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Covid-19 : En savoir plus sur les vaccins

par Joëlle Delvaux et Julien Marteleur -

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À l’heure où la campagne de vaccination contre le Covid-19 s'intensifie dans les maisons de repos, beaucoup de questions se posent légitimement. Efficacité, sécurité, contre-indications... En Marche vous éclaire.


Quels vaccins existent-ils contre le Covid-19 et comment agissent-ils ?

Différents types de vaccins contre le Covid-19 ont été mis au point par des scientifiques ou sont en cours de développement. Les méthodes diffèrent, mais tous les vaccins ont le même but : apprendre au système immunitaire de l’organisme à reconnaître et à fabriquer ses défenses – les anticorps – spécifiquement contre le SARS-CoV-2. Ainsi, si l’organisme se trouve attaqué par ce virus, il est immédiatement prêt à le détruire, ce qui permet de prévenir la maladie.

Les vaccins à virus inactivés ou atténués : ils contiennent une forme inactivée ou atténuée du virus. Ils entraînent une réponse immunitaire sans causer la maladie.

Les vaccins à base de protéines : ils contiennent des fragments inoffensifs de protéines ou des enveloppes protéiques imitant le virus. Ils entraînent une réponse immunitaire en toute sécurité.

Les vaccins à vecteurs viraux (par exemple AstraZeneca et Janssen) : ils contiennent un virus génétiquement modifié. Ces virus ne causent pas la maladie mais produisent des protéines du virus pour entraîner une réponse immunitaire en toute sécurité.

Les vaccins à ARN messager (par exemple Pfizer-BioNTech, Moderna et CureVac) : ces vaccins, à la pointe de l’innovation scientifique, utilisent un ARN (code génétique) pour produire une protéine qui entraîne une réponse immunitaire en toute sécurité, indique l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Après la vaccination, les particules du vaccin qui contiennent l'ARN messager sont rapidement absorbées par les cellules du corps. L'ARNm ne peut pas atteindre le noyau de nos cellules, où se trouve notre ADN. Notre propre ADN n'est donc ni modifié ni endommagé, complète l’Aviq, l’Agence pour une vie de qualité.

Quelles sont les garanties d’efficacité et de sécurité des vaccins?

Les vaccins contre le Covid-19 répondent aux mêmes exigences strictes que tous les autres vaccins. En Europe, une autorisation de mise sur le marché n'est accordée par l'Agence européenne des médicaments que lorsqu'il existe des preuves suffisantes que le vaccin est de bonne qualité, efficace et sûr.

Le vaccin de Pfizer-BioNTech, appelé Comirnaty®, a reçu l'autorisation de mise sur le marché européen le 21 décembre dernier. C'est avec ce vaccin que débute la campagne de vaccination en Belgique. Le mercredi 6 janvier, le vaccin à ARN messager de la firme américaine Moderna vient de recevoir également une autorisation de mise sur le marché européen. 

Afin de déterminer si les vaccins sont efficaces, des essais cliniques sont réalisés sur de nombreux sujets. Les essais des vaccins contre le Covid-19 impliquent des dizaines de milliers de personnes, ce qui est davantage que d'habitude. Certains groupes à risque comme les personnes âgées ou les personnes souffrant de maladies spécifiques (problèmes cardiaques ou pulmonaires, diabète, obésité, etc.) sont représentés. Les sujets testés sont aléatoirement divisés en deux groupes dont l'un reçoit le vaccin et l'autre un placebo ou un vaccin contre une autre maladie. Ils sont ensuite suivis pendant plusieurs mois pour identifier qui a été infecté par le Covid-19 et qui ne l'a pas été. Lorsqu’il y a beaucoup moins de personnes infectées dans le groupe qui a reçu le vaccin contre le Covid-19, ce vaccin est considéré comme efficace.

Les données ne permettent pas, dans l'état actuel des connaissances, de savoir dans quelle mesure les vaccins candidats sont efficaces à long terme. Des essais cliniques et de nouvelles études d’efficacité se poursuivent. L'Agence européenne des médicaments et, en Belgique, l’Agence fédérale des médicaments et produits de santé (AFMPS) suivent de près toutes les données. 

Les vaccins contre le Covid-19 sont-ils sûrs, compte tenu de leur développement rapide ?

Si les vaccins contre le Covid-19 sont développés aussi rapidement, c’est d'abord parce que toutes les parties concernées dans le monde (producteurs, chercheurs et gouvernements) leur ont conjointement accordé leur totale priorité. Les phases de développement d’un vaccin qui se succèdent habituellement ont pu, dès lors, être menées en même temps. De plus, les États et grandes organisations mondiales (comme l’Union européenne) ont réalisé des investissements importants, notamment dans la recherche mais aussi dans les structures nécessaires pour produire les vaccins. Le développement de vaccins contre le Covid-19 est également accéléré par les connaissances acquises ces dernières décennies dans le domaine de la recherche (dont les travaux sur l’ARN), indique l’AFMPS. 

Les vaccins à ARNm protègent-t-ils encore si le virus mute ?

Même si différentes souches du virus ont été identifiées et circulent actuellement (comme celle découverte récemment au Royaume-Uni), le Covid-19 mute beaucoup moins que le virus de la grippe saisonnière. Ainsi, les vaccins à ARNm étant faciles à produire, leur adaptation à l’évolution des agents pathogènes peut se faire rapidement. Si un nouveau variant viral muté contre lequel le vaccin serait moins efficace émerge, il suffit – en théorie de modifier la séquence de l’ARNm pour la faire correspondre à celle du nouveau variant viral afin de retrouver l’efficacité perdue.

Le vaccin Comirnaty® (Pfizer-BioNTech) peut-il provoquer des effets secondaires ?

