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Soigner le lien social

Soigner le lien social

En imposant la distanciation physique entre les individus, la pandémie invite la société à repenser le collectif pour panser ces liens sociaux essentiels à notre santé.


 Quel est le meilleur moment pour autoriser les visites en maison de repos et les réunions familiales ? Permettre à nos enfants de retrouver leur environnement social et d’apprentissage ? Ouvrir à chacun les dispositifs de bien-être par le sport ? Reprendre un travail nécessaire et source de revenu personnel ? “Trop tôt”, “trop strict”, “trop tard”, “trop prudent”…  La virulence des débats est à la hauteur des paradoxes que cette crise nous impose. Entretenir de façon harmonieuse des liens sociaux et des relations positives est vital pour notre santé. Or, nous savons aussi aujourd’hui que pour sauver des vies et se préserver de la maladie, nous devons nous distancier. 

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la santé comme un état complet de bien-être physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité. “L’amitié, de bonnes relations sociales et de solides réseaux d’entraide améliorent la santé à la maison, au travail et dans le quartier”, souligne l’OMS (1).  La crise que nous vivons est une crise relative à la santé, mais aussi à la conception du collectif et du social. “La cohésion sociale – l’existence d’une confiance et d’un respect mutuel au sein d’une communauté et dans la société en général – tend à protéger les individus et leur santé”, rappelle l’OMS.

Dépasser le découragement

Les psychologues, philosophes et sociologues ont du travail : définir les concepts, ne pas mélanger “lien social” et “proximité physique”, faire une place à la capacité mentale et à l’émotion du lien différé, considérer que la relation est autre chose que le lien et que le contact… On peut s’y perdre. Concrètement, où cela va-t-il nous conduire ? Durant les jours, semaines et mois que nous allons affronter, nous allons vivre la relation aux autres tout en restant à distance. Nous ne pouvons pas l’éviter et nous ne voulons pas le contester.

Nous avons besoin de nous voir et de nous toucher. Le rapport au monde sécurisant s’appuie sur ces premières expériences sensorielles, juste après notre naissance. Nous le recherchons toute notre vie lorsque des évènements émotionnellement très chargés nous envahissent. C’est utile, nécessaire et fait partie de notre existence. Mais ce n’est pas tout ! Le lien social, le sentiment d’appartenance, la construction de l’identité, l’estime personnelle ne dépendent pas que de la proximité physique, mais aussi de l’opportunité de contribuer à des projets communs, de s’exprimer, de participer au débat, de partager des émotions collectives…  La crise est aussi une opportunité de mettre en place des dispositifs collectifs qui permettent un rapport à l’autre différent, où la qualité et l’intensité passent par autre chose que le contact et la grande proximité. “Consommons moins, consommons mieux”, scandent les défenseurs d’une mondialisation plus respectueuse des ressources humaines et naturelles.  “Communiquons moins, communiquons mieux”, pourrions-nous ajouter. Avec attention, bienveillance et ouverture à l’autre et à sa différence.

Applaudir le vivre ensemble

Les politiques et les déclarations sournoises qui galvanisent le repli sur soi brisent ces liens essentiels. En nous divisant, en nous éloignant les uns des autres, la tentation identitaire nuit à la santé physique, psychique et sociale de tous. Il est urgent de plaider pour une organisation sociale qui fait la part belle à l’échange et au partage d’émotions. Il faudra travailler avec les artistes, dont le statut, déjà fragile, se retrouve un peu plus ébranlé par la crise, pour garantir l’accès à la culture pour tous. Nous pourrions faire perdurer l’engouement pour le vélo et la marche comme moyens de déplacement “Covid-compatibles”. Et pourquoi ne pas réaménager nos villes autour d’espaces de convivialité et de jardins partagés ? Il nous faudra aussi tirer les leçons de l’isolement dramatique dans lequel se trouvent plongés nos aînés, pour construire des projets d’habitats groupés ou intergénérationnels et renforcer les réseaux d’entraide et de proximité.

La crise sanitaire nous isole physiquement, mais ce confinement, nous le vivons ensemble. L’occasion est unique de repenser nos valeurs pour privilégier le collectif, socle de notre société, à l’individu. Tous les jours à 20h, nos rues résonnent des applaudissements au personnel médical, spectacle émouvant qui nous rappelle au passage que c’est d’abord et avant tout l’humain qui fait vivre notre système de soins.  Et si, quand le virus sera enfin terrassé, nous décidions de perpétuer cette tradition et d’ouvrir nos portes et nos fenêtres tous les soirs pour le simple plaisir d’échanger un sourire ou un regard complice avec nos voisins ?

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