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Comment réduire le coût des médicaments?

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Ces dernières années, le prix de certains médicaments a baissé. D’autres – parmi les “innovations” notamment – restent très chers. Comment garantir l'accès aux médicaments pour tous? La Mutualité chrétienne (MC) avance plusieurs pistes dont le recours au “modèle de l’écluse”. Coup d'œil sur cette vision d'une politique du médicament innovante, en vue de la prochaine législature.


Bien que certains médicaments aient vu leur prix diminuer, d’autres restent trop chers, même après que leur brevet soit tombé dans le domaine public et que les investissements en recherche, liés à leur mise au point aient été amortis. Un exemple? L’anticholestérol Zocor® a vu son prix passer de 184 à 123 euros en 2003, à l’expiration de son brevet. Mais dans les cinq années qui suivirent, son prix est descendu jusqu’à 31 euros. Une baisse de 75% n'aurait-elle pas pu intervenir plus rapidement ?

Selon la MC, les autorités doivent davantage s’impliquer dans la fixation d’un prix optimal du médicament : supportable pour les autorités, pour les patients et juste pour le fabricant. D'autant que l'on s'attend à de fortes hausses en matière de soins diabétiques et oncologiques, notamment. Pointons trois pistes parmi plusieurs proposées par la Mutualité.

Mieux fixer le prix de vente

La MC propose le “modèle de l’écluse”, une image pour évoquer un nouveau système d'appel d'offres imaginé par la Mutualité. Il concernerait des médicaments dont de nombreuses nouvelles variantes sans réelle valeur ajoutée ont été lancées par les firmes pharmaceutiques. C’est particulièrement le cas dans le champ des anti-cholestérols, des antidépresseurs ou des antihypertenseurs. Jusqu'ici chaque variante bénéficie d'un nouveau brevet et, par conséquent, d'un prix plus élevé, comme si c’était une “vraie” nouveauté.

Que prône le modèle de l'écluse? Les autorités publient un cahier des charges pour une classe déterminée de médicaments. Les fabricants souhaitant participer à l’adjudication s’inscrivent et communiquent leur prix de vente. Ils entrent alors dans l’écluse et on en ferme les portes. Ensuite, le prix le plus bas proposé par les fabricants est retenu comme tarif de base optimal. Pour revenir à l'image de l'écluse : le niveau d'eau diminue en fonction de la proposition de prix la plus basse. Le fabricant qui ne veut pas s’aligner sur le prix le plus bas, sort de l’écluse et son produit n’obtient pas de remboursement. Les fabricants toujours dans l’écluse obtiennent, pour leur part, une garantie de remboursement à prix fixe ainsi que sur les volumes de vente, pour une période de trois à cinq ans.

Ce système d'appel d'offre ne doit pas être confondu avec le “modèle Kiwi” qui ne désigne qu'un seul “gagnant” pour approvisionner l'ensemble du secteur. Le modèle de l'écluse, quant à lui, permet à plusieurs fournisseurs de s'aligner et d’assurer ainsi une stabilité des prix de longue durée, tout en garantissant l’approvisionnement du marché. La MC évalue à plusieurs centaines de millions d’euros les économies potentielles à la faveur du modèle.

Rendre les innovations accessibles

Les innovations médicamenteuses – par exemple parmi les anti-cancéreux - sont souvent très onéreuses. Et, à leur lancement, subsistent parfois des incertitudes quant à la plus-value thérapeutique et à la sécurité de ces nouveaux produits. Outre l'importance de mener des études indépendantes, la MC plaide pour un remboursement sous conditions. Comment ? Pendant une période de trois à cinq ans, le produit présenté comme innovant ferait l’objet d’un remboursement. Mais le fabricant devrait en démontrer la réelle plus-value. Si cette ‘démonstration’ est couronnée de succès, les patients auront rapidement accès à un nouveau médicament réellement innovant. Dans le cas contraire, le fabricant endosse la part de risque: il doit rembourser à l’assurance soins de santé les montants injustement perçus.

Aussi à l'hôpital

La MC souhaite que le système de forfait dans les hôpitaux, encore trop limité, soit étendu pour davantage de situations et de types de médicaments. Dans ce système, une utilisation moyenne est fixée, par type de pathologie. Les moyens ainsi libérés par le système de forfait peuvent être réinvestis dans les pharmacies hospitalières, afin d’être plus présentes au sein des divers départements hospitaliers et d’accroître encore la qualité des soins.

Ces propositions font parties d’une note de réflexion sur la gestion des médicaments, élaborée par la MC, en vue de la nouvelle législature. L’accessibilité financière et la qualité des médicaments pour le patient sont au centre de ce travail, tout comme la mise à disposition de nouvelles médications et la détermination d’un prix juste pour les fabricants.