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La nostalgie, une pommade sur les maux de la crise ?      

La nostalgie, une pommade sur les maux de la crise ?       (c)iStock

Longtemps considérée par la médecine comme un trouble mental, la nostalgie fait aujourd'hui l'objet d'un regain d'intérêt, notamment pour ses vertus bénéfiques en période de crise. Pourquoi ne pas s'en inspirer pour créer les heureux souvenirs de demain, en dépit de la morosité ambiante ?  


Souvenirs, souvenirs… La nostalgie est une émotion particulière : elle mêle à la fois l'agréable et le désagréable. Certains se souviennent avec bonheur de leur passage sur les bancs de l'école : les jeux de la cour de récréation, le premier béguin, un instituteur bienveillant… Pour d'autres, en revanche, ce sont les brimades, les punitions où les devoirs oubliés qui leur reviennent en mémoire lorsqu'on évoque cette époque de leur vie. Entrelacs de douceur et de douleur, la nostalgie est intime, personnelle : il n'en existe pas deux semblables.
Le terme, fruit de l'association de deux racines grecques - nostos (retour) et algos (douleur) - apparut pour la première fois en 1688, dans la thèse d’un étudiant en médecine originaire de Mulhouse, Johannes Hofer. Il se référait au "mal du pays", plus exactement à des symptômes de manque de motivation, d’apathie, de désespoir, voire de propension au suicide, que présentaient des mercenaires suisses partis servir en France et en Italie. Dans le dictionnaire, la nostalgie est définie comme un "regret éprouvé à la pensée de ce qui n’est plus ou qu’on ne possède plus, au souvenir d’un milieu auquel on a cessé d’appartenir, d’un genre de vie qu’on a cessé de mener, d’une époque révolue, etc.". Autrefois, elle était considérée comme une maladie aux solutions thérapeutiques étranges et potentiellement dangereuses. Perçue comme un trouble neurologique jusqu'à la fin du XVIIe siècle et tout au long du siècle suivant, certains médecins ont même supposé qu'un "os pathologique" du squelette humain était à l'origine de la nostalgie… Ce n'est qu'au XIXe siècle que la médecine changea son fusil d'épaule en la considérant comme une "affliction de la psyché". Il faudra finalement attendre la seconde moitié du XXe siècle pour voir la science adopter une position nouvelle à l'égard de la nostalgie et ces dernières années pour que des études révèlent ses bienfaits psychologiques.

Source d'espoir et d'inspiration              
La nostalgie pourrait-elle donc avoir un effet "feel good" en cette période de crise sanitaire ? La question n'est pas saugrenue : une série d'études publiées en 2013 (1) ont par exemple démontré que "la nostalgie contrebalance le vide de sens ressenti par un individu lorsqu'il s'ennuie." Plus récemment, en 2018, une autre étude (2) concluait que la nostalgie agissait comme un tampon contre les menaces existentielles. Une concept déjà évoqué par le psychologue américain Clay Routledge dans son ouvrage Nostalgia : A psychological resource et pour qui la nostalgie serait un moyen pour l'être humain de s'octroyer espoir et inspiration en période de crise. "La nostalgie nous mobilise pour l'avenir, écrit-il. Elle accentue notre volonté de poursuivre des objectifs de vie essentiels et nous donne la confiance nécessaire pour les réaliser."
Dans un autre registre, une étude (3) menée aux États-Unis auprès de 945 personnes (âgées de plus de 13 ans) s'est intéressée aux effets de la crise du Covid-19 sur les choix de divertissements : plus de la moitié des consommateurs a déclaré avoir trouvé du réconfort dans les émissions et la musique qu'ils appréciaient étant plus jeunes. En France, une étude du Centre de recherche en neurosciences de Lyon entamée depuis le mois de mars semble montrer que nos rêves, depuis le début de la pandémie, nous ramèneraient plus fréquemment dans le passé qu'à l'ordinaire. Pourrait-il s'agir d'une sorte de mécanisme de défense, mis en place par le cerveau pour surmonter les idées noires et le stress provoqués par la crise du coronavirus ?          

Vivre aujourd'hui les souvenirs de demain
Pour le moment, que ce soit à travers la musique de nos jeunes années ou les songes d'une époque révolues, la nostalgie semble en premier lieu offrir une échappatoire à la pandémie. Ce qui n'est déjà pas si mal. Attention cependant : s'il semble bénéfique de laisser régulièrement naître en soi la nostalgie, il est nécessaire d’apprendre également à l'apprivoiser : elle fait du bien si elle est transitoire, mais dangereuse si on s’y éternise, surtout chez un tempérament mélancolique, voire dépressif. Saint-Exupéry définissait la nostalgie comme "le désir d'on ne sait quoi". Son aspect indéfinissable fait son charme, mais aussi sa dangerosité. C'est un état d’âme subtil, mêlant les sensations, les images, les pensées, liées à l’évocation du passé, où bonheur et malheur se trouvent harmonieusement mêlés, comme dans la vraie vie. Où il est essentiel, malgré la crise sanitaire, de ne pas oublier de se créer de nouveaux instants heureux. Les bons souvenirs de demain, c’est aujourd’hui qu'il faut les vivre.

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