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La solidarité, aussi dans la fiscalité

La solidarité, aussi dans la fiscalité ©Louise Degryse

Pour sortir de la crise la tête haute, il faudra trouver des moyens ambitieux ailleurs que dans l’endettement des États et faire participer “les épaules les plus larges” à l’effort collectif.


La crise s’éternise depuis 10 mois. La lassitude s’installe, l’hiver sombre n’aide pas à dissiper le marasme ambiant. Ces perspectives sont peu réjouissantes… Il faut sauver la santé et l’économie. “Il faut sauver les meubles”, se répète-t-on comme un mantra. Et les déficits des États se creusent à coup d’aides accordées à la majorité des secteurs impactés
par la crise.
L’urgence est là… Personne ne peut se permettre un naufrage, ni en termes de santé publique ni en termes d’économie. Les mesures transitoires de soutien à l’emploi et aux entreprises ont permis jusqu’à présent d’éviter la casse. Mais si la reprise économique n’est pas au rendez-vous quand ces aides arriveront à expiration, ce sont pas moins de 50.000 entreprises qui risqueraient la faillite en Belgique (1). À long terme, les dégâts sociaux pourraient s’avérer encore plus violents que les problèmes sanitaires.
Sur bien des aspects, cette crise a mis en lumière la fragilité de nos économies. Elle a démontré combien nous étions dépendants d’importations massives de biens que nous ne produisions plus. Notamment dans le secteur des médicaments, dont la production a largement été délocalisée en Asie.

Cette crise est aussi, jugent certains observateurs, un doux euphémisme face à ce qui nous attend si on ne réagit pas avec plus de conviction face aux défis climatiques. Environnement et santé sont interdépendants. C’est au départ de notre rapport à la nature que les zoonoses se répandent. La déforestation, l’élevage intensif, l’augmentation de nos interactions avec le monde animal nous ont rendu vulnérables face à l’apparition de nouveaux virus. Mais cette crise est aussi une opportunité de réécrire notre histoire. L’Europe a montré la voie à suivre avec le Green deal, Pacte vert qui a pour ambition de rendre l’Europe climatiquement neutre d’ici 2050. Emploi, santé et climat. Cette crise sanitaire et économique doit devenir une opportunité de réécrire cet algorithme : consommer local, travailler local, préserver la santé et protéger la planète.

Justice fiscale : l’heure des choix

Quand les annonces qui se succèdent laissent croire qu’il n’existe pas d’autres moyens que l’endettement perpétuel des États pour financer la relance, comment s’autoriser à rêver d’un vrai renouveau ? Trouver de l’argent, c’est d’abord un choix… Celui d’une fiscalité plus juste.

Notre gouvernement fédéral a affiché sa volonté de “faire contribuer les épaules les plus larges”. Bonne nouvelle, un projet est déjà sur la table. En l’espèce, il s’agit d’une taxe sur les comptes titres. Le retour attendu devrait avoisiner les 400 millions d’euros et être en priorité dévolu aux soins de santé. Mais c’est une bien maigre poire pour la soif face aux 45 milliards de déficits annoncés pour le budget de l’État. Face à l’ampleur des défis à rencontrer, l’heure n’est plus à la timidité… De l’ambition, c’est aussi ce que revendique l’eurodéputé français Pierre Larrouturou, qui pendant 18 jours, a mené une grève de la faim dans l’enceinte du Parlement européen pour réclamer une taxe sur les transactions financières. Le parlementaire, qui est aussi rapporteur pour le budget européen, estime qu’une taxe de 0,1% sur les transactions financières pourrait rapporter 57 milliards d’euros annuels à l’Europe. De quoi, justement, financer en partie la relance et le Green deal

À l’heure de trouver de nouvelles ressources, les regards se tournent aussi vers les géants du web que sont les Gafam (2). Entre la fermeture des magasins et le télétravail, la crise du Covid a sans doute poussé les derniers récalcitrants dans les bras d’Amazon ou de Google. Malgré les appels réguliers à consommer local, relayé par nos gouvernements, il faut bien reconnaître que les camionnettes de livraison sillonnent un peu plus nos rues à chaque (re)confinement. Le digital a pris une place gigantesque dans nos vies et les géants du web sont les premiers à en tirer de plantureux profits. Mais au contraire des commerces locaux, qui s’acquittent de leurs impôts là où leur activité est établie, ces acteurs du numérique peuvent jouer d’ingénierie pour établir leurs activités là où le régime fiscal est le plus favorable. La Commission européenne estime à plus de cinq milliards d’euros les bénéfices que pourrait rapporter une telle taxe. Si un accord ne peut être trouvé à l’échelle supranationale – la plus pertinente sur ces questions de fiscalité transfrontalière – le gouvernement belge s’engage à l’inscrire dans son budget… 2023. La crise ne pourrait-elle nous inviter à faire preuve d’un peu plus d’audace ?


(1) “ Baromètre de la relance : la bombe à retardement des faillites menace la reprise en 2021”, Le Soir, 13 novembre 2020
(2) Gafam : Google, Amazone, Facebook, Apple, Microsoft

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