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Et si les assurances hospitalisation n’étaient plus nécessaires ?

Et si les assurances hospitalisation n’étaient plus nécessaires ? © M. Detiffe

Depuis 14 ans, la Mutualité chrétienne analyse les factures de ses affiliés qui ont séjourné à l'hôpital ou ont subi une intervention en hospitalisation de jour. Forte de cette expérience, elle informe et conseille avec justesse les patients sur leurs droits, aide à faire respecter la réglementation en vigueur et alimente une réflexion pour une politique de soins de santé juste et accessible à tous. Cette année encore, notre baromètre hospitalier met en exergue une croissance incontrôlée des suppléments d’honoraires en hospitalisation classique ou de jour.


Cette année, la MC s'est penchée tout particulièrement sur douze interventions spécifiques parmi lesquelles l’accouchement, la pose d’une prothèse de hanche ou encore l'opération de la cataracte... Cette analyse livre, pour 2017, des résultats très étonnants. Une constante se dessine : en chambre individuelle, le coût – à charge du patient – ne cesse de se creuser par rapport à celui payé en chambre double/commune. Des exemples ? Un accouchement en chambre double ou commune coûte en moyenne 181 euros à la patiente, contre 1.390 euros en chambre individuelle. Pour la pose d’un pacemaker il faut compter environ 179 euros pour le patient qui choisit la chambre double ou commune. S’il opte pour une chambre individuelle, il lui faudra débourser 1.731 euros, soit près de dix fois plus. Personne ne peut justifier un tel écart.

Une santé à deux vitesses

Le baromètre hospitalier de la MC dresse un sombre tableau pour le patient. Une santé à deux vitesses semble s’installer lentement, mais sûrement dans notre pays. D'un côté, il y a les patients qui paient une assurance hospitalisation facultative coûteuse (ou qui en bénéficient via leur employeur) et, de l'autre, il y a tous ceux pour qui une hospitalisation représente un coût énorme, voire l’objet d’un report de soins. C’est une évolution que nous ne pouvons absolument pas tolérer en tant que mutualité. Cette différence s’accroit aussi par une orientation de l’offre des hôpitaux. En effet, ceux-ci, sous prétexte d’offrir un plus grand confort aux patients, augmentent le nombre de chambres individuelles par rapport aux chambres communes ou à deux lits, pour lesquelles les suppléments de chambre et d’honoraires sont interdits.

La chambre individuelle comme norme

D'après un sondage que nous avons mené en 2015 auprès de plus de 50.000 de nos affiliés, 73% d'entre eux ont dit préférer séjourner en chambre individuelle. Pour nos membres âgés de 18 à 49 ans, ce chiffre atteint même 81%. Inspirés par nos membres et renforcés par la littérature professionnelle, nous préconisons que les hôpitaux offrent à l'avenir 80% de chambres individuelles et 20% de chambres communes. Cela nous semble un objectif sain à atteindre à long terme. À une condition toutefois : garantir l’accès à tous aux chambres individuelles… en supprimant les suppléments d’honoraires et en fixant des limites aux suppléments de chambre.

Vers la fin des assurances hospitalisation ?

Si nous extrapolons les chiffres de notre étude à l’ensemble de la population belge, les patients ont payé près de 1,4 milliard d’euros de leur poche à l’hôpital en 2017, dont – selon nos estimations – 541 millions d’euros de suppléments d’honoraires. Dans le même temps, les Belges (particuliers et employeurs) paient aujourd’hui environ 1,7 milliard d’euros de primes pour leurs assurances hospitalisation. En d’autres termes, si on parvenait à faire disparaître les suppléments d’honoraires, les assurances hospitalisation ne seraient, en définitive, plus nécessaires. De plus, les sommes ainsi libérées par les assurés et les employeurs pourraient être réinjectées dans l’assurance soins de santé obligatoire. On parviendrait de cette façon à refinancer correctement et de manière transparente tant les médecins que les structures hospitalières. En effet, la MC ne peut admettre que les hôpitaux se trouvent en difficultés financières. Et les médecins doivent, à juste titre, être correctement rémunérés. Le patient, comme le médecin ou l’hôpital, ont tout à y gagner. Les chambres individuelles deviendraient la norme, sans que personne n’ait à se préoccuper de sa facture d’hôpital.

En tant que mouvement social, à quelques mois des élections régionales, fédérales et européennes, la MC plaide pour une interdiction totale des suppléments d’honoraires en cas d’hospitalisation ! Afin que la santé ne devienne pas un luxe.

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