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Le paradoxe de la connexion

Le paradoxe de la connexion ©iStock

À l'ère du smartphone, les êtres humains seraient plus connectés que jamais. Il faut pourtant bien s'entendre sur ce terme. Car penchés sur leur écran, isolés derrière leur PC ou contraints au télétravail, certains se sentent plutôt déconnectés de la réalité, des autres, ou d'eux-mêmes.


La période de confinement a rapporté gros aux entreprises de technologie en ligne et autres réseaux sociaux. "Les Gafam (NDLR acronyme pour désigner les géants du web : Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), grands gagnants du confinement", titraient de nombreux médias (1) au printemps dernier. De fait, assigné à résidence, séparé de ses proches et éloigné de ses collègues, chacun a dû développer d'autres moyens de rester en contact avec sa famille et ses amis, de travailler, de se distraire, de gérer ses affaires. 

Durant cette période exceptionnelle, Internet et les outils de communication en ligne se sont montrés particulièrement utiles. Par effet de bascule, au sortir du confinement, certains ont pu ressentir le besoin de déconnecter, d'éteindre les écrans, de retrouver le vrai lien social - par opposition au lien virtuel - et de prendre un peu de vacances.

Cette envie de débrancher les appareils, de quitter les réseaux sociaux, au moins pour un temps donné, si pas définitivement, n'est pas nouvelle. En 2013 déjà, dans son ouvrage intitulé "Déconnectez-vous" (2), le sociologue Rémy Oudghiri analysait la façon dont les nouvelles technologies ont envahi nos vies et modifié notre rapport au monde, en quelques décennies à peine.

Faut-il brûler nos smartphones ?

Oudghiri rapporte les témoignages d'expériences extrêmes : des individus ou des familles entières qui ont fait le choix de déconnecter totalement, pendant un mois ou un semestre, redécouvrant les charmes du silence, des repas partagés, de la pleine conscience et de l'instant présent. Mais une démarche aussi radicale, bien qu'inspirante, n'est pas à la portée de tous. Il faut bien vivre dans notre monde. Et reconnaître, comme on a pu le voir à l'heure d'un confinement quasi planétaire, qu'Internet comporte aussi des avantages.

Les smartphones servent à la fois d'encyclopédie, de télégraphe, d'appareil-photo, de boussole, de carte de paiement, d'agenda, de diffuseur de musique... Y renoncer, c'est se priver de fonctionnalités bien pratiques auxquelles nous nous sommes habitués.

Cependant, beaucoup se rendent compte que ce petit appareil aux applications multiples prend un peu trop de place dans leur vie, qu'une dépendance s'installe, conduisant à des compulsions étranges. Cela confine à l'absurde quand on en arrive à filmer les meilleurs moments de sa vie pour les "partager" sur des réseaux sociaux, au lieu d'en profiter pleinement.

Le "burn-out numérique"

L'expérience vécue cette année invite à une saine réflexion en vue de distinguer les vrais bénéfices du "tous connectés" des dangers qu'une utilisation abusive peut entraîner. Quand l'omniprésence des écrans entame les capacités de mémoire et de concentration ou la qualité du sommeil, il en va de la santé. 

Une déconnexion totale peut être un passage nécessaire pour les personnes qui sont arrivées à un stade de dépendance avancé, proche de ce que certains appellent un "burn-out numérique" (3). La journaliste australienne Susan Maushart, qui a passé six mois sans smartphone ni tablette, entraînant ses trois adolescents dans l'aventure, la qualifie quant à elle de "détox technologique" : l'expérience leur a permis de retrouver du temps pour lire, jouer de la musique et resserrer les liens familiaux. 

Quelle que soit la façon de s'y prendre, plus radicale ou plus mesurée, faire un pas de côté par rapport à l'hyperconnexion peut être salvateur. De l'entreprise qui instaure une "journée sans e-mails" à l'application qui coupe automatiquement l'accès à Internet durant une période de temps définie (4), les initiatives se succèdent.

Vers une prise de recul ?

Si les Gafam n’ont jamais eu autant de succès, il se pourrait qu'en arrière-fond, un autre mouvement s'amorce. L'engouement suscité par les nouvelles technologies et surtout par l'Internet mobile semble céder la place à une forme de lassitude.
Doucement, le besoin de se reconnecter avec soi-même, avec ses proches, avec le monde extérieur s'installe, en réaction à une surcharge numérique qui, pour certains, a atteint son apogée durant le confinement. Que cela se traduise par un retour à la nature, aux activités familiales, à un rythme de vie moins stressant, le désir de se distancier de technologies qui, avec le temps, se révèlent parfois délétères, semble croître avec la prise de conscience que l'être humain a surtout besoin de se connecter à ses semblables, sans intermédiaires technologiques.


(1) RTBF, RTL, Le Soir...

(2) Rémy Oudghiri, Déconnectez-vous, Arléa, 2019 (édition revue et augmentée)

(3) Thierry Crouzet, J'ai débranché, Fayard, 2011 (témoignage d'un blogueur)

(4) Exemples cités par Rémy Oudghiri

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