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L’incapacité de travail, un enjeu à relever collectivement

L’incapacité de travail, un enjeu à relever collectivement Elisabeth Degryse, Vice-Présidente de la MC

La MC a mené une vaste étude auprès de membres qui ont connu une période d'incapacité de travail. L'objectif était de comprendre ce qui a causé leur incapacité, comment ils ont traversé cette période et ce qui a facilité ou, au contraire, freiné leur retour au travail. Nous en tirons une série de recommandations.


Les statistiques de l’incapacité de travail sont alarmantes : de 2004 à 2020, le nombre de personnes invalides (en incapacité depuis plus d'un an) a doublé, passant de 221.000 à 471.000. Nous faisons face à un énorme défi sociétal ! Mais il n’y a pas de fatalité : une politique ambitieuse peut prévenir le risque de tomber en incapacité de travail. Et un meilleur accompagnement dans le retour à une activité professionnelle peut prévenir les risques de rechute. Une telle politique ressort d’une responsabilité et d’une action collective. Elle ne peut reposer sur les seules épaules des travailleurs.

Éviter l'incapacité autant que possible

Promouvoir des conditions de travail visant le bien-être du travailleur et répondre à ses besoins sont les premières recommandations qui s'imposent à la lecture des résultats de notre étude (lire à ce propos "Incapacité de travail : ce qui disent ceux qui l’ont vécue"). Plus précisément, les adaptations doivent être pensées en fonction du type d’activités professionnelles afin de réduire la pénibilité physique dont souffrent les travailleurs qui effectuent des tâches manuelles ainsi que la charge de travail de ceux qui ont davantage de tâches intellectuelles ou occupent des positions dirigeantes. Le risque de tomber en incapacité de longue durée augmentant avec l’âge des travailleurs, des mesures sont également nécessaires pour que la dernière phase de la carrière puisse être vécue de manière positive et saine. Le crédit-temps fin de carrière partiel doit rester possible et cette période doit être assimilée pour le calcul de la pension.
Promouvoir un environnement de travail flexible qui permette de mieux concilier vie professionnelle et familiale ressort de la responsabilité des employeurs et du gouvernement fédéral. Prolonger le congé de maternité, améliorer les possibilités de télétravail, offrir un congé parental flexible, développer les services de garde d’enfants, faciliter la réduction du temps de travail lorsqu'elle est souhaitée… sont autant de pistes pour y parvenir.
Investir dans la santé mentale est aussi une urgence. Le gouvernement doit répondre à la demande d'une aide psychologique mieux remboursée pour empêcher les personnes de tomber en incapacité de travail (prévention primaire), les aider à se rétablir (prévention se condaire) et prévenir les rechutes à la reprise du travail (prévention tertiaire).

Les indemnités, une chute de revenus

Bénéficier d'une indemnité suffisamment élevée est également une condition indispensable au rétablissement. Il s'agit d'éviter que des personnes reprennent le travail trop tôt, par seule nécessité financière, alors que leur état de santé n'est pas bon. Dès lors, pour le calcul des indemnités, la MC propose notamment de sortir de la catégorie des cohabitants à la fois les personnes qualifiées à tort de cohabitantes alors qu'elles ne gèrent pas leurs dépenses ménagères en commun (colocataires) et celles qui cohabitent effectivement, mais dont le ménage se trouve déjà dans une situation de vulnérabilité financière.

Davantage d'information proactive

Les mutualités ont aussi un rôle important à jouer pour mieux soutenir les personnes en incapacité de travail. Dans sa vision stratégique de mutualité santé, la MC estime que le rôle d'accompagnateur (astuces, conseils, soutien) des médecins-conseils est primordial, à la fois dans l'évaluation de l'incapacité de travail, dans les trajets de réintégration, mais également dans le cadre du coaching des membres. Or, le médecin-conseil reste encore trop souvent perçu comme un médecin inspecteur.
Les mutualités, souligne notre étude, doivent poursuivre leurs efforts pour fournir une information proactive concernant les démarches administratives en veillant à expliquer, étape par étape, dans un langage clair et personnalisé, ce qu'il faut faire à chaque phase de l'incapacité de travail et/ou de la reprise du travail. De même, la MC est convaincue de la nécessité d'investir dans la digitalisation et l'échange électronique de données entre les acteurs du trajet de l'incapacité de travail pour faciliter au maximum la vie de ses membres.

Faciliter le retour au travail

Enfin, il nous semble fondamental que le gouvernement et les décideurs politiques incitent davantage les employeurs à réintégrer leurs travailleurs via la mise en place d'un cadre réellement adapté. D'après notre étude, 40% des répondants qui avaient besoin d'aménagements ne les ont pas obtenus. C'est interpellant. Il importe de sensibiliser les supérieurs hiérarchiques à l'importance d'une reprise progressive, et sans pression, du travail. En effet, s'il y a bien une chose que l'on peut faire tout de suite, c'est arrêter de stigmatiser les personnes en incapacité de travail. Arrêtons de faire peser la responsabilité sur les seules épaules des personnes malades. L'incapacité de travail, même quand elle est liée à la souffrance psychologique, ne doit pas être réduite à un problème individuel, dans la mesure où elle est aussi une conséquence, un miroir de ce qui se passe dans la société.

Travailleurs, mutualités, employeurs, pouvoirs publics... tous sont concernés par l'incapacité de travail. La responsabilité est collective et incombe à la société tout entière. Elle nécessite un changement de paradigme

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