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Budget de santé : voir plus loin que les chiffres

Budget de santé : voir plus loin que les chiffres

Les négociations autour des budgets des soins santé 2022-2024, inaugurent un changement vers une vision à plus long terme des enjeux de santé. La MC, qui participe activement à ce processus, s’en félicite. Mais reste vigilante à ce que l’ensemble des acteurs soient concertés.


La semaine dernière, le Comité de l’assurance élargi à d’autres acteurs tenait une réunion de lancement sur la trajectoire budgétaire 2022-2024 dans le secteur de la santé. L’info vous paraît technique, voire, ennuyeuse ? Vous vous demandez pourquoi on vous parle de cet "évènement" alors que ce qui intéresse tout le monde en ce moment, c’est la campagne de vaccination et les courbes de la pandémie ? Si nous avons choisi d’épingler ce sujet dans notre édito, c’est justement parce que les chiffres de la crise sanitaire nous invitent à en examiner d’autres : ceux des budgets alloués à la santé, et plus particulièrement aux politiques de santé publique et de prévention.

En tant que cogestionnaire de l’assurance de soins de santé, la MC n’a cessé de le répéter, nous devons sortir d’une gestion strictement budgétaire de la santé, extraire le nez de nos calculettes pour construire une vision à long terme qui répond aux besoins croissants de la population. Que ce soit en matière de santé mentale, de prévention des maladies chroniques, de vieillissement, de coordination des soins, de maintien à domicile, etc. Il y a cinq ans déjà, les mutualités déposaient ensemble une note de "vision à l’horizon 2030" plaidant pour un changement de paradigme. Tout était écrit : "Les organismes assureurs estiment qu’il est plus important que jamais de développer une vision à long terme claire de notre modèle de santé, performant tant au niveau de la quantité que de la qualité, en vue d’une meilleure santé globale de la population. Une telle vision à long terme doit permettre de déterminer de manière transversale les priorités, les réformes et l’emploi des moyens financiers, à l’opposé d’une vision annuelle associée à une pensée en silos."

 Le gouvernement actuel ayant repris dans son accord de coalition des éléments allant dans ce sens, l’occasion était trop belle ! C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme, que nous nous sommes "assis autour de l’écran" avec les représentants du gouvernement, des prestataires de soins, et des organismes assureurs– plus de 450 participants au total – pour le lancement des discussions budgétaires.

Projeter, mesurer, décloisonner

À la MC, nous avons à cœur de porter la voix de nos membres pour défendre des soins de santé accessibles à tous, tant financièrement que géographiquement. Comment pouvons-nous améliorer notre système de soins de santé avec les ressources disponibles ? Un des points forts du processus inauguré est de définir des objectifs mesurables à long terme et de tracer des perspectives budgétaires sur plusieurs années pour y parvenir. Ce n’est pas un détail, la méthode tranche considérablement par rapport aux pratiques précédentes.

Avant, pour définir le budget de l'assurance maladie, on se contentait d’éplucher les budgets historiques, de calculer combien d'argent avait été dépensé au fil des ans sur un segment particulier, en allouant parfois un supplément en fonction de la situation financière, sans regarder plus loin que l’année à venir. Désormais, on fixera des budgets sur plusieurs années avec des objectifs mesurables à atteindre. Un exemple concret ? On peut estimer que, d’ici 2030, le diabète touchera un adulte sur 10. Un tiers des patients atteints du diabète de type 2 ne le savent pas. Un objectif de soins de santé pourrait être d’augmenter la détection précoce de cette maladie et d’investir dans des campagnes coordonnées avec l’ensemble des prestataires de premières lignes (kiné, médecins, pharmaciens, dentistes, diététiciens, infirmiers...)

Ce qui signifie aussi que pour atteindre ces objectifs, il faudra veiller à décloisonner. Aujourd’hui, les instances sont organisées de telle sorte que chacun défend sa spécialité : les kinés, les dentistes, les médecins... chacun sa convention. Le tout dans un cadre budgétaire souvent étriqué laissant peu de place à une vision à long terme. Ce décloisonnement n’est pas seulement nécessaire au niveau des silos des différents secteurs de soins, il l’est aussi au niveau des domaines politiques – la santé est transversale aux autres politiques : logement, environnement, enseignement, etc. et institutionnel. 

Ainsi, reste un bémol à ce beau lancement : on regrettera que les entités fédérées n’aient pas été invitées à ce stade. Vu la situation éclatée des compétences en matière de santé dans notre pays, il est illusoire de croire que nous pouvons atteindre des objectifs de soins de santé en les gardant compartimentés. Pour reprendre l’exemple cité, le suivi des personnes diabétiques ne peut se faire sans impliquer la première ligne, qui dépend en partie des entités fédérées...

La MC sera vigilante à ce que la complexité institutionnelle de notre pays ne nuise pas à cette volonté partagée de changer de paradigme.

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