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L'inclusion, au-delà des mots

L'inclusion, au-delà des mots

Les droits des personnes handicapées seront désormais inscrits dans la Constitution belge. Au-delà de cet acte législatif, rendre notre société inclusive exige un changement de regard collectif pour nous faire voir la différence comme une richesse


Après le Sénat, la Chambre a approuvé ce vendredi 12 mars un projet de révision de la Constitution qui consacre le droit des personnes handicapées à participer pleinement à la société. Il insère un article 22ter dans la Constitution. Réclamé depuis longtemps par les associations représentant les personnes handicapées, dont Altéo, il établit que "chaque personne en situation de handicap a le droit à une pleine inclusion dans la société, y compris le droit à des aménagements raisonnables". Une semaine plus tard – le 19 mars - le Conseil des ministres donnait son accord de principe pour confier à la ministre fédérale en charge des personnes handicapées, Karine Lalieux, la mission de développer la stratégie interfédérale handicap (2021-2030) et le Plan d'action fédéral handicap (2021-2024). La réflexion et les actions concrètes qui en découleront visent à supprimer, de manière structurée et progressive, tous les obstacles auxquels se heurtent encore aujourd’hui les personnes en situation de handicap pour vivre leur vie pleinement et de manière indépendante. 

On peut s’étonner que tout cela n'aboutisse que maintenant, en 2021, alors que l'inclusion est une valeur prônée depuis 2009 par la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées. Mais on peut aussi se réjouir de tout ce que ce symbole signifie, de l’ambition politique affichée par le gouvernement fédéral aussi. Nous l’espérons en tout cas. 

De l’intégration à l’inclusion

Par “personnes handicapées ”, la Convention des Nations Unies vise “ les personnes qui présentent des incapacités physiques, mentales, intellectuelles ou sensorielles durables dont l’interaction avec diverses barrières peut faire obstacle à leur pleine et effective participation à la société sur la base de l’égalité avec les autres. ” Cette définition  peut donc concerner tout à la fois les personnes reconnues en situation de handicap et celles en situation de maladie grave et chronique. La convention retient le handicap comme une expérience humaine universelle, non comme le problème d’une minorité. Il s’agit donc de passer du modèle de l’intégration à l’inclusion. “ Quand nous parlons d’intégration, il s’agit d’un mouvement induit par les personnes en situation de handicap et leur entourage pour rejoindre la vie sociale ordinaire ”, observe Alice Piérard, auteure d’uneanalyse publiée en 2015 sur le site de l'Unionfrancophone des associations de parents de l'enseignement catholique. Inclure, c’est inscrire la personne dans le tissu social sans chercher d’uniformité, mais en visant l’adaptation de l’environnement pour l’accueillir. “ L’inclusion est un principe idéal qui nous permettrait de croire que toutes les personnes différentes auraient accès à tous les services ordinaires avec un accueil personnalisé et le soutien adapté. ”

Pour une société plus inclusive, comme présentés dans son article 3, les principes de la Convention relative aux droits des personnes handicapées sont “ le respect de la dignité intrinsèque, de l’autonomie individuelle - y compris la liberté de faire ses propres choix - et de l’indépendance des personnes; la non-discrimination; la participation et l’intégration pleines et effectives à la société; le respect de la différence et l’acceptation des personnes handicapées comme faisant partie de la diversité humaine et de l’humanité; l’égalité des chances; l’accessibilité; l’égalité entre les hommes et les femmes; le respect du développement des capacités de l’enfant handicapé et le respect du droit des enfants handicapés à préserver leur identité. ”

S'adapter à tous les citoyens

La MC, à travers ses mouvements, et particulièrement Altéo en ce qui concerne le droit des personnes en situation de handicap, promeut une approche de la santé multiple, sans stéréotypes, ne s’appuyant ni sur une norme ni sur un étalon. Une société inclusive s'adapte à tous ses citoyens et non l'inverse, en tenant compte des spécificités de chacun. Nous sommes tous des êtres singuliers qui grandissons grâce au collectif. Cette société est à construire ensemble, petit à petit. Elle génère de l'entraide, du partage, de la solidarité, pour le plus grand bénéfice de tous. Au-delà de l’égalité, elle prône l’équité. 

La participation de chacun à sa propre santé et à la santé collective est déterminante. Cela se fait en tenant compte de la place et de la capacité de chacun, mais aussi de ses projets, ses activités, ses émotions, ses envies …“ Qu’est-ce que prendre le parti de l’hétérogénéité sinon défendre le droit pour tous de rechercher à vivre ensemble dans la meilleure harmonie ? ” s’interroge le philosophe Jean Hastier. Laurent Ott, éducateur et philosophe, nous invite quant à lui à porter notre ambition plus loin, à ne pas considérer l’hétérogénéité comme normale, mais d’en faire un but en soi, une mission de la communauté : produire le plus de différences possibles pour enrichir l’humain. 

La maladie et les limitations fonctionnelles font partie de nos existences. Créons ensemble toutes les conditions qui donnent le droit à chacun de trouver sa place dans notre société dans tous les domaines : vie privée, scolaire, professionnelle, loisirs, etc.  Et ne nous arrêtons pas aux récentes avancées législatives, aussi importantes soient-elles.  Profitons-en pour célébrer les richesses qu’apporte la diversité.

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