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Sortir plus tôt de la maternité : pas sans conditions

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4,5 jours en cas d’accouchement sans complications et 6,6 jours en cas de césarienne : telles sont les durées moyennes de séjour pour les femmes mettant au monde leur enfant en milieu hospitalier en Belgique (98% des naissances).


Des moyennes sensiblement plus élevées que dans la plupart des pays occidentaux alors que la tendance internationale voit les femmes quitter l’hôpital avec leur nouveau-né de plus en plus tôt.

Dans le but de faire des économies dans le budget des soins de santé, la ministre fédérale de la Santé, Maggy De Block, a imposé aux hôpitaux de réduire la durée moyenne d’hospitalisation à quatre jours en 2015 et à trois jours et demi en 2016 pour un accouchement sans complications. Ici et là, dans les maternités, la pression se fait sentir pour faire coïncider la réalité aux nouvelles recommandations… assorties de restrictions financières.

Dorénavant donc, les mamans seront "invitées" à quitter l'hôpital avec leur bébé de manière précoce, à tout le moins s'il n'y a pas de contre-indication médicale ou de complications lors de l'accouchement. Pour l'heure, s'il y a unanimité pour reconnaître la nécessité d'un suivi post-partum à domicile, rien n'oblige la maternité à l'organiser ou à le garantir. Et si le volume des prestations des sages-femmes est en augmentation constante ces dernières années, seules 30 % des jeunes mamans sont actuellement suivies par une sage-femme à domicile.

La ministre a bien lancé, l'été passé, un appel à des projets "accouchement avec séjour hospitalier écourté", en invitant les hôpitaux à expérimenter des formules de collaborations avec d’autres institutions et des prestataires de soins. Mais seuls sept projets ont été retenus sur les 35 déposés sur le bureau de la ministre. Ces projets-pilotes qui vont démarrer incessamment dureront deux ans. Ce n'est qu'au terme de cet te période, que le gouvernement fédéral décidera quels aspects des projets seront introduits plus largement.

La mutualité chrétienne regrette que la ministre décide, sans concertation aucune, de diminuer la durée de séjour en maternité sans mesures d'accompagnement.

Dans ce dossier, la Mutualité chrétienne regrette que la ministre décide, sans concertation aucune, de diminuer la durée de séjour en maternité sans mesures d'accompagnement autres que le lancement de quelques projets-pilotes et l'approbation d'une proposition de l'Inami de revaloriser de 22,5 % les honoraires des sages-femmes pour les consultations réalisées à partir du 5e jour de la naissance. Pour les nouveaux parents, le raccourcissement du séjour en maternité génère un vide et peut induire un isolement problématique pour les groupes vulnérables.

Par ailleurs, les femmes doivent faire face plus rapidement aux tâches familiales en ne bénéficiant plus du confort et du repos qu'offre l'hôpital.

La MC regrette par ailleurs que la ministre n'ait pas donné suite à la proposition de trajet de maternité, élaborée au sein de la commission de conventions entre les mutualités et les représentants des sages-femmes. Se référant aux recommandations du Centre Fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) (1), cette proposition avait le mérite de repenser l’ensemble de la période "grossesse et après-naissance" dans une continuité de soins et d'organiser le suivi postnatal à domicile dans une approche multidisciplinaire.

À l'instar du KCE, les mutualités insistaient aussi sur le développement d'initiatives de soutien des parents – notamment des services d'aide aux familles – , avec une attention particulière aux familles défavorisées.