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Les patients trinquent

La diminution du remboursement des antibiotiques, instaurée il y a presque deux ans, n’a quasiment pas réduit leur surconsommation. C'est ce que montrent les chiffres de la Mutualité Chrétienne. Certes, les dépenses de l’assurance soins de santé obligatoire ont diminué mais ce sont les patients qui en ont fait les frais. Pour la MC, ce n’est pas le patient qu’il faut responsabiliser mais le médecin car c'est lui qui prescrit ces médicaments.


Le 1er mai 2017, le gouvernement fédéral a fait passer les antibiotiques de la catégorie de remboursement B (spécialités pharmaceutiques importantes sur le plan thérapeutique) à la catégorie C (médicaments destinés au traitement symptomatique). Par cette mesure, il souhaitait s’attaquer à leur surconsommation. Le bilan est négatif : le nombre d’utilisateurs et le volume d’antibiotiques ont baissé d’à peine 1% dans l’année qui a suivi. C'est ce qui ressort des données de consommation de ces médicaments, relatives aux membres de la Mutualité chrétienne.

Par contre, c'est tout bénéfice pour l’assurance soins de santé : les dépenses ont baissé de près de 11 millions d'euros (-27%) en un an. Mais cette économie a été entièrement supportée par les patients. Premières victimes : les groupes vulnérables. Les bénéficiaires de l’intervention majorée (BIM), qui payaient en moyenne 4,66 euros de quote-part pour les antibiotiques, déboursent à présent 14,10 euros, soit trois fois plus. Pour les autres assurés, le coût moyen est passé de 5,58 euros à 11,06 euros, près du double.

Comme le souligne le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) dans un récent rapport, la Belgique occupe la 9e place parmi les plus gros consommateurs d’antibiotiques d’Europe. Ce sont les médecins généralistes qui en prescrivent le plus, suivis par les dentistes et les dermatologues. Un vrai problème de santé publique, car la résistance des bactéries aux antibiotiques augmente avec leur utilisation, importante chez nous aussi dans l’élevage d’animaux destinés à la consommation. Face à l’urgence, le KCE formule 21 grandes recommandations, la première étant la mise en place d’un plan d’action en concertation avec tous les secteurs concernés.

De son côté, la MC souhaite inciter les médecins à adopter un comportement plus responsable. "Celui qui prescrit des antibiotiques sans raison valable devrait supporter lui-même une partie des dépenses", suggère Jean Hermesse, Secrétaire général de la MC. "La prescription électronique deviendra obligatoire à partir du 1er janvier 2020. Pour améliorer le suivi, l'indication médicale (le type d'infection) de l'antibiotique doit être intégrée dans le module de prescription en ligne". Une proposition également soutenue par le KCE.

Pour en savoir plus ...

: "L’augmentation du prix des antibiotiques n’a pas diminué leur surconsommation" : communiqué de presse et résultats de l'étude de la MC à lire sur www.mc.be (infos et actualité) 

"L’usage prudent des antibiotiques doit être encouragé aussi bien chez les humains que chez les animaux" : communiqué de presse du KCE à lire sur www.kce.fgov.be

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