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Parentalité : freiner la course à la perfection

Parentalité : freiner la course à la perfection ©iStock

Difficile de se défaire de l’idée d’être un parent “parfait”. La pression est forte dans nos sociétés où le bien-être et la bienveillance sont au cœur des psychologies de l’enfance. Mais ces sociétés si exigeantes se soucient-elles d’être soutenantes envers les parents d’aujourd’hui ?


On a beau le savoir, s'y préparer au maximum, chaque année, à la même période, le stress de la rentrée scolaire semble inévitable : A-t-on bien acheté toutes les fournitures scolaires précises ? Les inscriptions aux activités extrascolaires bénéfiques pour le développement de son enfant sont–elles payées ? Les rendez-vous avec le logopède sont-ils pris ? La pression est grande sur les nouvelles générations de parents. De nombreuses analyses décrivent la parentalité comme un rôle "à multiples facettes où les parents sont tenus de s'occuper de la santé, du bien-être, du développement mental et physique, des activités scolaires, des activités extrascolaires et des vacances de leurs enfants". (1) Sans compter la responsabilité qui incombe aux parents d’élever des enfants conscients des enjeux sociétaux comme le réchauffement climatique, par exemple. Paradoxalement, les experts en éducation mettent en garde contre le danger de devenir un "parent hélicoptère", soit "un parent qui s'intéresse de manière excessive ou surprotectrice à la vie de son ou ses enfants". Une large sémantique éducative décrit les dérives d'une parentalité excessive : hyperparentalité, hypervigilance, parents chasse-neige (le fait d'enlever tous les obstacles sur le parcours d'un enfant pour éviter qu'il vive un échec). Des attitudes décriées comme nuisibles à l'autonomie des enfants. (2)

La "bonne parentalité", une question d'époque

Comment assurer son rôle de parent bienveillant sans être surprotecteur ? Favoriser l'autonomie de sa progéniture tout en se montrant responsable et vigilant ? Ces injonctions paradoxales, qui rendent parfois la vie si difficile aux parents, ne datent pas d’hier et le concept même de ce que signifie être un bon parent fluctue selon les époques. Au 20e siècle, les travaux sur la parentalité portent sur les effets négatifs du "maternage". Dans son ouvrage Psychological Care of Infant and Child, le psychologue américain, John Watson, conseillait aux mères de ne se laisser aller à aucune démonstration d’affections, en particulier envers les garçons car "elles feraient d'eux des 'mauviettes' (...) incapables de répondre aux besoins de la société de l'époque". Ces théories se renforcent à l'avènement de la Seconde Guerre mondiale. Un bon soldat ne pouvait avoir été trop materné enfant car cela le rendrait "inca-pable de résister aux rigueurs de la guerre". Quelques décennies plus tard, les mères distantes et "froides" étaient au contraire pointées pour leur responsabilité - démentie depuis - dans l'autisme, les troubles de la parole ou la psychose de leurs enfants...

Au fil de l’histoire, la question du bien-être des enfants a pris une place croissante. La taille réduite des familles, la reconnaissance des Droits de l’enfant (dont la Convention a été signée en 1989), les travaux de Françoise Dolto sur l’éducation (avant elle, les tout-petits étaient souvent considérés comme de simples tubes digestifs...), le développement des études et des théories issues de la psychologie familiale, sont autant d’éléments qui ont placé l’enfant au centre des préoccupations. Quitte, parfois, à laisser les parents fort seuls face à cette responsabilité et devant leurs manuels d’éducation positive. 

Parentalité collective vs individuelle

Dans le podcast Comment la parentalité intensive nous bouffe la vie ? (3), Delphine Saltel, journaliste française, interroge la parentalité contemporaine vécue dans une société individualiste où chacun vit ses galères de son côté, pour la repositionner comme un enjeu collectif de société et donc politique. "Ce qui manque dans tous ces échos sur la bienveillance dans la psychologie positive, c'est de se demander quand la société est-elle bienveillante envers les adultes ?", complète le sociologue Claude Martin. En effet, les politiques menées dans divers domaines soutiennent peu les parents dans leurs rôles : pressions et horaires difficiles au travail, inégalités de revenus, partage encore trop inégal de la charge éducative et mentale entre hommes et femmes, congés parentaux mal rémunérés, manque de solutions collectives pour la garde des enfants...

Des familles ont fait le choix d'une parentalité alternative. Dans le podcast, certains parents témoignent de leur changement de mode de vie, optant pour une vie en communauté ou en habitat groupé, à la campagne. "L'avantage de vivre de cette façon c'est qu'on peut compter les uns sur les autres. On part du principe que chaque personne a quelque chose à apporter à l'enfant et donc cela favorise son développement", explique l'un des parents. Certains préfèrent rester en ville et s'entraident entre voisins. D'autres encore font appel à la famille, aux amis, à d'autres parents pour alléger le quotidien. Dans tous les cas, la notion de collectivité revient au-devant de la scène pour repenser le modèle de parentalité. Car le parent parfait n'existe pas et fluctue au gré des époques. Ce constat pourrait amener le parent à se défaire de la culpabilité à ne pas être “assez bien” comme parent. La bienveillance envers un enfant ne peut être finalement garantie qu'à condition que son référent en jouisse également.


(1) "Le "parent hélicoptère' et le paradoxe de la parentalité in-tensive au XXIe siècle", E. Lee et J. Macvarish, Lien social et po-litique n°85, Erudit, 2020.

(2) Les parents "chasse-neige", ou comment nuire à l'autono-mie de son enfant, Olivia Levy,3 avril 2019, La Presse, Canada.

(3) “Comment la parentalité intensive nous bouffe la vie ?”, D.Saltel, chaîne podcast “Vivons heureux avant la fin du monde”,arteradio.com

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