Oui, comme tous les médicaments, mais les effets indésirables ne surviennent pas chez tout le monde. Ils sont généralement légers à modérés et disparaissent d’eux-mêmes après quelques jours : rougeur au point d’injection, fatigue, maux de tête, douleurs musculaires, frissons, fièvre.

Les effets indésirables prolongés ou sévères, tels que les réactions allergiques graves (urticaire, gonflement du visage, difficulté à respirer), sont très rares mais ne peuvent être exclus. Une personne qui présente de tels symptômes doit immédiatement contacter un médecin. Elle peut aussi les signaler directement via notifieruneffetindesirable.be.

Le vaccin Comirnaty® est-il déconseillé à certaines personnes ou dans certaines situations ?

Dans son autorisation conditionnelle de mise sur le marché du Comirnaty®, l'Agence européenne des médicaments (EMA) fournit les recommandations suivantes :

• Les personnes allergiques à l’un des composants du vaccin ne peuvent pas le recevoir (2).

• Les personnes dont le système immunitaire est affaibli (infection par le VIH, transplantation d’organes, traitement immuno-suppresseur, chimio-thérapie...) peuvent être vaccinées avec ce vaccin puis qu'elles font partie des groupes à risque. Il est possible que la réponse immunitaire chez ces personnes soit inférieure à celle observée dans le reste de la population, mais il n'y a pas de préoccupations de sécurité particulière à leur endroit (même si elles n'ont pas été incluses dans les essais cliniques permettant de valider l’efficacité et la sécurité du vaccin).

• Pour les femmes enceintes, la décision d'administrer ou non le vaccin doit être prise en étroite consultation avec le médecin, après examen des avantages et des risques.

• La vaccination doit être reportée chez les personnes souffrant d’une maladie fébrile aiguë grave ou d’une infection aiguë.

Le vaccin Comirnaty® protège-t-il immédiatement contre le Covid-19 ? Et une personne vaccinée peut-elle encore infecter autrui ?

L’organisme a besoin de quelques semaines pour être protégé après la vaccination. Avec le vaccin Comirnaty®, une première protection arrive 12 jours après la première piqûre. Mais deux doses de vaccins, espacées de trois semaines, sont nécessaires pour obtenir une efficacité de 95%. On peut raisonnablement espérer que le vaccin permette aussi d’endiguer la transmission du virus. Toutefois, la question de savoir si une personne vaccinée peut rester contagieuse doit encore être analysée et validée par des études scientifiques. De même, nous ne disposons pas du recul nécessaire pour certifier de la durée de l’immunité conférée par le vaccin. Il importe dès lors de con tinuer à suivre toutes les mesures d’hygiène et de protection mises en place lors de cette crise sanitaire, comme le rappelle l’AFMPS.

Se faire vacciner est-il nécessaire si l'on a déjà eu le Covid-19 ?

Oui, rappelle Sciensano. Dans l'état actuel des connaissances, on ne peut pas confirmer qu’une personne qui a déjà contracté le Covid-19 reste immunisée contre la maladie. Il est également pratiquement impossible de savoir, avant le lancement de la vaccination, si chaque personne possède, dans son sang, des anticorps contre le virus.

Comment est administré le vaccin ? Quel en est le coût ?

Le vaccin contre le Covid-19 est généralement injecté dans le muscle du bras supérieur. La plupart des vaccins proposés aujourd’hui comportent deux doses administrées à plusieurs semaines d’intervalle (trois semaines pour le vaccin Comirnaty® et quatre semaines pour les autres). Le vaccin est gratuit pour le patient. L'achat sur Internet est totalement déconseillé.


(1) "Avantages, désavantages, risques...ce qu’il faut savoir sur les vaccins à ARN", F.Meurens, The Conversation, 30 décembre 2020.
(2) La notice et la composition du vaccin sont disponibles sur le site de l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé.

Pour en savoir plus ...

Plus d'informations sur les sites suivants : afmps.beinfo-coronavirus.be • vaccination-info.be • Tél : 0800 14 689

Un plan de vaccination en plusieurs phases

Après une semaine de test, la Belgique a entamé ce 5 janvier sa campagne de vaccination à grande échelle contre le Covid-19. Celle-ci s’étale sur plusieurs mois et s'établit en fonction de groupes prioritaires.

• Groupe 1 : Peuvent être vaccinés le personnel et les résidents des maisons de repos et/ou de soins, tout comme le personnel soignant de première ligne et des hôpitaux. Cette phase devrait se terminer dans le courant du mois de février.

• Groupe 2 : Lorsque la Belgique disposera de plus de vaccins en provenance de firmes pharmaceutiques différentes, les adultes âgés de plus de 65 ans et les adultes présentant des facteurs de comorbidité (diabète, hypertension, obésité morbide...), qule que soit leur âge, pourront alors être vaccinés, ainsi que ceux qui exercent certaines fonctions "essentielles", encore à déterminer.

• Groupe 3 : Le reste de la population adulte.

Pour espérer une immunité collective, il est recommandé qu’au moins 70 % des adultes se fassent vacciner contre le Covid-19. L’immunité collective signifie qu’un groupe suffisamment important de personnes a développé une résistance au virus, rendant la circulation de celui-ci difficile, voire impossible. Le gouvernement fédéral espère qu'environ quatre millions de Belges seront vaccinés d'ici l'été.

Explications en images

En tant que médecin du travail français, le Dr Thierry Bonjour s'est posé beaucoup de questions sur ces nouveaux vaccins à ARN contre le Covid-19. Voici dans cette vidéo de vulgarisation le fruit de ses recherches : du rôle d'un ARN messager à la balance bénéfice risque de la vaccination, retrouvez un résumé de ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas sur ces vaccins à ARN dans la vidéo ci-dessous.