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Le changement, c'est maintenant !

Le changement, c'est maintenant !

Nous sommes plongés dans une crise sanitaire mondiale. Le temps, le trafic, les fêtes, le travail, les liens sociaux… sont suspendus. La terre a arrêté de tourner. Nous sommes confinés, inquiets, angoissés… Comment en sortir ? Comment éviter de retomber ? C’est maintenant qu’il faut choisir l’avenir que nous voulons.


C’est absolument inédit, totalement incroyable ! Personne n’a imaginé à quel point nos vies, notre vivre ensemble, notre économie, nos projets, notre système de soins seraient mis en question par un petit virus. Malgré tous les progrès technologiques, notre énorme savoir scientifique, nos capacités informatiques et financières phénoménales, la seule réponse efficace est celle de la mise en quarantaine préventive, l’isolement et le contrôle sanitaire comme au Moyen-Âge. Le confinement nous protège les uns des autres mais, s’il réduit bien la contagion, un confinement trop long risque finalement de provoquer plus de décès que d’en éviter. Suite à l’appel de ne pas encombrer les hôpitaux, les patients présentant des pathologies graves ne s’y rendent pas à temps. Les malades cardiaques, les personnes qui font un AVC, les patients atteintes d’un cancer retardent les visites médicales. Les malades chroniques sont moins bien suivis. Les troubles anxieux, les dépressions, les crises suicidaires sont en forte augmentation, sans parler des problèmes sociaux. Sortir du confinement est une question de survie humaine et sociale. Mais pour éviter de retomber, nous devons résolument opter pour une autre organisation de soins, de nouvelles habitudes de vie, une société plus centrée sur la qualité de vie que sur la quantité et l’avoir. 

Investir dans une structure de protection sanitaire forte

Pour sortir sans angoisse, oser faire la fête, s’embrasser sans inquiétude et éviter un retour au confinement qui serait catastrophique, nous avons besoin d’une structure de protection sanitaire organisée et forte. Nous bénéficions d’un excellent système de soins, de personnel soignant et médical formé et dévoué, d’équipements de pointe pour soigner les malades, mais en amont notre système de santé publique a été délaissé. Pour nous protéger contre la propagation du Covid-19, et demain d’autres virus, il faut investir dans une structure coordonnée et décentralisée de dépistage massif, du matériel de protection pour les soignants et la population, un système de traçage et d’information proportionné, un vaccin mondialement accessible. Nous proposons d’investir au moins 1% du budget des soins de santé, soit 275 millions euros pour financer cette structure de protection sanitaire. Elle protègera les habitants, les soignants et l’économie et nous rendra confiants.

Sortir les soins de l’organisation en silos

Financé par la solidarité, notre système de soins est excellent. Nous y consacrons 10% de notre richesse nationale (45 milliards d’euros) chaque année. Pourtant l’organisation de la réponse au Covid-19 n’a pas été optimale. Il est vrai que tous les pays ont été surpris par la vitesse de la contagion et la morbidité associée. Mais, en Belgique, depuis de nombreuses années, nous dénonçons une politique de santé trop morcelée. Chaque secteur de soins se bat pour ses propres intérêts. Ce manque de transversalité a handicapé la lutte contre la pandémie. Nous avons concentré tous nos efforts sur les hôpitaux, négligeant les maisons de repos et les soins à domicile. Une organisation coordonnée impliquant tous les acteurs de soins, première ligne, hôpitaux, soins résidentiels pour les personnes âgées dans chaque réseau hospitalier garantirait une lutte plus efficace. Une approche transversale permettrait plus facilement la réallocation du personnel soignant vers les lieux à risque. Désigner un hôpital de référence par réseau pour la lutte contre les épidémies permettrait de maintenir une capacité de soins suffisante pour les autres patients. Partager les téléconsultations et les télésurveillances avec la première ligne faciliterait le suivi des malades chroniques. Coordonner de manière permanente la politique de prévention entre les niveaux de pouvoir devrait devenir la règle. Notre territoire est si densément peuplé qu’il est illusoire de protéger une région d’une épidémie sans coordination et concertation avec les autres.

Choisir la qualité de la vie 

En déstabilisant notre quotidien, le confinement démontre l’importance de lutter contre les inégalités socio-économiques et de genre qui affaiblissent le degré de résistance des populations aux épidémies, de revaloriser les métiers indispensables et nous force à retrouver des valeurs et des comportements essentiels. Est-ce que ces “ découvertes ”, ces fenêtres ouvertes sur une autre société vont se refermer après la crise ?  Pourquoi ne pas poursuivre ? Investir dans plus d’espaces verts, de parcs, de rues piétonnes permettant la distanciation sociale et la convivialité ? Soutenir les producteurs, agriculteurs, artisans locaux nous rendant moins dépendants de la mondialisation et de ses risques, consommer et se déplacer de manière plus durable ? Garantir une allocation universelle à chacun plutôt que multiplier des statuts de remplacement ad hoc ? 

Nous ne sortirons pas de cette crise sanitaire et économique en appliquant les vieilles recettes. Le vrai risque, c’est de ne pas adapter nos comportements, notre organisation de soins, notre projet politique. Opter pour la qualité de la vie, ce n’est pas un choix, c’est une nécessité et c’est maintenant ! 

 

 

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