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Une autre planète exclue du web

Une autre planète exclue du web © iStock

Pour trouver son chemin, connaître les horaires de bus. Pour payer ses factures et gérer son compte bancaire. Pour inscrire son enfant à l'école. Pour trouver un logement. Pour rechercher un emploi. Pour pratiquer le co-voiturage. Pour s'informer des séances de cinéma…. la liste des usages numériques est longue.


Comme un inventaire à la Prévert, les passages obligés par le Net couvrent de plus en plus de domaines. Au point de faire de la connexion internet un besoin primaire, au même titre que se nourrir, se chauffer… Au point de faire du numérique, une sphère du quotidien où il est bon être geek ou… en connaître un dans son entourage proche.

La réalité laisse transparaître de grandes inégalités en la matière. Certes la Belgique se targue d'une excellente connectivité. Et le mot d'ordre depuis une quinzaine d'années se répand : connectez- vous ! Mais 10% des Belges entre 16 et 74 ans n'ont jamais utilisé Internet (1). Et y avoir accès chez soi à haut débit est coûteux, trop coûteux pour beaucoup. Bien entendu, les déconnectés à domicile peuvent se rendre dans un espace public numérique mais convenons que cela marque une différence notoire avec ceux qui peuvent se brancher à leur guise.

En matière de différences, ce n'est pas tout. Comme le souligne Quentin Martens de la Fondation Roi Baudouin, au problème de l'accès s'ajoute la "fracture de l'usage". Car, outillé et connecté ne riment pas nécessairement avec facilité d'utilisation. Est-il si aisé pour tout qui possède un ordinateur de se servir d'une souris, d'un trackpad, de ne pas s'emmêler entre les majuscules, les arobases et autres signes ? Est-il si évident de savoir comment effectuer une recherche par arborescence ou sur quelle zone cliquer pour aboutir à l'information désirée ? Est-il possible pour chaque 'surfeur' de faire face à une panne, de savoir comment débugger son PC ou de s'y retrouver dans les antivirus ? Est-il si simple de naviguer dans la masse de sites, blogs et autres applications, de distinguer le fiable de l'erroné ?

"Je viens d'une autre planète" titre un film de sensibilisation sur l'exclusion digitale, réalisé par Yves Dorme avec le soutien de la Fondation Roi Baudouin (2). Cette planète est largement habitée, s'y retrouvent surtout ceux qui sont déjà victimes d'inégalités sociales, même nés dans l'ère du numérique. Le court métrage donne à entendre des individus confrontés à la dématérialisation ambiante. Tous se débrouillent pour apprendre. Leur volontarisme est à saluer mais l'on perçoit aussi avec eux le chemin sans fin à emprunter pour rester dans le coup.

"Avec mon ordinateur et mon smartphone, quand cela ne marche pas, ça me rend nerveuse, explique cette mère de famille. Je dois toujours demander à d'autres comment cela fonctionne précisément. Et c'est très gênant, c'est ennuyeux, en fait de demander ça". "Du côté du numérique, je me sens tout petit, indique cet homme d'âge mur, bénévole dans le restaurant social Amon nos hôtes à Liège et visiblement très habile pour toutes sortes de travaux manuels. "En 2006-2007, j'ai fait un peu de Photoshop, un peu de bureautique. Ça me plaisait bien (…) Maintenant j'ai oublié la moitié (…) Quand tu n'as pas d'ordinateur chez toi, tu ne sais pas continuer tes cours". Pour ce jeune homme de Gouvy, à la recherche d'un emploi, ce sont les choix de mots-clés qui posent problème : "Quand je vais chercher quelque chose sur Internet, après du travail, on demande souvent de mettre des mots-clés, des mots qui vont faire en sorte qu'on ait le bon résultat. Et c'est par rapport à ces mots-là que je cale un peu."

Certes, on dématérialise de plus en plus de services, parce que les technologies le permettent et n'en finissent plus d'innover, vers davantage de rapidité, de possibilités, de mobilité, dit-on. Certes l'usager est par certains développeurs informatiques placé au centre… Mais souvent l'objectif d'économies sous-jacent pour les entreprises ou les services publics oublie un pan des concitoyens. Un pan qui va en grossissant. Les échos des acteurs sociaux en témoignent. Ceux-ci, dans leur travail d'accompagnement, sont de plus en plus confrontés à la fracture numérique. En la matière, c'est un leurre de penser que les individus vont s'en sortir intuitivement, sans aide. Et il serait aussi peu constructif de "faire à leur place".

Alors que certains rêvent de se déconnecter, de prendre des vacances électroniques, il faut bien constater que la "vague digitale"(3) semble inéluctable. "Il s’agit d’accompagner de façon appropriée cette vague", estime la sociologue Périne Brotcorne, pour qu’elle ne vienne pas créer de nouvelles sources d’inégalités". Y a du boulot ! À son niveau, En Marche s'y attèle, choisissant l'équilibre entre perspectives digitales et maintien du canal papier, pour un accès de tous à l'information. Un choix engagé.


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