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La santé, un bien universel !

La santé, un bien universel ! © M. Detiffe

La lutte contre le Covid-19 ne peut être remportée que si l’ensemble des populations mondiales ont un accès équitable aux vaccins.


Il y a deux mois, Elisabeth Degryse, Vice-présidente de la MC, titrait son édito sur La santé, patrimoine de l’humanité (voir En Marchen°1665). Le vaccin pointait son nez, et déjà le débat sur son accessibilité s’ouvrait avec force. Pour vaincre la pandémie nous étions déjà bien conscients à l’époque du défi qui se posait à nous : assurer l’accès aux campagnes de vaccination auprès de nos populations, avec une attention particulière aux plus fragilisés. Mais aussi, au-delà de nos rues, de nos quartiers, garantir aux populations appartenant à ces parties du monde qui sont trop peu sujettes à nos préoccupations, un accès équitable aux vaccins. En Belgique, la gratuité du vaccin a pu être acquise grâce à notre système de sécurité sociale. À côté de l’aspect financier, on soulignera aussi que les dispositifs de vaccination, même s’ils doivent être améliorés, ont été pensés pour être géographiquement accessibles. Nous avons cela, mais nous voulons plus ! Le débat a fait rage, souvent à juste titre, sur les priorités à accorder aux publics fragilisés par la maladie, par l’âge, exposés en raison de leur situation professionnelle, etc. Mais dans cette équation, il ne faudrait pas oublier les personnes sans logements, sans-papiers, et plus généralement toutes les populations situées à la marge du système, moins enclines à entrer dans des dispositifs organisés. L’adhésion et la participation de la population, rappelons-le également, ne se gagneront pas sans passer par la transparence et l’accès à l’information. Une information qui doit d’être adaptée aux besoins des populations au-delà des obstacles socio-économiques, linguistiques et des fractures numériques.

Regarder plus loin

Pour remporter la partie, il nous faudra aussi ouvrir le champ plus largement, au-delà des frontières et des mentalités étriquées du chacun pour soi. La pandémie nous rappelle que, dans ce monde décloisonné qui est le nôtre, nous sommes plus que jamais interdépendants les uns des autres. Sur les 128 millions de doses de vaccin administrées jusqu’à présent, plus des trois quarts sont allées à une dizaine de pays qui comptent pour 60% du PIB mondial, détaille l’OMS dans un communiqué du 10 février. "Le monde est au bord d’un échec moral catastrophique, et le prix de cet échec sera payé par les vies et les moyens de subsistance dans les pays les plus pauvres du monde"condamnait en janvier, le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Le dispositif Covax codirigé par l’OMS qui permet l’achat groupé et la distribution équitable des vaccins quelle que soit la capacité des États participants ne peut pas être mis en péril à cause d’une forme de "nationalisme vaccinal". Une autre voie pour atteindre cette couverture mondiale serait de déroger à la propriété intellectuelle qui protège les brevets jusqu’à la fin de la pandémie, comme l’ont proposé notamment l’Afrique du Sud et l’Inde à l’OMC en octobre dernier. Autrement dit, considérer les vaccins comme une forme de bien commun de l’humanité.

Au-delà de l’aspect éthique, l’enjeu de la solidarité internationale est aussi pragmatique : les virus se soucient peu des frontières et plus ils circulent, plus ils mutent. Libérer les brevets permettrait également de sécuriser l’approvisionnement puisque la production pourrait être assurée par des usines de pays émergents. Si l’industrie estime que le système de brevets permet d’encourager l’innovation en la récompensant financièrement, rappelons que beaucoup d’argent public est investi, dans la recherche en général, et dans la lutte contre le Covid-19 en particulier. Par ailleurs, ces entreprises en retireront des bénéfices plantureux. Moderna vient d’annoncer un chiffre d’affaires estimé à 18,4 milliards de dollars en 2021 et Pfizer 15 milliards. (1)

Le droit d’être soigné

Il est possible de faire bouger les lignes de cette question d’accessibilité mondiale sans pour autant fragiliser en rien nos dispositifs locaux, régionaux ou nationaux. Une initiative citoyenne européenne a été introduite pour rendre les vaccins accessibles à tous. Ce mécanisme – introduit dans le cadre du traité de Lisbonne pour répondre à un enjeu démocratique impose à la Commission européenne d’examiner toute proposition qui parvient à récolter un million de signatures dans un quart des pays européens. 

Les demandes de l’initiative citoyenne européenne portent autour de la propriété intellectuelle (les brevets ne peuvent pas empêcher l’accès aux soins), de la transparence (coûts de production, financements publics, etc.), du partage des connaissances scientifiques et de la disponibilité des vaccins. Tout ça est détaillé en suivant le lien : noprofitonpandemic.eu

La santé est un droit universel, pour nos voisins de quartier mais aussi pour nos voisins de continent. C’est une évidence rationnelle dans notre monde hyperconnecté. C’est une nécessité éthique au regard de notre humanité.


(1) "Coronavirus: les producteurs de vaccins engrangent des milliards de dollars de chiffre d’af-faires", Le Soir, 25 février 2021

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