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Le vote est aussi une affaire de santé

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Le 25 mai approchant, fleurissent les débats électoraux en live, sur écran ou radiodiffusés. Les candidats – surtout les “grosses pointures” – vivent un marathon de soirées électorales. La Mutualité chrétienne a organisé quelques débats qui ont emmené les participants sur le terrain des préoccupations mutualistes : la santé, la lutte contre les inégalités, le financement de la sécurité sociale, le pilotage des politiques de santé... Autant d'occasions pour entendre et questionner directement les différents partis. Aussi pour préciser ou orienter son opinion. Coups de sonde au Cercle des voyageurs à Bruxelles et au Palais des congrès de Liège(1).


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Le vote est aussi une affaire de santé

Pas si simple d'orienter son opinion. Car la distance idéologique entre les partis “a tendance à se resserrer”, comme l'observent les chercheurs qui ont mis au point le test électoral de La Libre et de la RTBF. D'aucuns, au sortir de cette expérience de test en ligne, pourraient d'ailleurs se considérer comme des “mous de la conviction”.

Avec des scores très proches pour des familles politiques a priori éloignées. Mais le problème résiderait dans la diminution des clivages, pas dans l'inconstance de l'électeur. “Si vous écoutez nos duels de campagne, vous aurez remarqué qu'au-delà des tensions entre personnes, les oppositions idéologiques ou de principe sont assez faibles, indique le journaliste politique Bertrand Henne. Il s'agit plutôt de nuances et puis de différences de personnalités.” Stratégies de campagne ou réelle convergence, l’après-élection le déterminera.

Pour l'heure, nombre d'électeurs tentent d'affiner leur choix. Tandis que les associations, fédérations, groupes de pression… livrent – à foison – leur mémorandum à l'attention des politiques. Ils sont bien décidés à peser sur le lendemain des élections, avec leurs revendications(2). Car, les enjeux ne sont pas minces.

À terme, il est même question de choisir un modèle de société, rappelle Elisabeth Degryse, directrice de la MC Saint-Michel, en lançant le débat, le 28 avril dernier, au Cercle des voyageurs. Étatique ou paraétatique? Solidaire ou libéral?

L'heure est à la participation, au positionnement. “Faisons de la politique! Intéressons- nous à la chose publique, exhorte le directeur de la MC Liège, Rudolphe Bastin, face à un Palais des congrès de Liège comble, le 29 avril. Elle nous appartient, très partiellement – une femme = un homme = une voix – mais nous devons exercer ce seul pouvoir d'influence acceptable, celui de la citoyenneté, sinon la nature ayant horreur du vide, un autre pouvoir prendra la place.” Le site www.faussesbonnesexcuses.be (3) finira de convaincre les frileux à prendre le chemin de l'isoloir. Avec le sourire en plus.


Quid de l'acteur mutualiste ?

Si quelques sorties dans la presse du côté libéral laissaient penser que le sujet sur le rôle des mutualités serait controversé, il n'en fut rien – ou presque lors des débats mutualistes. L'ensemble des partis politiques – MR y compris – reconnaissent bien des atouts au système de gestion de la sécurité sociale et des soins de santé en particulier. La concertation entre prestataires de soins et mutualités représentant les patients est collectivement saluée. Voire plus, elle est plébiscitée comme modèle pour la gestion des matières transférées aux Communautés et Régions.

Ce fonctionnement stabilise le mieux les budgets, combat l'insécurité sociale, entendra-t-on ici et là. Il est aussi considéré comme une exception non marchande à défendre, à l'échelle de l’Europe. Conforter le système de concertation apparaît comme la voie que tous entendent suivre. Le CDH en précise l'un ou l'autre axe : l'élargissement aux paramédicaux, le renforcement de la légitimité des mutualités comme représentants des patients.

À cet égard, le PS évoque la demande des associations d'usagers de pouvoir augmenter leur place, tout en soulignant – à l'instar des Libéraux – le rôle d'information des patients que jouent les mutualités. Comme attendu, du côté du MR, on pointera une remarque sur les frais d'administration des mutualités, jugés trop élevés au regard de l'informatisation ambiante.

Unanimité sur la première ligne de soins

Le renforcement de la première ligne de soins est sur toutes les lèvres. Chaque formation entend y travailler. Les Ecolos l'envisagent au travers de la transformation des études des professionnels de santé, pour plus de convergence et d'articulation entre les métiers. Ils militent également pour une redécouverte de la profession de médecin généraliste. Cette valorisation de la médecine générale est partagée par le CDH. Les Humanistes y ajoutent une préoccupation pour les acteurs conjoints du médecin comme les aides et soins à domicile.

