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La solidarité en temps de crise. Et après ?

La solidarité en temps de crise. Et après ? (c)HANSLUCAS/BELGA

Toujours en train d'essuyer la crise du Covid, la Belgique a dû faire face, cet été, aux désastres humains et matériels provoqués par les inondations. Heureusement, la mobilisation citoyenne a été immédiate. Mais cette solidarité "à chaud", aussi naturelle soit-elle pour l'être humain, interroge également son organisation et sa pérennité.


Mi-juillet. Pendant plusieurs jours, la Wallonie est frappée par des inondations dévastatrices. Très vite, l'émoi s'empare de la population. Des pages de soutien abondent sur les réseaux sociaux. Les organisations et associations habituellement actives dans l'aide aux personnes se mobilisent immédiatement, assistées par les citoyens à travers des dons financiers et des offres de soutien sur le terrain. Ici, deux citoyennes créent la plateforme Aidehulp 14-7 pour centraliser les dons et aides sous toutes les formes. Là, des mouvements de jeunes (scouts, maisons de jeunes, collectifs...) viennent prêter main forte aux sinistrés pour dégager les débris. Malgré la précarité de leur situation, des personnes réfugiées et sans-papiers se déplacent également pour venir en aide aux victimes. Depuis, les gestes d'entraide se poursuivent en se diversifiant. Ainsi par exemple, des médecins proposent à leurs confrères et consœurs des régions sinistrées du prêt de matériel... La MC et ses magasins partenaires font de même pour les personnes qui ont besoin de matériel médical. Bref, l'Homme prouve à nouveau qu'il est un être profondément social et solidaire (voir l'article En Marche "L'être humain,solidaire par nature", 19 janvier 2021).

Du côté des pouvoirs publics, la Région wallonne a décidé de dégager deux milliards d'euros pour soutenir financièrement les citoyens, indépendants, entreprises et communes victimes d'inondations et reconstruire la Wallonie. 200 millions d'euros alimenteront en particulier le fonds des calamités qui indemnisera, sous conditions, les sinistrés des 202 communes (sur 262) admises à ce fonds (1). Les particuliers, indépendants et PME pourront aussi bénéficier de prêts sans intérêt (jusqu'à 25.000 euros pour les particuliers).

Eviter l'essoufflement solidaire

Lors des crises de grande ampleur, "l'organisation du soutien aux sinistrés se décline en plusieurs phases d'action : l'intervention de première urgence (abris, vivres et soins), suivie de l'évaluation plus précise des besoins, puis de la reconstruction", écrivait une journaliste de la VRT aux lendemains des inondations. Une gestion "à froid" est indispensable. Les soutiens peuvent, en effet, facilement déborder et rendre inefficace l'aide apportée. C'est ce qui s'est passé cet été. Quelques jours après les intempéries, les communes, et associations d'aide aux victimes appelaient la population à ne plus faire de dons matériels, ni venir spontanément sur place. La gestion et l'organisation de la mobilisation étaient devenues trop compliquées. Mais alors, comment venir en aide aux victimes ? Des citoyens se sont sentis dépossédés de leur pouvoir d'action solidaire. La réponse peut venir d'une autre forme de solidarité.

Si ces élans de solidarité sont salutaires, ils soulignent néanmoins des déficits sociétaux et sociaux. La catastrophe naturelle qui s'ajoute à la crise sanitaire, vient mettre en exergue les dysfonctionnements de nos sociétés. “Dans la majorité des localités impactées, ce sont les gens à revenu modeste voire pauvres qui ont subi le pire”, rapportait Christine Mahy, secrétairegénérale et politique du Réseau wallonde lutte contre la pauvreté dans La libre. Dans une carte blanche publiée également dans La Libre, Alain Vaessen et Luc Vandormael, respectivement Directeur général et Président de la Fédération des CPAS de Wallonie, tiraient la sonnette d'alarme concernant la surcharge des travailleurs sociaux, déjà submergés par les dégâts physiques, matériels et psychologiques causés par la pandémie. Les inégalités sociales, d'accès aux soins de santé, à des logements décents... sont symptomatiques d'une société qui va mal. Renforcer la solidarité, de manière structurelle et bâtie sur le long terme, fait dès lors davantage sens. C'est notamment ce que la MC, le MOC et la CSC ont martelé durant la crise du Covid, en insistant sur la nécessité de renforcer la sécurité sociale, outil solidaire face à l'insécurité.

La crise du coronavirus a suscité bon nombre de réflexions sur la société que nous souhaitons léguer aux futures générations. L'heure est à présent à la reconstruction. Dans des temps incertains où la nature gronde, la solidarité pourrait finalement être notre salut. Reste à savoir quel genre de société l'Homme souhaite bâtir.


1) Plus d'infos : wallonie.be • 1718

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