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Qui “profitera” du boni des soins de santé ?

Qui “profitera” du boni des soins de santé ? © M. Detiffe

Les comptes 2018 sont définitifs : le budget des soins de santé affiche un bénéfice de 100 millions d’euros ! Faut-il vraiment s’en réjouir ? Ce résultat global positif cache en réalité des évolutions très contestables et des choix politiques discutables. 


Les comptes définitifs du budget des soins de santé de l’année précédente sont connus en avril. L’analyse de ces résultats est essentielle pour décider d’éventuelles mesures correctrices dans les secteurs en dépassement ou envisager de nouvelles initiatives si un boni se dégage. C’est aussi à partir de ces résultats que l’on va construire le budget de l’année suivante. Malgré un budget teinté d’austérité, 2018 se termine avec un résultat étonnamment positif. Mais à y regarder de plus près, ces 100 millions d'euros de boni sont loin de refléter de bonnes nouvelles. 

Dérapage au rayon médicaments

Les dépenses totales en soins de santé en 2018 ont été inférieures de 100 millions d’euros par rapport au budget fixé à 25,1 milliards d’euros. Ce solde n’est cependant pas positif partout. En effet, dans le secteur des médicaments, les dépenses ont largement dépassé le budget pré­vu. Le dérapage s'élève à près de 400 millions d’euros ! Ce chiffre n'étonne guère puisque ces dernières années, le budget consacré aux médicaments a toujours été dépassé. Cumulé, cela fait près d'un milliard d'euros entre 2015 et 2018. Ce trou est principalement imputable à l’explosion des dépenses pour les médi­caments dits innovants. Nous sommes bien sûr favorables au progrès. Lorsqu'un nouveau médicament est vraiment efficace, c'est une bonne chose que les patients y aient rapidement accès. Mais ce n'est pas parce qu'un médicament est nouveau qu'il est forcément innovant. Certains n'offrent pas ou peu de plus-value thérapeutique quand on les compare avec d'autres traitements déjà disponibles. Entretemps, la sécurité sociale paie ces médicaments au prix fort. 

Une sous-consommation de soins ? 

Si le budget total des soins de santé reste malgré tout dans le vert en 2018, c’est uniquement grâce aux 500 millions d’euros qui n’ont pas été dépensés dans les autres secteurs : honoraires médicaux, hôpitaux, dentistes, soins infirmi­ers, kinés… Nous craignons que ces données 

témoignent tout simplement d’un ralentissement de la consommation de soins en raison des coûts. Ce serait un phénomène de report de soins, ce qui n’est donc pas nécessairement une bonne nouvelle. 

Les économies réalisées dans ces secteurs de soins ont donc financé la croissance énorme du budget des médicaments. Si celui-ci avait été mieux maitrisé, nous aurions terminé l’année 2018 avec un boni de plus de 500 millions d’euros. 

Cette situation financière globalement positive laisse un goût amer par rapport aux mesures d’économie imposées aux patients (pour rappel 24 millions d’euros de tickets modérateurs en plus pour les antibiotiques par exemple). Surtout quand on sait que la marge béné­ficiaire du secteur pharmaceutique s’élève à 20% !

Qui va profiter du boni 2019 ?

En établissant le budget 2019, nous avions dénoncé le risque que le déficit pharmaceutique ne mange toutes les marges positives réalisées dans les autres secteurs. Ce scénario s’est confirmé en 2018 et va se reproduire en 2019 si de nouvelles mesures d’économie ne sont pas prises vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique. 

Alors que, depuis plusieurs années, le budget des soins de santé est à la diète, qu’enfin un solde positif se dégage pour de nouvelles initiatives, les efforts consentis auraient pu permettre de mieux financer les hygiénistes dentaires, les assistants de pratique générale, les optométristes, la psychothérapie, les soins dentaires, voire régler le sous-financement des hôpitaux et mettre fin aux suppléments d’honoraires à l’hôpital. In fine, c’est l’industrie pharmaceutique qui en profitera.

L’enjeu politique de 2020

L’année 2019 est une année d’élections, une année perdue. Tout le monde sait que des choix politiques devront être pris pour le budget 2020. Le futur gouvernement fédéral va-t-il encore imposer des économies dans les soins de santé ? Va-t-on régler le déficit de l’État en diminuant encore le budget de la sécurité sociale ou en organisant une cotisation prélevée sur l’ensemble des revenus ? La croissance du secteur pharmaceutique sera-t-elle enfin maîtrisée ? Va-t-on imposer plus de transparence et de modération sur les prix des médicaments innovants ? Va-t-on enfin dégager une marge pour les initiatives qui améliorent l’accès et la qualité aux soins de première ligne, également nécessaire à l’équilibre financier des hôpitaux ?

Le boni 2018 en soins de santé entrouvre des perspectives positives pour le développement de notre système de soins. À condition de maîtriser le budget des mé­dicaments et de prendre des mesures pour améliorer l’accès aux soins. C’est une question de choix et de volonté politique. Sinon, ce sont les patients qui paieront davantage encore. 

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