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Réguler les coûts de l'hospitalisation

Réguler les coûts de l'hospitalisation

En 2018, les coûts à l’hôpital ont à nouveau augmenté fortement. C’est consternant. D’année en année nous posons le même constat, le patient paie plus de sa poche, les primes d’assurances augmentent, la médecine à deux vitesses progresse, la privatisation des soins hospitaliers s’étend... Pourtant cette régression sociale n’est pas inéluctable. Nous pouvons décider d’interdire les suppléments d’honoraires à l’hôpital, c’est une question de choix politique.

 


Comme chaque année, nous avons analysé les factures d’hospitalisation à charge des patients selon l’hôpital, le type de chambre, la pathologie … Et les constats se répètent : le coût en chambre privée augmente principalement à cause des suppléments d’honoraires et on observe des variations importantes entre les hôpitaux sans lien avec la qualité des soins. Ainsi, le coût pour un accouchement en chambre à un lit peut varier de 1.395 euros à 3.106 euros alors qu’en chambre à deux lits, il oscille de 136 euros à 264 euros. Cette hausse continue de la facture rend les soins moins accessibles et aggrave  les inégalités en matière de santé.

La Belgique, mauvaise élève

Comparé aux pays voisins et proches de notre niveau de vie, le coût des soins à charge des patients est élevé en Belgique : 22% du coût total de la santé, soit 10 milliards d’euros ! Tickets modérateurs, suppléments d’honoraires, médicaments non remboursés, soins dentaires, lunettes, appareils auditifs … la part des dépenses de santé pèse lourdement sur le budget des ménages. De plus en plus de patients sont contraints  de reporter des soins ou d’y renoncer. Les comparaisons européennes sont éloquentes, les personnes ayant les revenus les plus faibles en Belgique, rapportent plus de besoins non satisfaits et doivent attendre plus longtemps pour des soins, voire, basculent dans la pauvreté lorsqu’elles sont confrontées à de graves problèmes de santé. La Belgique est le dernier pays européen à autoriser des suppléments d’honoraires en chambre à un lit. Dans de nombreux pays européens, la chambre individuelle est devenue le standard pour tous les patients.

L’insécurité tarifaire réapparaît dans les chambres à deux lits

Depuis que nous dénonçons cette spirale croissante , en 2015, on a réussi à faire interdire tout supplément d’honoraires en chambre à deux lits. Nous avons aussi exigé que de nouvelles mesures soient prises pour mieux encadrer le coût de l’hospitalisation en chambre à un lit. Malheureusement, à ce jour, aucune avancée n’a été réalisée :pas d’interdiction des suppléments d’honoraires pour les actes médicotechniques (analyses, prises de sang, examens radiologiques…), pas d’obligation d’ annoncer clairement le coût estimé de l’intervention et du séjour avant l’hospitalisation. Au contraire, l’étude des factures de 2018 montre que de nouvelles pratiques douteuses apparaissent. Pour les admissions classiques où l'on compte de la chirurgie plastique déjà remboursée par l'assurance obligatoire, certains hôpitaux facturent en plus des honoraires non remboursables. Cette pratique est, le plus souvent, illégale. Lorsque cette facturation est quasi-systématique en chambre double ou commune, on est en droit de se dire qu’il s’agit en réalité d’une manière de contourner l’interdiction des suppléments d’honoraires dans ce type de chambre. Dans le même ordre d’idées, on constate une tendance croissante à porter en compte aux patients des suppléments de confort, par exemple pour une télévision ou un frigo dans la chambre.

650 millions à mieux répartir

Facturer des suppléments d’honoraires selon le type de chambre est une pratique d’une autre époque. La chambre à un lit est devenue le standard et l’opinion publique ne comprend plus cette discrimination. Les assurances hospitalisation pour couvrir ces suppléments d’honoraires, qui représentent 2 milliards d’euros de primes encaissées chaque année, sont de plus en plus chères, excluent les  personnes jugées à « risques »  (handicapés, malades chroniques …) et alimentent la médecine duale. Pour en sortir, la solution est pourtant simple. Il faut interdire tout supplément d’honoraires à l’hôpital, intégrer dans l’assurance obligatoire la masse totale des suppléments d’honoraires, soit 650 millions d’euros et répartir en toute transparence cette somme entre les hôpitaux et les médecins spécialistes moins bien rémunérés. Aujourd’hui, aucune transparence n’est faite sur la façon dont ces suppléments financent les hôpitaux et les différents médecins.

Cette mesure serait gagnante pour les soignés comme pour les soignants : accessibilité de la chambre à un lit pour tous, économie des primes d’assurances hospitalisation, financement correct des hôpitaux et revalorisation des spécialités moins bien payées.

La dérive des suppléments d’honoraires à l’hôpital se poursuit sans maîtrise. La passivité politique nous conduit de manière silencieuse vers la privatisation des soins. Pourtant l’interdiction des suppléments d’honoraires serait une mesure simple et gagnante pour tout le monde. Une solution qui traduirait une vision et un projet politique : garantir l’accès à des soins de qualité pour tous grâce à une solidarité efficace et bien organisée.

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