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Conjuguer expertise et militance

Conjuguer expertise et militance

Faut-il opposer la science au politique ? L’expertise à la militance ? Ou au contraire, est-il possible et utile de rassembler ces deux façons d’appréhender la réalité pour éclairer les décisions à prendre dans un monde complexe et à réinventer ?


Sans préciser leurs noms - on les connaît, car les médias les ont rendus publics - il semble que les experts aient pris la main, ces derniers mois, dans la gestion de la crise sanitaire. Le besoin d’objectiver, de faire appel aux faits et aux preuves pour traiter la crise de façon efficace, quitte à abandonner une partie du débat politique, a été perçu comme positif et utile. Cela ne signifie pas que, dans la durée, cela soit nécessairement sain ou souhaitable pour renforcer l’efficacité des décisions.  

Faut-il confier la gestion de la santé aux médecins, l’emploi aux patrons, la culture aux artistes, la sécurité à l’armée, l’économie aux entreprises et le tout aux universités et aux corporations professionnelles ?

Les experts ont une tendance nécessaire à segmenter leur appréhension du réel. Ils ont cette force d’isoler les variables et les paramètres pour vérifier ou infirmer leurs hypothèses et faire progresser la connaissance. Mais les transversalités, pourtant souhaitées par les chercheurs eux-mêmes en créant des ponts entre leurs champs d’études et leurs disciplines, sont peu lisibles et parfois absentes.

Il existe aussi un risque de déshumanisation. Les scientifiques et les experts apportent la rigueur et le sens de l’exactitude. L’humain apporte la subjectivité de l’émotion et du sentiment. Une fois de plus, nous sommes face à une question d’équilibre où l’un renforce l’autre et l’autre se met au service du premier. Que penser d’un monde régi par l’émotionnel ou d’une cité gouvernée sans sentiments?

Décider et agir

Comme la politique, la science n’est pas à l’abri d’une perte de confiance de la part du citoyen, voire d’un scepticisme plus dangereux nourri par les théories du complot qui circulent sur internet. Comment s’y retrouver dans la kyrielle d’études relayées quotidiennement par les médias? Sur la base de quels critères accorder sa confiance? N’y-a-t-il pas aussi des jeux d’influence non déclarés ? Dans une crise sanitaire qui a porté les experts scientifiques sur le devant de la scène, il est nécessaire de faire preuve de transparence et d’expliquer avec pédagogie comment la vérité scientifique se construit à partir du doute et de la controverse. 

L’enjeu des décisions est aussi le passage à l’action. Une décision non soutenue sera une décision non appliquée. Les scientifiques nous l’ont souvent rappelé à propos des mesures de distanciation ou des règles d’hygiène. Eux-mêmes ont fait appel à cette nécessaire intelligence collective qui fait que la mise en mouvement d’une population ne se réalise pas par des équations, mais par des convictions. Pour que la majorité des acteurs se mettent en route, les mesures doivent être perçues comme acceptables, utiles voire indispensables. C’est aussi là le rôle du politique et du militant: non seulement utile pour intégrer, mais aussi pour soutenir l’action.

Nos membres, nos experts

Ma santé m’appartient et je veux pouvoir me faire entendre dans la manière dont elle est gérée.” “Ma mutualité la porte et la défend, avec respect et rigueur.” Ces messages nous parlent, à nous, la mutualité, portée par un réseau de bénévoles, de membres impliqués et soucieux que leurs opinions participent à la décision et la portent.

Chacun souhaite l’avis et le conseil du scientifique. La prise en compte de cette expertise dans la gestion de nos systèmes organisés est primordiale. Nos représentants des membres dans les organes de gestion en sont convaincus et y accordent une place juste et réaliste. Faire entendre la voix des membres et des citoyens, tout en s’appuyant sur des informations construites scientifiquement, nous semble un gage de succès. 

L’affirmation des experts est porteuse de sens. Questionnée, travaillée, contextualisée, elle est indispensable à la construction des discours politiques et militants qui s’en emparent, consultent plus largement et confrontent les points de vue, intègrent les enjeux sociaux, économiques... arbitrent les efforts ou les avancées, font vivre l’émotion et… décident ! Nos politiques et nos militants sont des experts de la synthèse et de l’écoute, de la vie et de l’incarnation de la décision. C’est ce que nous voulons, c’est ce qui nous semble juste et efficace!

À la fin de ce mois, la MC va fêter son Secrétaire général, vice-président de l’ANMC, Jean Hermesse, qui partira à la pension. Cela ne signifiera pas qu’il se retirera de ses convictions ou de ses compétences expertes. Sans doute avions-nous au sein de notre organisation (organisation pour le monde de l’expertise et de la technocratie de la gestion) ou de notre mouvement mutualiste (mouvement pour nos militants, nos bénévoles engagés) une personnalité atypique, capable de concilier le monde de l’expertise en matière d’économie de la santé avec des convictions fortes sur la sécurité sociale, l’accessibilité, le respect des plus fragilisés… Les personnalités capables de faire cette synthèse entre conviction et expertise sont rares et précieuses. Dans les sphères relatives à l’environnement, au monde de la pauvreté, au bien-être individuel ou collectif, au monde du travail… nous avons tous des images de ces personnalités inspirantes. Merci à elles!

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