Retour à À suivre

Smart city : quel futur pour nos villes ?

Smart city : quel futur pour nos villes ? © iStock

L'espace urbain est voué à se transformer pour s'adapter à l'augmentation des populations. Le concept de smart city (ville intelligente) répondrait aux besoins des habitants en grande partie grâce à l’usage des technologies : villes connectées, surveillées, éco-cités... Un futur idéal pour les prochaines générations de citadins ?


Cela fait déjà plus de dix ans que, partout dans le monde, les gouvernements locaux s'intéressent de près aux smart cities pour répondre aux besoins des métropoles qui ne cessent de s'agrandir, entrainant avec elles des enjeux écologiques, sécuritaires et sociaux. Ces villes intelligentes sont aussi variées que les besoins des habitants mais toutes s’appuient en grande partie sur les technologies numériques et la récolte de données afin de rendre nos villes plus efficaces, plus écologiques et garantir une meilleure qualité de vie à toutes et tous. Une dimension importante du concept est de considérer les citoyens comme des acteurs de leur ville,des "consom'acteurs" (consommateur/acteur), aux côtés des acteurs économiques.

La Région de Bruxelles-Capitale a développé un pôle "Brussels smart city" (1) afin de soutenir des projets "smart" pour la ville. Parmi ceux déjà existants, "Fix my street" (2) permet de signaler les incidents dans l'espace public. D'autres sont en cours d'évaluation. Par exemple, l'appli "BetterBikeBrussel" (3) qui permet aux cyclistes de dresser un itinéraire pratique en indiquant les prévisions météo, les parkings vélo, les fontaines d'eau, etc.

La capitale européenne est encore une "ville intelligente" plutôt timide. D'autres villes sont bien plus avancées sur l'intégration des nouvelles technologies dans le quotidien des citadins. À Copenhague, par exemple, "les roues de vélos sont équipées de senseurs capables de mesurer les données de pollution sonore, de congestion ou de condition de circulation." (4) Ces données (rendues anonymes) permettent d'orienter les politiques environnementales et de mobilité.

Écologique la smart city ?

Une smart city est donc dotée d’un large système numérique. Mais qui dit dispositifs technologiques, dit aussi métaux rares. Caméras de surveillance, téléphones, voitures électriques, éoliennes, panneaux solaires... sont tous produits à base de cobalt, de gallium, de terbium, de cerium, etc. Des métaux dont l'extraction s’avère énergivore (pour obtenir un kilo de gallium, par exemple, il faut purifier 50 tonnes de roche), coûteuse et polluante. Sans compter la destruction massive des écosystèmes, des rejets de produits toxiques pour leur transformation et l'exploitation des populations locales pour retirer ces métaux des sols. Bref, construire nos villes écologiques idéales reviendrait à détruire l'environnement d'autres régions du monde. Par ailleurs, la production de données engendre des millions d'octets stockés dans des data centres (centres de données), gros consommateurs d'électricité.

Connexion ou fracture sociale ?

Numériser nos villes questionne leur accessibilité et la transformation de nos rapports sociaux. À titre d'exemple, la revue XXI qui consacre un dossier spécial à la vidéosurveillance et à la reconnaissance faciale (5) reprend le cas de Songdo, exemple emblématique de smart city en Corée du Sud. Quasiment toute la ville fonctionne via des applis pour connaître les positions et déplacements des bus et des voitures "badgées". Sur les campus, les étudiants utilisent également une application mobile pour gérer leur emploi du temps, se rendre sur des forums de discussions, emprunter des livres...

Le risque de voir ces applications nous couper des interactions humaines est réel, sans compter le danger de voir une partie de la population exclue de ces villes hyperconnectées : les personnes âgées qui ne sont pas à l'aise avec le numérique et les populations précarisées n'ayant pas suffisamment les moyens de s'équiper en nouvelles technologies. Pour Julie Le Gall, maîtresse de conférences en géographie à l'ENS (école normale supérieure) de Lyon, la smart city "nous oblige à nous poser une grande question : Qu'est-ce que veut dire faire société ?" (6). La ville intelligente ne peut devenir un “ghetto pour citoyens d’élite”.

Outre les questions soulevées ci-dessus, des autorités locales semblent être aliénées par certains projets de smart city. On voit naître, comme à Nice, des villes adeptes de l'hypervigilance. Des caméras vidéo, dotées de systèmes de reconnaissance faciale dont les données sont récoltées et centralisées, sont installées partout. Cette politique sécuritaire interroge : respect de la vie privée, développement d'une industrie militaire et sécuritaire, sécurité des données, etc.

Tout n'est pas à jeter

Les politiques d’aménagement des territoires et la conclusion de contrats avec les entreprises qui gravitent autour des projets de smart cities sont en plein essor dans le monde, chez nous également. Il s’agit pour les citoyens de ne pas rester à la traine. Il convient, plus que jamais, que les (futurs) citadins prennent part aux processus décisionnaires et qu'un réel débat démocratique ait lieu sur les villes dans lesquelles nous souhaitons vivre à l'avenir.


(1) smartcity.brussels
(2) fixmystreet.brussels
(3) better.bike.brussels
(4) “Et si on faisait de Bruxelles une smart city ?”, Olivier Colin, lecho.be, 15 mai 2018.
(5) "La France qui se flique (et qui aime ça)", Revue XXI, n°54, 2021.
(6) "Le concept de ‘smart city’ peut-il se repolitiser ?", lemonde.fr, 14 mai 2018.

À suivres précédents

Ouvrir

Suivez-nous

Inscrivez-vous à notre lettre électronique sur le site de la Mutualité chrétienne via notre applicatation "Préférences de communication par e-mail". Vous n'êtes pas membre MC et vous souhaitez vous abonner à notre lettre électronique, envoyez un courriel à l’adresse enmarche@mc.be