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"Les Belges aiment-ils leurs enfants ?"

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Il y avait déjà, en Belgique, les "grands parents pour le climat". Cette fois, c'est toute la jeunesse – ou presque... – qui déferle au pied des hôtels de ville et des parlements pour secouer les décideurs. Il faudra à ceux-ci bien plus qu'une écoute polie pour répondre à l'impatience et à l'angoisse.


"Les Belges n'aiment pas leurs enfants". Il y a deux ou trois ans, un scientifique engagé avait usé de cette formule outrancière, au micro d'un journaliste, pour réveiller l'apathie des Belges face au réchauffement climatique. Une façon – ô combien provocante – de regretter l'indifférence d'une majorité d'adultes face au monde surchauffé qu'ils s'apprêtent à léguer à leurs enfants et petits-enfants.

Depuis quelques semaines, c'est le monde à l'envers (allant vert ?) qui se manifeste avec force dans les rues et sur les réseaux sociaux : voilà que ces prétendus "mal aimés" se rassemblent en masses bruyantes et inquiètes, fédérées autour d'un message finalement très simple : "demain, vous ne serez plus là, c'est nous qui devrons gérer les effets de votre incurie. Alors, bougezvous dès maintenant !".

Brevets de pureté écologique

Certains, particulièrement dans le monde politique, se sont moqués des slogans en désordre et des connaissances environnementales approximatives scandés lors des manifestations, n'hésitant pas à renvoyer les jeunes à leur consommation effrénée de smartphones, vêtements dernier cri et autres voyages aériens low cost. Pour peu, ils étaient prêts à leur infliger une leçon d'écocivisme !

C'est oublier, constate Christophe Dubois, rédacteur en chef de Symbioses, publication spécialisée dans l'éducation à l'environnement (1), que "le changement des comportements ne se nourrit pas seulement de connaissances factuelles et scientifiques, mais aussi de croyances, de relations sociales, du sentiment d'appartenance à un groupe et d'adhésion à des modèles inspirants comme Greta Thunberg (NDLR: la Suédoise de 16 ans qui campe régulièrement devant le siège du parlement de son pays pour réclamer une politique climatique plus ambitieuse). C'est en se confrontant à d'autres points de vue que les jeunes manifestants apprendront petit à petit la complexité des choses. Notamment dans les classes – il y a mille façons d'exploiter cela dans les cours – et dans la rue".

Autre reproche entendu ici et là : les jeunes manquent les cours... Et alors ? "Greta Thunberg et ses revendications seraient-elles connues si la jeune fille menait sagement son action dans sa classe, pendant la leçon ? En tant qu'adulte, on n'ose plus. Pourtant, parfois, on devrait... "

En 2013, à l'issue d'une enquête portant sur 2.000 Belges âgés de 25 à 35 ans, un sociologue avait conclu au profond pessimisme de cette tranche d'âge, mais aussi à son manque de confiance envers le personnel politique. Elle ne croit plus, disait- il, ni en les gouvernements ni en l'action collective. Quel contraste, six ans plus tard, avec ces milliers d'encore plus jeunes battant le pavé au pied de leur hôtel communal à Charleroi, à Liège et ailleurs !

Les limites du Colibri

Qu'elle opte pour des moyens classiques ou plus innovants (remplacement d'affiches publicitaires, irruption en zone neutre autour du Parlement fédéral, harcèlement téléphonique des ministres "climat" sur leur ligne privée...), la mobilisation des jeunes (et des autres !) a aussi une autre vertu. Elle rassure ceux qui, de plus en plus nombreux, s'inquiétaient de voir la "stratégie du Colibri" (en gros : face au problème climatique, chacun fait ce qu'il peut à son niveau, même dérisoire) tenir lieu d'unique riposte au réchauffement climatique. "La pensée du Colibri est une pensée profondément dépolitisée, qui rompt avec la filiation des luttes dans lesquelles elle aurait pourtant pu s'inscrire", s'inquiétait récemment, parmi d'autres, Barbara Garbarczyk de la Fédération d'économie sociale SAW-B (2).

Violaine Wathelet, doctorante au Centre d'étude de l'opinion à l'ULg ne dit rien d'autre (3), rappelant les rapports de force à l’oeuvre en cette matière. "L'accentuation extrême de notre responsabilité climatique étouffe nos rebellions et charrie dans l'ombre les réponses collectives que nous devons mettre en place pour que les choses bougent. Or ces réponses ne sont pas l'agglutinement de nos comportements individuels vertueux, mais bien la modification des cadres collectifs qui régissent nos sociétés". Luttes, rébellions, mobilisations... En Belgique (et bientôt ailleurs ?), des jeunes et des moins jeunes l'ont bien compris : l'avenir climatique reste à écrire. In extremis...


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