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Faire preuve de courage politique

Faire preuve de courage politique

La Conférence de Glasgow 2021 sur les changements climatiques (Cop 26) s’est achevée ce samedi 13 novembre sur un bilan mitigé. Les annonces enthousiastes des débuts ont finalement été rattrapées par la dure réalité des négociations politiques. Nous sommes de ceux qui veulent encore voir l'espoir. Mais le changement demandera davantage de courage politique. Ce qui pour le moment nous fait défaut.


La ville de New Delhi vient d'annoncer ce week-end un confinement pour ses 20 millions d'habitants. Fermeture des écoles, limitation des activités en plein air, télétravail, etc. La ritournelle est connue. Sauf que cette fois ce n'est pas la pandémie de coronavirus qui est en cause, mais… un nuage de particules fines. Le premier confinement de l'histoire pour cause de pollution atmosphérique ! Ce même week-end, une autre image très symbolique circulait également dans la presse : celle des larmes d'Alok Sharma, président de la Coop 26, au moment de présenter le résultat final de l'accord de Glasgow. Un accord largement édulcoré au regard des ambitions initialement affichées au début des négociations (dont la "sortie" du charbon, devenue une simple "réduction"). "Je comprends la profonde déception, mais il est également vital que nous protégions cet accord", déclarait-il à la presse internationale.

Faut-il encore rappeler l’impact du réchauffement climatique sur les équilibres fragiles de l'environnement et de la vie sur terre ? Aux dangers qu'il fait peser en matière de rehaussement du niveau de la mer, de crises migratoires, de tensions géopolitiques, s'ajoutent les menaces pour notre santé. "Le changement climatique est la plus grande menace sanitaire à laquelle l’humanité est confrontée", avertissait l'OMS dans un rapport publié peu avant l'ouverture de la Cop 26, accompagné d'une lettre ouverte co-signée par 45 millions de médecins à travers le monde (1). Lutter contre le changement climatique, plaide le rapport, c'est aussi se battre pour améliorer la qualité de l’air, préserver la diversité des systèmes alimentaires, prévenir de nouvelles propagations de maladies infectieuses (dont l'extension du paludisme ou la dengue), protéger la santé mentale du stress engendré par davantage de catastrophes naturelles… L'OMS alerte également sur l'impact plus conséquent et plus immédiat de ces menaces sur les populations fragiles qu’elles soient lointaines ou proches de nous.

Le temps d'agir

La crise climatique est source de tensions, de dysfonctionnements, d’inégalités et de souffrances qu'on ne peut plus ignorer. Les constats sont connus. L'heure n'est plus à se faire peur mais à agir. La pandémie a mis en évidence l’extrême fragilité de notre santé et de nos sociétés. Mais elle a aussi démontré que les effets immédiats, concrets et visibles des crises peuvent et doivent être des déclencheurs puissants pour des changements de paradigme. De même, les incendies, les sécheresses, les inondations qui se multiplient aujourd'hui doivent nous pousser sans plus attendre à passer à l'action et à refuser toute forme de fatalisme, derrière laquelle se cacherait une paresse intellectuelle ou un cynisme assumé.

À la veille de la Cop 26, la coalition climat, dont la MC fait partie, appelait à ce que la Belgique se positionne comme leader européen en mettant en place des politiques fortes en termes de justice sociale, de transition et d’investissements dans une économie durable (2). Au lieu de quoi, le seul spectacle que nous ayons donné est celui, affligeant, d'un tout petit pays se déchirant sur des questions communautaires en matière de répartition des objectifs climatiques.

Privilégier la mobilité douce, réduire la consommation de chauffage et d'électricité, acheter local, éviter les gaspillages, réduire les déchets … Tous les écogestes concrets des citoy ens sont indéniablement uti les et nécessaires, mais cela ne peut exonérer le pouvoir politique du poids écrasant de sa responsabilité. Dans un précédent éditorial consacré au Plan de relance économique qui doit permettre de la Belgique de se redresser de la crise sanitaire, nous nous inquiétions déjà du manque de vision forte sur les questions environnementales et de santé (3).

La fonction politique, guidée par les recommandations des scientifiques et les réflexions des penseurs de différentes discipli nes (sociologues, philosophes, pédagogiques, psychologues, etc.), doit prendre de la hauteur sur les enjeux économiques, électoraux, stratégiques, pour penser le bien commun. Le risque, si les politiques échouent, est aussi d'alimenter les clivages entre les populations et les générations.


(1)"COP26 special report on climate change and health: the health argument for climate action", 11 octobre 2021, OMS.
(2) "Et si la Belgique montrait l'exemple ?", En Marche, 29 septembre 2021.
(3) "Demain, c'est maintenant", Elisabeth Degryse, En Marche, 22 janvier 2021.

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