Retour à Politiques de santé

Les centres de planning familial à l’heure du (dé)confinement

istock istock

Ces établissements extrahospitaliers sont disponibles pour écouter, accompagner et répondre aux questions concernant la vie affective, sexuelle et relationnelle. Durant le confinement, ils ont assuré leurs missions prioritaires, mais, aujourd’hui, ils s’interrogent sur l’étendue des dégâts auxquels ils devront faire face.


De tout temps, ils ont joué un rôle central dans les questions de contraception et d’interruption volontaire de grossesse (IVG). Le rôle des centres de planning familial a progressivement évolué et aujourd’hui, leurs professionnels (médecins, psychologues, juristes, assistants sociaux, sexologues, conseillers conjugaux) sont confrontés à des problématiques bien plus larges.
Pourtant, les clichés ont la vie dure, observe Sophie Libert, Secrétaire générale de la Fédération des centres de planning et de consultations (FCPC)* : "Les plannings ont toujours l’image ‘capote et public jeune’ mais nos missions et notre public sont bien plus étendus. Et la crise actuelle amène son lot de situations complexes à gérer : conflits familiaux, problèmes financiers, difficultés de garde d’enfants… Nous ne traitons pas que le volet psychologique : il y a aussi les droits et les devoirs que nous abordons lors des consultations sociales ou juridiques. C’est cette spécificité qui fait la beauté du secteur : une approche généraliste avec une équipe pluridisciplinaire qui nous permet de diriger la personne vers un spécialiste en fonction de l’expertise nécessaire". Le tout, en garantissant une accessibilité financière : l’accueil y est gratuit et les consultations coûtent au maximum 21 euros (souvent, il y a en plus une intervention des mutuelles).
 
Accueil et consultations
Durant le confinement, le centre Le "37" à Liège a supprimé ses permanences physiques, mais a maintenu une permanence téléphonique comme l’explique sa responsable, Katy Jacquet : "Avec une demi-journée de consultation médicale (contre quatre et demi habituellement), nous ne traitions que les urgences et les autres consultations gynécologiques ont été reportées. Nous avons aussi reçu sur place ceux qui souhaitaient une pilule d’urgence, une ordonnance pour un contraceptif, faire un dépistage ou un test de grossesse".
Si elle constate une nette diminution du nombre de demandes, elle l’explique, d’une part, par le fait que beaucoup pensaient le centre fermé et, d’autre part, par la proximité que ce planning implanté au cœur de la Cité ardente, entretient avec son public : "De nombreuses demandes émanent de passants qui poussent la porte pour demander une info, se confier ou obtenir des préservatifs gratuits. Si le centre affiche porte close, ces besoins sont perdus dans la nature…" En milieu rural, maintenir ce lien précieux se révèle d’autant plus complexe. "C’est difficile pour une jeune fille de demander à ses parents de l’amener au centre pour un problème de contraception ou un dépistage… Et c’est tout aussi compliqué de passer outre la supervision parentale pour avoir accès à ce planning alors qu’en temps normal, on y fait un crochet après l’école", déplore Sophie Libert de la Fédération.
 
La détresse des plus jeunes
En Hainaut oriental, Anne Bourtembourg coordonne les six centres** de l’ASBL "La Bulle" qui sont localisés en zone urbaine, rurale et semi-rurale. Durant le confinement, ses collègues ont donné, gratuitement, 478 consultations psychologiques et de soutien par vidéoconférence et téléphone. Depuis le 4 mai, le centre a repris progressivement les consultations physiques. "Nous avons observé beaucoup de problématiques liées au confinement : des gens qui vivent difficilement le télétravail avec la pression de certains employeurs, la gestion des enfants, les tâches ménagères… Et, depuis la mi-avril, ce qui me frappe, c’est le mal-être des plus jeunes. Entre 3 et 6 ans, ils souffrent et ils pleurent de ne pas voir leurs copains, de ne pas avoir de lien, de ne pas pouvoir faire de bruit car leurs parents travaillent, de devoir rester devant la TV, s’occuper seul…" Sans retour à l’école avant septembre, le problème risque de se maintenir et elle ne cache pas sa crainte d’une hécatombe à la rentrée.
 
Et les ados ne sont pas épargnés
Rassemblement interdit, fête clandestine, retrouvailles amoureuses dans une impasse… Les médias ont abondamment relayé des cas de jeunes qui désobéissent aux règles de confinement. Anne Bourtembourg confirme : "La situation reste compliquée pour ceux qui étaient déjà en conflit et certains parents les laissent aussi sortir pour avoir la paix ! En milieu rural, je les croise dans les sentiers de campagne mais je ne vois pas de grand rassemblement. Quant à leurs relations amoureuses, les jeunes ont aussi été frustrés mais je n’ai pas encore eu beaucoup de retours : est-ce que cela signifie qu’il n’y avait pas de problème ou que c’était enfoui et que ça va sortir ? Ce que je sais, c’est que la suite va aussi être très dure pour les jeunes : après le blocus et les examens, comment vont-ils gérer les deux mois d’été sans festival et événements ?"
 
