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Fête-t-on encore les "vieilles dames" ?

Fête-t-on encore les (c)Marc Detiffe

La "Sécu" a 75 ans… Les sentiments sont partagés. Si certains voudraient sans doute passer sous silence ce qui est pour eux un non-évènement, d’autres se réjouissent de cet anniversaire et font un bruit proportionnel à l’importance qu’ils y accordent.  


Certains anniversaires passent inaperçus. À partir d'un certain âge, on ne les fête plus. Poliment, on passe sous silence le caractère pénible d’une vieillesse mal assumée ou vécue dans une fragilité physique ou une précarité non souhaitée. Ou, au contraire, on se réunit dans l'allégresse pour célébrer la "vieille dame" qui, de son côté, est presque étonnée de ce moment et de pouvoir lever son verre de porto ou de bulles avec son conjoint, ses enfants, amis et voisins.

Tout le monde connait l’existence de cette "vieille dame", la sécurité sociale, car chacun l'apprécie et bénéficie de ses bienfaits. Mais savons-nous vraiment qui elle est ? Nous parlons souvent d'elle sans bien connaître son histoire, ni tout ce qu’elle fait encore pour nous.

Une figure protectrice
La sécurité sociale a été conçue par le trio mutualités/syndicats/organisations patronales en 1945. Dès sa naissance, elle a pour mission première d'assurer, par la solidarité, certains risques en  fournissant des revenus de remplacement et ainsi, de protéger les travailleurs salariés et de garantir la paix sociale. Autrement dit, la sécurité sociale est pensée comme un système d'assurance sociale, qui comprend des prestations ( chômage, allocations familiales, pensions…) visant à compléter ou remplacer le revenu professionnel du travailleur et le préserver des conséquences de certains risques sociaux.

En effet, le terme "assurance" implique la notion de risques contre lesquels chacun désire se protéger. Dans le cadre de la sécurité sociale, il s'agit de risques sociaux, c'est-à-dire tout événement empêchant la personne d'avoir un revenu professionnel. Dans ce cas, la sécurité sociale lui assure un revenu de remplacement. Elle peut ensuite recouvrir des risques affectant le niveau de vie de la personne: le coût des soins de santé par exemple, ou la charge de famille qui alourdissent les dépenses des ménages. La sécurité sociale assure alors un revenu de complément et la couverture des coûts des soins de santé.

La solidarité, toujours
On parle d'assurance sociale parce qu'il s'agit d'un système d'assurances : nous cotisons pour couvrir les risques que nous pourrions rencontrer au cours de notre vie. Au contraire des assurances privées, le principe est ici fondé sur la solidarité. Quand nous souscrivons une assurance privée, la prime est proportionnelle à l'importance du risque et la compagnie d'assurances peut refuser de prendre en charge un risque certain : on n'assure par exemple pas quelqu'un qui est déjà gravement malade. Avec la sécurité sociale, les cotisations s'effectuent en fonction des revenus: une personne présentant un risque élevé paiera des cotisations en fonction de son revenu, dans les mêmes proportions qu'une personne ne présentant qu'un risque faible.

Un jour, comme pour toutes les personnes âgées, certains prédiront que la "Sécu" nous quittera, après avoir bien vécu et durement travaillé, après avoir été parfois heureuse, parfois triste et blessée. Elle laissera à ses enfants et petits-enfants ses ambitions, ses désirs de perpétuer son histoire.… Cette notion de génération future nous renvoie à d’autres défis, lourds et inquiétants. Sans en comparer l’importance, le futur de nos systèmes, aussi bien environnementaux que sociaux et politiques, ne peut s'envisager sans une solidarité parfaitement assumée : solidarité entre les générations; solidarité entre les fragilisés par la maladie et les bien-portants; solidarité entre les travailleurs et les sans-emplois; solidarité, enfin, entre les plus nantis et les plus précarisés.

Penser l'avenir
Avec les plus jeunes, nous devons oser réinventer certains de ces mécanismes, et nous allons devoir les expliquer, en rappeler le sens premier. Mais nous ne pouvons y parvenir sans les acteurs organisés de la société. En ce qui concerne les soins de santé, ce sera avec les prestataires, nos mouvements et partenaires… Les analyses chiffrées et l’intelligence rationnelle des experts sont indispensables à la compréhension de ce qui a fait et de ce qui fera que la "Sécu" continue à garantir un maximum de bien-être à la population. Les équilibres se construisent toutefois dans le débat et rarement dans les décisions unilatérales de quelques technocrates. 

Chère Sécurité sociale, grâce à vous et à nos cotisations, nous avons pu réduire le taux de pauvreté en Belgique, qui atteint aujourd'hui les 15,5%. Malgré cela, trop de personnes doivent encore renoncer en Belgique à des soins de santé importants. Mais rappelons également que sans vous, ce taux de pauvreté avoisinerait les… 43,1 %.

Cette année de vos 75 ans, nous voulons pouvoir encore parler de vous avec respect et, surtout, au futur. Nous avons presque envie de vous tutoyer, car vous faites partie de nos vies et vous contribuez tant à notre bien-être qu'à celui de ceux qui nous sont chers, proches ou plus éloignés. Tout simplement, malgré les difficultés que nous vivons dans nos existences, vous contribuez largement à ce qu’elles ne soient pas insurmontables. Merci, donc et … qu’on se le dise… pas question que certains vous enterrent sans garantir avec vos successeurs la continuité de votre action au profit de tous.

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