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Des fêtes pas comme les autres             

Des fêtes pas comme les autres              (c)iStock

Tirer un trait sur les retrouvailles, renoncer aux grandes tablées, faire preuve d'imagination… pour les fêtes de fin d'année, la Belgique va, une fois de plus, devoir faire des efforts pour éviter un rebond des contaminations. Ces ajustements – nécessaires – divisent certaines familles. Si on faisait un peu de place sous le sapin pour le dialogue et le respect mutuel ?


À l’heure d’écrire ces lignes, les consignes sont claires pour la période des fêtes : les familles ne peuvent inviter qu’un seul de leurs contacts rapprochés à la fois ; les personnes seules, deux. Un crève-cœur auquel certains ne peuvent se résoudre : chez nous, ils seraient 35,8% des 18-35 ans, 18,7% des 36-65 ans et 8,1% des plus de 65 ans à se préparer à enfreindre les règles pour Noël, selon une étude menée récemment par l'Université d'Anvers (UAnvers) (1). Poussée par un sentiment de lassitude et le besoin de s'entourer de leurs proches, une partie de la population serait donc prête à faire fi des mesures énoncées par le gouvernement. Il faut dire qu'ils étaient nombreux, ceux qui s'attendaient à un assouplissement des règles pour les fêtes, après avoir consenti tant d'efforts depuis le début de la crise. "Si on fait tous ces sacrifices, c'est pour en tirer des bénéfices à un moment, explique Olivier Klein, professeur de psychologie sociale à l'ULB. Beaucoup de gens pensaient être récompensés à Noël. Ce ne sera pas le cas. C'est comme si en plein marathon, on vous annonce qu'il y a 20 kilomètres en plus."

Fêter autrement, dans le respect
Fin novembre, l’UCLouvain organisait une conférence de presse virtuelle autour de cette question : faut-il maintenir les fêtes de fin d’année en cette période de Covid ? La plupart des experts présents se sont rejoints sur un point : on pourra faire la fête, mais autrement. "II faudra être créatif, faire preuve d’imagination pour passer les fêtes de façon raisonnable et raisonnée, en les organisant dehors ou sous forme de balade, par exemple", suggère Leila Belkhir, infectiologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc de l’UCLouvain.  La sociologue, Jacinthe Mazzochetti propose quant à elle, de s’inspirer des familles migrantes ou transnationales, "en préparant le même repas, mais à distance ou en se retrouvant autour d’un écran."
Pour Olivier Luminet, sociologue de la santé à l'UCLouvain, "même en invitant très peu de personnes, nous pouvons remplir nos besoins psychologiques autour des fêtes de fin d'année." Mais, rappelle-t-il, il incombe à chacun de respecter le fait que l'invitation à se réunir fasse l'objet d'un refus, car "il ne faut pas négliger l’anxiété, la peur de contaminer des proches ou de faire repartir l’épidémie." Plus encore cette année, il faudra faire preuve de sensibilité et de compréhension, être à l’écoute des besoins de chacun. Pour le psychologue canadien Marc-André Dufour, "on peut demander à nos proches pourquoi ils refusent une invitation, mais il ne faut pas que ça devienne un tribunal. Il ne faut pas oublier qu’avant la pandémie aussi, on avait le droit de refuser des invitations !", souligne-t-il au micro de Radio-Canada (2).
En temps normal, les festivités de fin d’année ne sont pas toujours un long fleuve tranquille pour certaines familles. "Noël est avant tout une convention sociale, rappelle Bruno Clavier, psychanalyste transgénérationnel (3). Tout le monde se réunit de façon un peu obligatoire, alors qu’au quotidien les relations peuvent s’être distendues pour toutes sortes de raisons. Chacun envisage le réveillon avec l’espoir de retrouver un peu, la magie de l'enfance." Mais en pratique, des questions surgissent, qui réveillent les tensions familiales : chez qui ira-t-on cette année ? Qui sera là ? "Il faut se rappeler que fêter Noël est un cadeau, une chance, même s’il manque quelqu’un à table, même si la dinde est brûlée", souligne la psychopraticienne Juliette Allais. Le mieux, conseille-t-elle, est de s’efforcer de se parler vrai, ne pas attendre trop des autres, ne pas se juger...comme chaque année, en somme.

Sisyphe et Icare
L’importance des fêtes de fin d'année est, pour certains, indéniable. C’est l’occasion, pour ceux qui en ont la chance, de se retrouver en famille ou de tirer le bilan de l’année. Le paradoxe, en ces temps troublés, c'est que si les relations sociales aident à surmonter ensemble les difficultés, elles véhiculent aussi un virus qui est à la fête depuis trop longtemps. Depuis le mois de mars, tel le mythique Sisyphe, beaucoup ont le sentiment de pousser un lourd rocher sur la courbe ascensionnelle des statistiques du Covid. À quelques mètres du sommet, le pénible fardeau dévale cruellement la pente pour revenir à son point de départ. À des degrés divers, nous souffrons tous de cette gravitas, de cette lourdeur ambiante dont nous voudrions tant nous décharger, l'espace de quelques jours. Pour autant, même si la perspective d’un vaccin se profile à l’horizon, ne jouons pas les Icare : à trop vouloir s'approcher du soleil, on risque de se brûler les ailes... Nos comportements, dans les prochains jours, seront décisifs dans l'apparition ou non d'une troisième vague. Entrevoir une accalmie durable serait un beau cadeau de Noël.

 

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