche a attisé la curiosité d'Amadeo, 5 ans et demi. "Je n'étais ni pour ni contre, mais j'ai rapidement remarqué que ça lui plaisait vraiment, explique Ludovico. Je connais bien le monde du jeu vidéo, et je sais qu'il existe des jeux ciblés pour cet âge. J'ai commencé par lui lire des histoires interactives sur tablette. Aujourd'hui, il nous arrive de jouer ensemble mais Amadeo joue le plus souvent seul et le temps prévu à cette activité est très limité. Je pense qu'il faut aller au-delà des échos négatifs souvent relayés. On comprend alors pourquoi ces jeux attirent autant et ce que ça peut apporter. La palette de jeu est suffisamment étoffée pour que chacun y trouve un intérêt. Mieux vaut s'intéresser que d'interdire sans savoir vraiment pourquoi."

Paroles de grand-père

Jean a assisté à une animation "jeux vidéo", lors de l'inauguration du Quai 10. Il était accompagné par sa petite fille, âgée de 8 ans. "Dans les années 80, les jeux vidéo m'ont intéressé. C'était de la 2D mais cela paraissait extraordinaire. Ensuite, je n'ai plus vraiment pratiqué cette activité. Lors de l'animation au Quai 10, j'ai eu l'opportunité d'essayer deux jeux. C'était étonnant de voir les enfants prendre la direction de l'animation. Eux étaient en prise directe avec l'utilisation des manettes, nous étions plus hésitants. Les enfants entrent dans les jeux immédiatement, les adultes sont un peu trop sages et se posent encore souvent la question du 'à quoi ça sert'. Je n’ai pas d’avis tranché à propos des jeux vidéo, c'est une utilisation différente de l'écran, mais je dois avouer que je privilégie volontiers les activités familiales autres, basées sur l'immense richesse et la variété des livres pour enfants."