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Conquérir l'espace ou sauver la planète

Conquérir l'espace ou sauver la planète ©Istock

Le lancement du train de satellites Starlink par la société SpaceX au printemps dernier a suscité l'indignation de certains astronomes et écologistes. Plutôt que d'explorer le ciel et de coloniser le système solaire, n'est-il pas plus urgent de sauver notre planète ?


Pièces de fusées éjectées, satellites hors d’usage, morceaux de ferraille détachés accidentellement, sur les quelque 8.000 tonnes d’engins spatiaux qui gravitent au-dessus de nos têtes, pas moins de 6.300 tonnes seraient constituées uniquement de déchets spatiaux. (1) Territoire de l’exploration scientifique, l’espace est devenu aussi le terrain de jeu de sociétés de télécommunications ou de milliardaires aux rêves démesurés. Après avoir souillé les océans avec ses détritus plastiques voguant à la dérive, l’Homme a réussi ce triste exploit de polluer jusqu’à la stratosphère.
Envoyer des objets dans l’espace n'est pas sans conséquence. La plupart du temps, on ne peut pas les récupérer, et donc ils s'accumulent. Avec des risques de collisions, mais aussi d'interférences, sans compter la pollution engendrée par les lancements de fusées, nécessaires à leur mise sur orbite. Cerise amère sur le gâteau pour les astronomes, cette saturation du ciel gêne l'observation des étoiles et des planètes.
Sur les images que fournit la Nasa, on ne les voit pas, mais il y aurait au moins deux mille satellites qui gravitent en permanence autour de la Terre. Les plans d'Elon Musk, s'il parvient à les mener à leur terme, ajouteraient près de douze mille nouveaux satellites dans un ciel déjà encombré. Plusieurs lancements ont déjà été réalisés pour construire ce qui doit composer à terme une véritable constellation destinée à offrir un internet à haut débit dans les parties les moins densément peuplées du globe. Interpellé de toutes parts, le milliardaire américain tente d'apaiser la foule, mais ne convainc pas les scientifiques inquiets. (2)

L’issue de secours ?

“Je ne pense pas que la race humaine survivra les prochains milliers d'années, à moins que nous nous étendions dans l'espace, professait en 2001 le cosmologiste Stephen Hawking. Il y a trop d'accidents qui peuvent anéantir la vie sur une seule planète. Mais je suis optimiste. Nous atteindrons les étoiles.”(3)
Pour une poignée de milliardaires comme Jeff Bezos, Elon Musk ou Richard Branson (4), l'espace semble constituer leur plan B, la sortie de secours d'une Terre en déroute, dont les ressources serai ent bientôt épuisées. À ce titre, ce serait donc penser à l'avenir et à la survie de l'humanité que d'envisager de coloniser Mars ou d'investir dans la recherche d'exoplanètes habitables.
Élan philanthropique d’hommes qui pensent pouvoir sauver l'humanité en conquérant l'espace intergalactique, à défaut de nouveaux territoires, ou caprice d’enfants gâtés ? Sorte d'arche de Noé pour riches, le vaisseau qui nous conduira sur une planète de rechange ne pourra pas embarquer tout le monde.
L'autre argument contre les fusées, c'est qu'on ouvre là un champ à l'esprit de conquête. Devant cette volonté de s'approprier l'univers, d'en faire un lieu de tourisme, d'y projeter finalement les mêmes conflits et jeux de pouvoir que ceux qui existent sur terre, il existe une attitude qui diffère beaucoup de celle-là, souligne l’astrophysicien Aurélien Barrau. L'espace peut s'appréhender avec curiosité, comme un vaste domaine que nous connaissons encore très peu. Il passionne, il fascine le scientifique qui cherche à comprendre ses lois et qui, minutieusement, l'explore.

Un symbolisme lourd

Derrière la question écologique, l'enjeu est symbolique, analyse ce professeur de l’université de Grenoble, qui nous rappelle que l'espace est encore loin de se trouver à la portée des êtres humains, même des plus riches ou des plus savants. À propos de ceux qui rêvent de s'acheter la Lune, il nous ramène les pieds sur Terre : "Naturellement ils n’y parviendront pas, c’est scientifiquement insensé, mais l’image est lourde, presque insupportable. D’autant que ceux qui envisagent de fuir sont les premiers responsables du naufrage." (5)
Alors, certains s'insurgent et exigent que tous ces plans tirés sur la comète soient abandonnés au profit d'enjeux humanitaires plus sérieux, plus brûlants. Lutter contre les catastrophes naturelles, combattre la pollution, s'attaquer à la faim dans le monde et aux problèmes de santé publique, voilà quelques suggestions très pragmatiques, plus terre à terre.
Il semble que ce soit finalement la même partie qui se joue, à l'infini, de façon absurde, d'abord sur la Terre et maintenant dans l'espace. Il y a ceux que la nature et l'univers inspirent, fascinent, qui explorent pour mieux connaître, qui expliquent pour mieux partager ce qui, dans leur conception, est un bien commun de l’humanité. Puis, il y a ceux qui veulent s'accaparer tout ce qu'ils voient, et tentent de justifier leur esprit de conquête par des discours qui séduisent de moins en moins.

 


 

(1) Source : Agence spatiale européenne 2018 (Esa)

(2) Roland Lehoucq et François Graner, "Starlink : les dommages collatéraux de la flotte de satellites d’Elon Musk", Theconversation.com

(3) “Colonies in space may be only hope, says Hawking”, Telegraph.co.uk, 15 octobre 2001

(4) “Bezos vers la Lune, Musk vers Mars, Branson dans l'espace : où en sont les projets spatiaux des milliardaires ?”, Francetvinfo.fr

(5) Aurélien Barrau, "SpaceX et la nouvelle conquête spatiale : la démonstration de notre incohérence", Good planet.info

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