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Quand la pub finance les fake news

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Fake news, intox, théories du complot se répandent de façon virale. Le trafic généré par ces formes de désinformation en ligne engendre des revenus publicitaires non négligeables.


Une pub pour des croquettes en dessous d’un article selon lequel le virus du sida serait une création de la CIA, une annonce pour une appli sous un texte déniant le réchauffement climatique…. Les annonceurs publicitaires financent-ils, plus ou moins à leur insu, la diffusion de fake news ? "Les marques n’achètent plus une pub dans un titre de presse précis ou sur le panneau d’une ligne de bus présélectionnée, mais elles ciblent désormais des personnes (ou plutôt des groupes de personnes) sans se préoccuper du support de diffusion, écrit le quotidien français Libération dans un récent article. Selon la réglementation, les prestataires doivent lister, pour leurs clients, les sites sur lesquels leurs publicités sont diffusées. Mais en pratique, ce n’est pas souvent le cas".

Difficile d’estimer le montant total que rapporteraient les annonceurs à ces sites. Un million d’impressions par mois (nombre de fois où l’encart est vu) génère environ 1.000 euros de revenu mensuel. En France, les 100 plateformes les plus importantes totalisent au bas mot 150 millions d’articles consultés chaque mois, poursuit Libération. Dans une enquête diffusée sur France 2, les journalistes de Complément d’enquête rencontraient dans sa villa le fondateur d’un célèbre site web américain diffusant des fake news d'extrême droite. Un site dont les revenus publicitaires sont estimés à 200.000 euros par mois (le site a été démonétisé par Google depuis la diffusion du reportage). "La séquence pandémique a accéléré la diffusion de toutes les théories complotistes, celles liées au Covid-19 comme celles du ‘complot juif.’ Ça a été une opportunité inédite pour la désinfosphère de pousser ses contenus, commente Tristan Mendès France, maître de conférences à l'université Paris-Diderot dans les colonnes de Libération. Des revenus qui permettent aux acteurs de la désinfosphère de se professionnaliser et d’accroître encore une influence déjà loin d’être négligeable."