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Développement personnel : gare aux mirages

Développement personnel : gare aux mirages © iStock

Le succès des ouvrages de développement personnel ne faiblit pas. Est-ce en raison de leur efficacité à résoudre les problèmes auxquels la vie nous confronte ? Ou parce que le bonheur qu'ils promettent nous échappe sans cesse ?


Philosophes et sociologues s'interrogent sur le phénomène depuis quelques années déjà (1). Dans son livre Développement (im)personnel (2), la philosophe Julia De Funès pointe du doigt ces articles de magazines qui proposent "Dix conseils pour lâcher prise" ou "Cinq façons d'augmenter sa confiance en soi", dénonçant leur tendance à séduire le lecteur en quête de mieux-être avec des recettes toutes faites.

Si tous les êtres humains aspirent au bonheur, nombreuses sont les voies qui y mènent. Même si l'on peut dégager quelques principes généraux, il n'existe pas de méthode universelle. Échanger, partager ses expériences et ses réflexions peut permettre à chacun de tracer sa route vers un mieux-vivre. Mais il ne faut pas tout attendre d'un livre au titre prometteur.

Le souci avec le développement personnel, remarque le coach et thérapeute Xavier Cornette de Saint Cyr (3), "c'est qu'il n'a aucune définition institutionnelle et n'est encadré par aucune autorité. Ce qui lui permet de faire des promesses dont certaines sont réalisables et bénéfiques et d'autres passablement fantaisistes, voire contre-productives."

Effet pervers et paradoxal

En promouvant des méthodes pour positiver, accepter ses émotions et trouver la paix intérieure, on a vite fait de sous-entendre que chacun est responsable de son propre bonheur... Si nous échouons à l'atteindre, est-ce parce que nous man-quons d'intelligence ou de persévérance ?

Il est souvent question, dans les ouvrages de développement personnel, de "travail sur soi". Accéder au bonheur exige un apprentissage, une discipline, un engagement. Cela demande du temps. Le risque, à vouloir trop en faire pour être heureux, est de finir par se sentir coupable de ne pas y arriver en permanence. Et d'ajouter ainsi de la souffrance à la souffrance, plutôt que d'aider à s'en sortir.

Or, comme le rappelle par ailleurs cette même littérature, il est illusoire d'imaginer que l'on peut supprimer toute souffrance. Il est normal de ressentir de la peur, du chagrin, du découragement à certains moments de son existence. Cela n'est pas nécessairement un signe de faiblesse.

Des conseils à double tranchant

Nous sommes quotidiennement invités à "positiver", "ne pas juger", "sortir de notre zone de confort" ou "vivre l'instant présent". Selon Xavier Cornette de Saint Cyr, ces injonctions en apparence bienveillantes doivent être considérées avec discernement. Mal utilisées ou mal comprises, elles n'aideront pas une personne en souffrance ; elles peuvent même induire un sentiment d'échec.

Des phrases telles que "quand on veut, on peut" ou"ce qui ne me tue pas me rend plus fort", qui se veulent encourageantes, peuvent être difficiles à entendre lorsque l'on est confronté à une perte ou à une difficulté majeure. Difficile en effet de "voir le côté positif" quand on vient de se faire licencier ou à l'annonce d'une séparation.

Face aux appels à "prendre sa vie en main" ou à "dépasser nos croyances limitantes" et aux conseils amicaux qui manquent parfois d'empathie, le thérapeute invite à la nuance : "S'il est important que vous ne vous laissiez pas enfermer dans vos propres croyances (ce qui, parfois, vous ferait vous heurter durement au réel), il est tout aussi important de ne pas adopter celles des autres sans réflexion."

Se faire confiance

Avant d'accorder trop d'importance à ces best-sellers et magazines vantant leurs solutions miracles, il serait sain d'écouter davantage notre intuition et notre bon sens pour choisir, au sein de cette pléthore de conseils parfois contradictoires ou irréalistes, ceux qui nous correspondent et nous aident réellement.

Face aux épreuves de la vie, nous avons tous des réactions différentes. Certains ont besoin d'être entourés quand ils sont tristes, tandis que d'autres aspirent à la solitude. La routine peut être perçue comme rassurante ou mortifère, les défis source de stress ou de motivation. Le rôle d'un coach en développement personnel devrait être d'aider à mieux se connaître, plutôt que d’imposer sa vision.

"Nous ne pouvons pas apprendre à être, à aimer, à décider quoi que ce soit d'essentiel en nous en remettant au pouvoir d'un autre" constate le philosophe Fabrice Midal (4). Ajoutant que "faire confiance à son intelligence est une expérience profonde à côté de laquelle nous passons trop souvent, en refusant d'ac-corder la moindre confiance à ce que nous ressentons."


(1) Lire aussi "Des leçons de bien-être dans les livres", En Marche, 19 février 2015.

(2) Développement (im)personnel, Julia De Funès, Éd. De l'Observatoire, 2019.

(3) Déjouer les pièges du développement personnel, Xavier Cornette de Saint Cyr, Éd. Flammarion, 2021.

(4) Foutez-vous la paix ! Et commencez à vivre, Fabrice Midal, Éd. Flammarion, 2017.

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