Des services essentiels
Les acteurs de terrain tirent la sonnette d'alarme depuis le début : le maintien au domicile aggrave les situations où s’exercent déjà des violences conjugales et intrafamiliales, et risque d'en créer de nouvelles. Si les centres de planning ont trouvé des astuces pour maintenir le lien (téléphone, vidéoconférences, rendez-vous pour les urgences…), tous s’accordent pour dire que des situations sont passées sous le radar sans la proximité qu’ils ont habituellement avec leur public. 
"C’est le plus souvent lors d’un rendez-vous d’accueil, psy ou juridique que sont détectées les violences conjugales" témoigne Katy Jacquet. "Par téléphone, confinée avec le conjoint violent à côté, on ne dit rien, complète Sophie Libert. En temps normal, c’est déjà compliqué mais elles peuvent sortir de chez elles en prétextant une course et faire un détour par le planning".
 
Autre question délicate : les interruptions de grossesse. Le centre de planning Le "37" ne pratique pas d’IVG mais dirige les demandes vers les centres de planning partenaires qui ont dû aussi traiter les demandes relayées par certains hôpitaux. "En Belgique, actuellement, l’IVG peut se pratiquer jusqu’à 12 semaines de grossesse (14 semaines d’aménorrhée). Il était question de passer à 18 semaines comme dans d’autres pays, mais la volonté politique n’a pas encore été suffisante. Il y a un enjeu avec cette crise : si une femme enceinte de 12 semaines se présente dans mon centre et que je ne trouve pas de place dans un centre IVG belge, que va-t-on faire ? L’envoyer aux Pays-Bas ? Les frontières sont fermées !"
  
Et la prévention dans tout ça ?
Avec cette crise, c’est aussi tout le travail de fond et de prévention qui a été mis à l’arrêt. En 2019, les centres affiliés à la FCPC affichaient 6.000 heures d’animations et 430 heures de sensibilisation. Lorsque les beaux jours arrivent, ils mènent des actions dans les festivals, les séances de cinéma en plein air, les fêtes de village…."Je suis enragée quand on réduit notre travail à la distribution de capotes et de pilules : ce n’est pas respectueux de notre action ! Tout ce volet de sensibilisation qui n’aura pas été mené, c’est ce qui en bout de course aura des répercussions sur la contraception, les violences, ce qui est permis ou non, les déconstructions de schémas de pensée", se désole Anne Bourtembourg. La coordinatrice de La Bulle poursuit : "C’est pratiquement une demi-année de travail perdue ! Et c’est un volet non négligeable : animations dans les écoles maternelles, primaires et secondaires, travail sur les émotions, les violences, le harcèlement, la sexualité… il y a toute une partie de ces jeunes qu’on ne touchera pas et ces animations sont une bonne porte d’entrée pour franchir ensuite celle d’un planning". Une porte d’entrée qui est plus que jamais ouverte à son public, idéalement sur rendez-vous : renseignez-vous !

Pour en savoir plus ...

Pour connaître le centre de planning familial le plus proche, consultez le site www.loveattitude.be 
* La FCPC compte 18 centres et antennes de planning familial en Wallonie - www.fcpc.be 
** Centre de planning et de consultation familiale & conjugale La Bulle (Fleurus, Binche, La Louvière, Charleroi, Chimay et Thuin) - www.la-bulle.org

Extension du remboursement des contraceptifs

Depuis le 1er avril, les femmes bénéficient d’une intervention supplémentaire dans le prix des contraceptifs jusqu’à 24 ans inclus. Pour le remboursement de la pilule d’urgence (anciennement appelée pilule du lendemain), il n’y a plus du tout de limite d’âge. L’objectif de cette mesure est d’améliorer l’accès aux moyens de contraception et d’éviter les grossesses non désirées.
 
Les femmes de moins de 21 ans bénéficiaient déjà d’une intervention supplémentaire dans le coût des contraceptifs, en plus de l’intervention classique de l’assurance soins de santé et indemnités (Assi) dont peuvent bénéficier l’ensemble des femmes. Les autorités ont dorénavant décidé de relever cette limite d'âge à 25 ans.
 
Quels contraceptifs et quels montants ?
La liste comprend des pilules contraceptives, mais aussi d’autres méthodes comme les patchs, dispositifs intra-utérins, implants… L'intervention supplémentaire s’élève à un montant de 3 euros par mois. Dans la plupart des cas, elle est octroyée automatiquement à la pharmacie sur présentation de la carte d'identité.
 
Pilule d’urgence gratuite
La pilule d'urgence est disponible sans prescription et l’intervention s’élève à 9 euros par boîte.Il n'y a plus aucune limite d'âge quant à son remboursement. Le pharmacien encaisse le prix plein et, sur présentation d’une prescription, il pourra ensuite fournir un formulaire (annexe 30) qui permettra d’obtenir le remboursement auprès de la mutualité. La majorité des pilules d’urgence sont gratuites ou coûtent moins de 1 euro grâce à cette intervention. Elles sont aussi disponibles gratuitement dans les centres de planning familial.
 
Plus d'infos : www.inami.fgov.be