Editos

Le MOC a 100 ans. Et après !?

Le mouvement ouvrier chrétien (MOC) fête ses 100 ans les 12, 13 et 14 avril prochain, à l’occasion de la centième édition des Semaines sociales Wallonie-Bruxelles. Mais qui est le MOC ? Et que fait-il ?

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Ariane Estenne, présidente du MOC

Ariane Estenne, présidente du MOC

On dit parfois de lui qu’il est une sorte de paquebot dans le monde des organisations sociales belges. Son assise large – le MOC regroupe en son sein un syndicat, une mutuelle, un mouvement de citoyens et citoyennes, un mouvement féministe et un mouvement de jeunes– lui confère en effet une force d’action incontestable et incontournable. Celles et ceux qui le côtoient sur le terrain de la militance le voient généralement comme un moteur, fiable et constant dans ses engagements en faveur de l’égalité. D’autres encore ne le connaissent tout simplement pas du tout. Mais pour celles et ceux qui ont un lien, proche ou lointain avec lui, ils et elles s’accorderont au moins sur ce point : le MOC, par sa structure particulière à la croisée de cinq organisations  issues du pilier chrétien, est une sorte d’ovni dans le paysage associatif belge. Un ovni qui traverse le temps, les époques, les enjeux tout en maintenant son cap vers un monde radicalement juste, durable et égalitaire.  Cent ans de luttes pour atteindre cet objectif, ce n’est pas rien ! C’est là une autre originalité du MOC qui en fait un acteur unique tant sur le plan national qu’international : une organisation qui dure dans le temps. Il est donc bien naturel de se rassembler aujourd’hui pour fêter ses 100 ans d’existence. 

Nous célèbrerons donc les conquêtes sociales historiques pour lesquelles le MOC s’est battu : le suffrage universel, le droit du travail, une protection sociale large, l’obligation scolaire, la liberté d’association, mais aussi la conquête de droits culturels qui ont été l’aboutissement de réflexions menées notamment dans le cadre des Semaines sociales. Pensons par exemple au droit au Congé éducation payé (anciennement appelé le crédit d’heures), un pilier de la démocratisation de l’enseignement qui a permis à de nombreux travailleurs et travailleuses de bénéficier d’une formation de qualité, l’inscription depuis 1976 de l’Éducation populaire dans un cadre institutionnel reconnu et subventionné, celui du Décret de l’Éducation permanente, une meilleure intégration des personnes handicapées au travail, le droit de vote des personnes immigrées… Ces combats illustrent combien pour le MOC, le progrès social est inséparable du progrès culturel  et combien l’inclusion de tous les publics et la solidarité doivent être au cœur du modèle social que nous défendons.

Questionner 

Mais aujourd’hui, la social-démocratie (SD), dont le Moc constitue l’un des acteurs historiques sort affaiblie par 40 ans de politiques néolibérales avec lesquelles elle a composé, et par une crise démocratique où elle a perdu en légitimité. Pour les un.es, la SD est arrivée au bout de son programme et n’a pas (encore) réussi à en recréer un nouveau. Pour d’autres, elle est en quelque sorte rattrapée par les fondements inégalitaires de son projet et les limites de ses compromis : si la SD a amélioré significativement le sort des travailleurs et des plus précaires, les droits conquis l’ont été (et demeurent en partie) pour une part seulement de la population, en s’appuyant sur une logique productiviste exploitant les ressources des pays du Sud. Bref, un programme qui a créé des privilèges pour les hommes blancs occidentaux en épuisant la planète. 

Le temps est venu de se donner les moyens d’une réappropriation commune et d’un débat autour de la SD, tant sur son modèle que sur son programme. C’est dans ce cadre qu’une partie de la Semaine sociale dédiée aux 100 ans du MOC sera consacrée à ce questionnement, notamment en vue de repenser son avenir. Une clef sans doute de la pérennité du MOC : une organisation capable de prendre le temps de réfléchir aux nouveaux enjeux sociétaux, tels que les enjeux écologiques par exemple, mais aussi de réfléchir à ses propres modes d’action et à son identité pour aborder son devenir. Un Congrès sera d’ailleurs au programme de l’année 2023 pour prolonger ces questions et avancer dans la réflexion sur la façon de se transformer pour exister face aux défis de demain. 

Réinventer

Car 100 ans, c’est aussi le temps de la prospective. Le MOC est présent et actif en Belgique francophone et germanophone. Ses forces vives n’ont pas perdu en vitalité, détermination et en soif de transformation sociale. Aujourd’hui, c’est plus d’un million de personnes, soit 10% de la population qui d’une manière ou d’une autre sont concernées par l’action du MOC. Le MOC c’est aussi de nombreux services mis en place pour les publics populaires : un service d’information et d’éducation populaire (CIEP), un réseau orienté vers l’émancipation professionnelle, sociale et citoyenne des publics éloignés de l’emploi (AID), une formation socio-politique de longue durée pour des acteurs de changements (ISCO), un Centre d'expertise en économie sociale et solidaire (Syneco), une ONG pour œuvrer à la justice sociale et l’égalité dans les pays du Sud (WSM). 

Ensemble, le MOC et ses organisations constitutives entament à présent une nouvelle page de leur histoire. Nous l’espérons au moins aussi riche en conquêtes de nouveaux droits que le siècle que nous venons de traverser.