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Citoyens de la terre

Citoyens de la terre

Dans un contexte de crise sanitaire et, sans doute partiellement au moins, de crise potentielle de modèle, la question des droits des sans-papiers semble secondaire. Et pourtant, elle est plus que jamais d’actualité. La crise met de façon criante en évidence les inégalités et les fragilités déjà présentes auparavant.


La MC et de nombreuses organisations de la société civile, la CSC, Médecins du monde, la Ligue pour les droits de l’Homme, etc., se sont associées autour d'une campagne pour la défense des droits des personnes sans papiers et initiée par la Coordination des Sans-Papiers et Sans-papiers TV : We are Belgium too. L’objectif est la régularisation des personnes sur la base d'un cadre "clair et défini".
La Belgique recense 150.000 personnes sans papiers. Un chiffre sans doute sous-estimé, car on présume que de nombreuses personnes n'ont pu être "répertoriées". Cela fait parfois 5, 10, 15 ans, voire plus que ces personnes vivent, travaillent, participent à la vie sociale et économique en Belgique. De nombreux enfants de personnes sans papiers sont nés ici. Pourtant, "officiellement", ces femmes, hommes et enfants n'existent pas !
Depuis le mois de février, des collectifs de personnes sans papiers et des organisations qui soutiennent la cause se mobilisent par des occupations politiques à l'ULB, à la VUB et à l'église du Béguinage. Des hommes et des femmes lancent des appels aux responsables politiques pour alerter sur leur situation d'urgence intenable. À l’heure d’écrire ces lignes, 466 personnes sans papiers ont décidé d’en tamer une grève de la faim face au silence des politiques.
Le constat est le suivant : avec la crise sanitaire, les difficultés se sont exacerbées. Les personnes sans papiers ne bénéficient d’aucune sécurité d'emploi. La plupart n’ont pas beaucoup d’autres choix que de travailler au noir pour survivre et n’ont donc reçu aucune aide financière de l’État pour la perte de leur emploi. Des personnes sont victimes des marchands de sommeil et de l’insécurité dans l'espace public. Elles vivent dans la peur d'être envoyées en centre fermé ou sommées de retourner dans leur pays d'origine au risque d'être en danger. De nombreuses femmes sont également soumises à de multiples violences (psychologiques, physiques, sexuelles), notamment sur leur lieu de travail, sans aucun moyen de se défendre juridiquement… Impossible de recenser la mul titude de situations ingérables et de mises en danger dont sont victimes ces personnes en raison de leur "irrégularité". Comment, dans ces conditions, vivre dignement et sereinement ? De même, les difficultés d’accès aux soins de santé sont criantes. Or la santé est un bien commun, dès lors, et dans le cadre de la pandémie, l’accès à la campagne de vaccination contre le Covid doit être une priorité pour ce public.

Une pétition pour une régularisation

"Régulièrement, nous nous croisons. Vous nous connaissez comme la mère d’un camarade de classe de votre enfant, comme l’épicier du coin de la rue, la personne qui fait le ménage dans vos bureaux ou qui dépanne votre chaudière. Comme vous, nous travaillons, nous payons un loyer, nous trions nos déchets… Bref, nous sommes des citoyennes et citoyens ordinaires. À un détail près… aux yeux de l’État, nous n’existons pas." Ces mots sont écrits par les personnes sans papiers pour nous inviter à signer la pétition et être, de la sorte, leur porte-voix. Ils ne peuvent pas nous laisser indifférents d’un point de vue humain.

La dignité humaine ainsi que le respect fondamental des valeurs prônées par la charte des droits humains fondamentaux justifient à eux seuls le principe d’une nouvelle régularisation. Mais s’il faut encore ajouter des arguments pour faire peser la balance, le point de vue socio-économique, qui nous renvoie au fonctionnement de nos sociétés organisées est également pertinent. Régulariser, c'est lutter contre le travail au noir et la fraude sociale. Régulariser les travailleurs et travailleuses répondrait aux problèmes de pénurie de main-d'oeuvre. Cela rapporterait jusqu'à 65 millions d'euros par mois dans les caisses de la sécurité sociale. Les expulsions et la détention en centre fermé coûtent cher à l'État.

On constate aussi que la Belgique a déjà mené par le passé des campagnes de régularisation des personnes sans papiers sans que cela n'engendre "d'appel d'air". Cette crainte d'un afflux massif d'étrangers sur notre territoire est infondée. Cela fait sortir le débat de l’émotionnel et des conclusions hâtives. La campagne actuelle, passant par une pétition, appelle des actions ni extrêmes – dans aucun sens – ni irréalistes, ni déconnectées des réalités économiques et sociales de notre pays ou de l'Europe. Il s’agit de proposer la régularisation des personnes sans papiers "sur la base de critères clairs et permanents, que sont les attaches durables, le travail, l'inéloignabilité et le risque d'atteinte à un droit fondamental en cas de retour" ainsi que la création d'une commission de régularisation indépendante.

Régulariser les sans-papiers est la condition sine qua non au respect des droits fondamentaux de toutes personnes vivant en Belgique. Régulariser, c'est lutter contre l'exclusion sociale, le racisme et la montée des extrémismes. Régulariser, c'est rendre leur dignité aux femmes, hommes et enfants qui ont déjà beaucoup perdu.


>> La pétition peut être signée en ligne sur wearebelgiumtoo.be

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