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Des ombres dans l'arc-en-ciel

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La Belgique est plutôt une terre de bienveillance pour la communauté homosexuelle et ceux ou celles qui se cherchent une identité de genre. Mais, à bien y regarder, cette ouverture présente de sérieuses limites. Et, pas si loin de notre pays, des orages se profilent rappelant que rien n’est jamais définitivement acquis.   


L’été dernier, en Pologne, pays membre de l’Union européenne, des excités ultra-nationalistes se sont attaqués physiquement aux gay prides organisées ici et là dans le pays afin de revendiquer les mêmes droits pour les communautés homosexuelles qu’hétérosexuelles. Peut-être parce qu’une certaine parole publique s’était libérée peu avant, lorsque plusieurs dizaines d’entités locales, situées dans le sud-est du pays (jugé très conservateur), s’étaient officiellement déclarées « libres de l’idéologie LGBT ». 
 
Pas très loin, en Hongrie, à la même époque, des drapeaux arc-en-ciel, symboles de la défense des minorités sexuelles, ont été brûlés par des militants néonazis déboulés en force devant les sièges des organisations de défense des minorités sexuelles. Et, à Budapest, une publicité pour un célèbre soda mettant en évidence des couples homosexuels a fait l’objet d’une campagne de dénigrement de la part de milieux catholiques ultraconservateurs. Ses auteurs sont très fiers, aujourd’hui, d’avoir obtenu la condamnation de la marque à une amende symbolique pour " avoir porté atteinte au développement moral et mental des enfants ". 
 
Parmi bien d’autres, ces exemples font conclure au journal Le Monde, après une enquête approfondie menée de l’Estonie à la Bulgarie, que la question LGBT (Lesbiennes, gays, bi- et transsexuels) est aujourd’hui, après la question migratoire, " le grand sujet de division entre l’Est et l’Ouest de l’Union européenne ". Ce constat, complète le journal français, est objectivé, par les études menées à intervalles réguliers par la Commission européenne (1).
 
Les micro-graines de l’insécurité

En Belgique, on peut se sentir bien loin de tels périls. Qu’il s’agisse du mariage homosexuel ou de l’adoption d’enfants par les couples gays et lesbiens, notre pays fait figure de pionnier dans la défense des minorités sexuelles. N’occupe-t-il pas, en la matière, la deuxième marche sur le podium européen érigé en 2019 par l’organisation ILGA-Europe qui regroupe les organisations nationales actives dans la défense des LGBTQI+ (2) ? 
 
Il y a, pourtant, comme des lézardes, dans ce tableau rassurant. Sur base des chiffres engrangés ces cinq dernières années, Unia, le centre fédéral chargé de traquer les discriminations, formulait en 2019 cette conclusion glaçante : " il est difficile d’affirmer que les personnes LGBT sont en sécurité en Belgique ". Et d’enfoncer le clou chez ceux qui pourraient encore douter : " La plupart des gens n’ont aucun problème avec le mariage homosexuel jusqu’à ce qu’ils voient deux hommes marcher main dans la main ". Là, c’est bien d’une " homophobie sous-jacente " qu’il s’agit, commente Unia. Chez nous, au nord comme au sud du pays. Des exemples ? Une femme licenciée après avoir révélé qu’elle était lesbienne ; un propriétaire qui ne veut louer son appartement qu’à des " familles normales " ; un club de loisirs qui refuse l’adhésion à deux homosexuels âgés sous prétexte que leur présence pourrait " choquer ", etc. 
 
La lumière plutôt que l’ombre

Cette même homophobie - mais aussi la peur des victimes - sont relatées dans un ouvrage paru tout récemment sous la plume de David Lallemand (3). À la veille de son cinquantième anniversaire, cet ancien journaliste du service public relate (notamment) les injures et les quolibets entendus depuis son adolescence dans les couloirs de l’école, sur les quais de gare, dans les files d’attente, etc. L’âge aidant, ce gay assumé a appris à en rire, à se détacher de la bêtise humaine et à privilégier la lumière à l’ombre. Non sans s’inquiéter toutefois pour ceux qui n’ont pas fait le même chemin que lui, " celles et ceux qui restent enfermé.e.s dans leur honte ou leur effroi, dans le traumatisme que c’est de se sentir exposé.e.s, les tripes à l’air, au milieu d’une gare à une heure d’affluence, mis.e.s à nu, littéralement déshabillé.e.s du personnage qu’on s’est construit pour passer inaperçu (…). A presque cinquante ans, ‘pédé ‘ ça fait toujours aussi mal… ".
 
Adolescent, le stress autour de son homosexualité lui donnait " mal au ventre tout le temps, comme si quelqu’un découpait vos boyaux avec des ciseaux à bouts ronds ; tout doucement, sans jamais s’arrêter, centimètre par centimètre ". Aujourd’hui encore, rappelle-t-il, les jeunes homosexuels masculins commettent en Belgique trois fois plus de tentatives de suicide que les jeunes hétéros. Acceptation et ouverture, vraiment ? 
 
Une évidence apaisée

Dans deux conférences gesticulées récentes (4), Éric Mat, directeur d’un centre culturel wallon, lui aussi quinqua gay " habité par la paix et dégagé de toute souffrance ", a voulu retracer trente ans de militance gay à travers son propre cheminement. Mais aussi, et surtout, partager " de petits ballons d’hélium, faits d’espoir et d’encouragement, avec tous ceux qui douteraient ou se sentiraient perdus. Aider, peut-être, des familles ou des institutions, des voisins ou des enseignants, à s’approprier mon apaisement ". Démarches publiques précieuses que ces graines d’amour et de bienveillance, semées tant au bénéfice de " ceux qui les goûtent déjà dans la joie et l’évidence ", que " ceux qui l’appréhendent dans la peur de soi ou de l’autre ".
 
(1) Le Monde, 24 février 2020
(2) Lesbiennes, gays, bi, trans, queer et intersexe et autres.
(3) #Presque50, David Lallemand, Académia/L’Harmattan, 2019, 142 p.
(4) Buenos dias mi amor, 11 et 12 février 2020 à Gembloux et Namur

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