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Prévention et promotion de la santé, parents pauvres des politiques de santé

Prévention et promotion de la santé, parents pauvres des politiques de santé

La MC publie les résultats d’une analyse (1) sur la place des actions de prévention et de promotion de la santé en Belgique. Le constat interpelle. Impossible de dégager une vision globale : les matières sont éclatées, à l’image du découpage institutionnel de notre pays. La prévention et la promotion de la santé occupent, en outre, une place mineure dans les politiques budgétaires.


Dans la crise sanitaire qui nous occupe actuellement, les actions mises en place depuis des années relatives à la vaccination contribuent aujourd’hui à limiter le nombre de vaccinosceptiques au sein de la population et à garantir ainsi une plus grande couverture vaccinale contre le Covid-19. Cependant, le fait que très peu de place soit accordée à la prévention a aussi des conséquences sur notre capacité à réagir en cas de crise sanitaire. On a découvert, par exemple, que la gestion du matériel de protection a été soumise au principe de rentabilité et, en fin de compte, fondamentalement inadaptée au contexte de pandémie.
Or, l’un des objectifs principaux des actions de prévention est d’éviter une maladie ou ses éventuelles complications, et donc de réduire les soins curatifs et les traitements médicamenteux.

Place mineure dans les politiques

La prévention occupe une place mineure dans les politiques budgétaires de santé au niveau fédéral ainsi qu’au niveau des entités fédérées. À peine 2% des dépenses en soins de santé seraient liées à la prévention et la promotion de la santé, soit à peine 0,17% du PIB (sachant que les dépenses totales de santé constituent 10,3% du PIB). Ce chiffre contraste avec les pourcentages de dépenses consacrées à d’autres fonctions tels que les soins curatifs et de réadaptations dispensés dans les hôpitaux (29,5%), les soins fournis aux patients qui n’ont pas été admis à l’hôpital (26,2%), les soins de longue durée (22,6%) ou encore les médicaments et dispositifs médicaux (16,5%) en dehors des hôpitaux.

On note également des résultats insuffisants sur plusieurs indicateurs de santé et des disparités importantes entre les régions, en ce qui concerne la vaccination contre la grippe ou le dépistage du cancer du sein par exemple. De plus, les inégalités socio-économiques influencent fortement le recours aux soins préventifs. Quant à la mortalité potentiellement évitable grâce aux politiques de santé, selon un rapport du Centre fédéral d'expertise en soins de santé sur la performance du système de santé belge (2), elle est plus élevée en Belgique que dans beaucoup d’autres pays européens, avec également des différences régionales notables. Il semble judicieux de se demander dans quelle mesure ces disparités sont le résultat de la façon dont les questions de prévention et de promotion de la santé sont gérées dans un cadre institutionnel éclaté.

Davantage de maîtrise de sa propre santé

Face aux enjeux à venir tels que le vieillissement de la population, l’accroissement des inégalités sociales de santé, le nombre croissant de personnes en incapacité de travail, etc., la prévention et la promotion de la santé au sens large sont indispensables. Il s'agit de donner aux individus davantage de maîtrise de leur propre santé et des moyens pour l’améliorer. Raison pour laquelle, à la MC, nous mettons tout en oeuvre pour que nos membres soient acteurs de leur santé.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, "la santé exige un certain nombre de conditions et de ressources préalables : se loger, accéder à l’éducation, se nourrir convenablement, disposer d’un certain revenu, bénéficier d’un écosystème stable, compter sur un apport durable de ressources, avoir droit à la justice sociale et à un traitement équitable." (3)
La santé doit être considérée non seulement sur le plan individuel (le comportement des personnes, leurs modes de vie, l’activité physique, etc.) mais aussi sur le plan communautaire (les liens sociaux comme facteur favorable de la santé, l'accessibilité à des produits de qualité, etc.) et d'un point de vue global (où les décisions politiques influencent directement la santé de la population). Pour agir sur la santé des concitoyens au sens large, il est crucial d’agir sur les déterminants sociaux et d’inclure la "santé dans toutes les politiques" (Health in all policies) en tenant compte systématiquement des conséquences sanitaires des décisions politiques.
Les résultats de notre analyse doivent encourager le gouvernement fédéral – qui s’est engagé à réformer en profondeur notre système de soins de santé – à investir dans une vision gobale. Nous attendons beaucoup de la bonne initiative reprise dans l'accord de gouvernement qui fixe des objectifs de santé afin de déterminer la politique de santé. L'un des objectifs est, notamment, de réduire l'écart de santé - la différence d'années de vie en bonne santé entre les groupes de population les plus et les moins vulnérables - de 25% d'ici 2030.


À la MC, en tant que cogestionnaires de la sécurité sociale et comme organisation de membres, nous travaillons déjà à la définition de ces objectifs de santé dans l’idée de contribuer à la politique qui sera menée, tout en restant vigilant sur une série de points d’attention et de combats que nous portons et menons depuis plusieurs années.


1) "Vision, structure et financement de la prévention et promotion de la santé en Belgique", Svetlana Sholokhova, service d’études de la MC. Les résultats de cette étude ont été publiés dans MC Informations n°283 de mars 2021. A lire sur mc.be (actualité).
(2) "Performance du système de santé belge – rapport 2019 ", KCE rapport 313B, A lire sur kce.fgov.be
(3) En 1986.




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