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Dans le miroir de la crise

Dans le miroir de la crise

À crise sanitaire, prise de conscience salutaire ? L’heure n’est pas aux bilans, mais la façon dont cette pandémie a déstabilisé notre société nous enseigne déjà plusieurs leçons. Dont l’importance de penser et d’investir dans nos systèmes de santé. 


On les appelle les « cygnes noirs », ces évènements improbables qui bouleversent tout sur leur passage. En quelques jours, la pandémie a tout mis sens dessus dessous : nos certitudes, nos routines, nos modes de vie, nos manières de voir et de travailler…  

Pour le meilleur ou pour le pire, le virus agit comme un révélateur. Les nuages de pollution qui disparaissent des images satellites des pays confinés devraient rester à jamais notre objectif. À l’instar des capitales qui retrouvent un ciel bleu, des cours d’eau redevenus transparents, la préoccupation de l’environnement (re)devient un maillon essentiel de notre réflexion sur l’après Covid-19. 

Mais le confinement met aussi en évidence les inégalités sociales qui nous divisent. Il ne faut pas avoir fait de grandes études pour se rendre compte que l’immense majorité des services indispensables pendant cette période sont les métiers les moins bien rémunérés et, malheureusement, souvent les moins bien considérés. 

Et comment ne pas évoquer la difficulté du confinement pour des personnes déjà coupées du monde en temps normal. Comment retisser ce lien social parfois si distendu ?  

Comment ne pas se poser la question de la qualité de vie de ceux qui se voient projetés à durée indéterminée dans du chômage temporaire ? Comment boucler ses fins de mois alors que c’est déjà si difficile en temps normal ? Quel sera le parent pauvre des choix à faire ? La santé ? Comme c’est souvent le cas…  

Aurions-nous pu anticiper ? Sans doute que non, mais cette crise peut aussi être un moment charnière pour réinterroger fondamentalement notre manière de voir la société, de la construire ensemble et de poser les bons choix collectifs.  

Renforcer la sécurité sociale 

Nous l’avons déjà dénoncé, les coupes budgétaires de ces dernières années ont souvent ciblé la sécurité sociale et la santé. La norme de croissance du budget des soins de santé a été rabotée… De nombreuses voix, de plus en plus fortes, se sont fait entendre pour mettre à mal une sécurité sociale qui coûterait plus que ce qu’elle rapporterait. 

Tout le monde a entendu parler des mardis des blouses blanches, mais les réponses apportées aux revendications des infirmières ont été parcellaires. La course à la rentabilité dans les hôpitaux mène manifestement à l’impasse. Le système de financement des hôpitaux semble être révolu et nous devrons ensemble résolument nous attaquer à sa modernisation.  

Impossible en temps de disette ? Le refinancement de la sécurité sociale et la mise en œuvre de plans de santé ambitieux peuvent s’envisager si les bons choix sont posés. Notre système doit être socialement juste, durable et fiscalement équitable.  

Il faut sortir du tabou de la question des impôts et de la justice fiscale. Réhabiliter le concept de cotisations sociales, retrouver des recettes fiscales. Selon la Comission européenne, une taxe sur les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) pourrait rapporter jusqu'à 1 milliard à la Belgique. De quoi déjà éponger une partie du déficit de l’État. Par ailleurs, il y a encore beaucoup d’argent en Belgique qui échappe à l’impôt. Lutter contre l’évasion et l’ingénierie fiscale et globaliser les revenus (travail, capital, immobilier) fourniraient de nouvelles recettes. La fiscalité sur le travail est déjà élevée, c’est vrai. Mais pas les autres types de revenus qui sont eux paradoxalement peu taxés par rapport aux pays voisins.  

Une vision partagée d’une santé forte 

La 6e réforme de l’État a accaparé toute notre énergie, à tous, tous niveaux de pouvoir et presque tous secteurs confondus. Nous n’avons eu de cesse de le clamer : à force de s’occuper de tuyauterie institutionnelle, nous avons laissé tomber les politiques. Les vraies. Les choix ambitieux en matière de santé publique ces dernières années ont été faibles.   

Il est temps de se mobiliser ensemble pour (re)construire une vision beaucoup plus globale de la santé. Dans son mémorandum, la MC appelait déjà à “ emprunter une voie résolument différente pour la santé et la prise en charge de la maladie. Les soins doivent être organisés selon une vision intégrale de la santé, basée sur les capacités de l’être humain et non sur sa maladie. La santé comporte plusieurs dimensions: être capable d’effectuer toutes les tâches de la vie quotidienne, se sentir bien dans sa tête ou encore être capable de participer pleinement à la société en tant que citoyen, en trouvant du sens à la vie ”.  

Cette crise nous donne l’occasion de changer notre vision des soins, d’être proactifs, d’anticiper et d’envisager des collaborations encore plus fortes entre les différentes lignes de soins.  

Par ailleurs, cette vision ne peut se développer que dans un cadre global qui tient compte de la santé dans toutes les politiques. Les déterminants de la santé sont connus depuis longtemps, mais cette crise les met à jour une fois de plus. 

 

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