Tandis que les socialistes – en particulier à Bruxelles – appellent de leurs vœux un plan de garde en médecine générale pour éviter le recours systématique à l'hôpital. De son côté, le MR relève qu'il faut agir sur les charges administratives des médecins. Les pratiques de groupe médicales recueillent aussi la sollicitude de quelques-uns. PS et Ecolo notamment ; tout comme le PTB-GO qui va un cran plus loin en se montrant partisan de maisons médicales de proximité gratuites. Sans surprises, si le PTB-GO vante le système de salariat, les Libéraux croient en la formule d'indépendants.

Le fameux transfert de compétences

Tous le répéteront : aucun francophone n'était demandeur de la 6e réforme de l’État. Pourtant tous – hormis le PTB et le FDF qui n'ont pas participé à l'accord – veulent y voir une opportunité. Même si, indique le CDH, ce sera un défi plus grand pour les matières relatives aux soins de santé et aux allocations familiales que pour celles liées à l'emploi. Même s’il s'agit encore de “transformer l'essai”, rappelle Ecolo. Le transfert des compétences est alors perçu non seulement comme une volonté de stabiliser l’État belge, mais aussi comme l’occasion de renforcer la cohérence entre les politiques, de mieux s'organiser, de pérenniser le système.

Les quatre partis francophones associés à l'accord semblent avancer avec confiance, d'autant qu'une transition de dix ans a été décidée pour l'adaptation des enveloppes venues du fédéral.

A contrario, FDF et PTB-GO se montrent critiques. L'un s'inquiète des accords de coopération qui devront se multiplier sur Bruxelles en particulier pour garantir une certaine cohérence au citoyen. L’autre attire l'attention sur un système de coopération concurrentiel qu'il voit poindre à l'horizon. Surtout si le transfert de moyens se révélait être un transfert d'austérité.

Pour l’heure, il s'agit de s'atteler à un boulot énorme, indiquent les Verts, en accompagnant les démarches de transferts, par une transmission des savoirs et des outils de gestion…

L'accès à la santé

Lorsqu'on aborde la problématique de l'accessibilité des soins, une série de mesures sont envisagées par les différents groupes politiques. Lors des débats, ils en affichent quelques-unes. Elles relèvent, pour partie, du coût des soins.

Le coût…

Ainsi, à côté du maintien de la norme de croissance du budget des soins de santé à 3%, le PS entend supprimer les suppléments d'honoraires en chambre à un lit (comme c'est le cas aujourd'hui dans les chambres communes et à deux lits). Le CDH envisage l'intégration d'une couverture de tous les frais d'hospitalisation en chambre à deux lits, dans l'assurance soins de santé obligatoire.

Pour les formations politiques, il est aussi question du prix des médicaments. Le MR plaide pour un accès aux innovations médicamenteuses et une réorientation des budgets vers les patients qui “souffrent le plus”. Il estime que le prix des génériques reste trop élevé, alors que les frais de recherches ont été amortis. Ecolo propose de réduire les prix des médicaments, en renforçant la régulation. Aux yeux des Verts, il importe d'étendre le mécanisme type “kiwi”, cette mesure de régulation par appel d’offre publique. Un modèle défendu par le PTB-GO, qui envisage son application à l'échelle du pays pour le matériel médical des hôpitaux également.

et d'autres déterminants

Au-delà du coût des soins à proprement parler, le CDH rappelle que l'état de santé de la population est minimalement lié aux soins de santé en tant que tels. 85% de l'état de santé s'expliquent par d'autres facteurs. Que le logement, l'emploi, l'éducation participent des déterminants de la santé semble faire l'unanimité. Questionné alors sur la notion de territoire en santé, le CDH insiste sur l'implication des personnes, comme facteur de bien-être et sur le rôle de corps intermédiaire que joue l'associatif. Le FDF marque son assentiment pour le décloisonnement des matières, au départ des besoins locaux. Ecolo et PS suggèrent de poursuivre la réflexion sur les bassins de soins, à l'image des bassins scolaires. Pour Ecolo, il s'agit de privilégier une "boucle courte" qui économise l'énergie et valorise les ressources locales.

Au fil des débats, les limites de l'approche par territoire pointent à l'horizon. Il faut éviter qu'une communauté soit mieux soignée qu’une autre, indique le MR; il faut assurer la continuité des prestations lorsqu'on quitte son territoire et mener une politique de mixité sociale pour prévenir un système de santé dual, relève le PS ; il ne faut pas se “racrapoter” sur une région ou une communauté mais réfléchir à l'échelle d'une société, interpelle le PTB-GO. Ecolo constate une tendance à la “rustino-thérapie”, où le médical tente de donner des solutions à d'autres problèmes (sociaux, de stress, environnementaux…). Pour ce parti, il faut rompre avec la “surmédicalisation”, en travaillant sur d'autres réformes sociales notamment. Le CDH, quant à lui, évoque une approche intégrative où toute décision politique serait analysée en fonction de son impact sur la santé et le bien-être de l'individu.